Etats-Unis : la mort de Ruth Bader Ginsburg enflamme la campagne présidentielle

Une bataille pour la succession à la Cour suprême de la juge Ruth Bader Ginsburg, icône de la gauche, s’ouvre à Washington. L’occasion pour Donald Trump, en difficulté sur le front sanitaire, de mobiliser sa base électorale.

 Devant la Cour suprême des Etats-Unis, à Washington, samedi.
Devant la Cour suprême des Etats-Unis, à Washington, samedi.  AFP/Jose Luis Magana

Jusqu'à vendredi, à un mois et demi de la présidentielle américaine, chaque camp peaufinait sa partition et les sondages en faveur de Joe Biden étaient stables. Et puis, la juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, 87 ans, a succombé à un cancer du pancréas. Les démocrates, qui ont érigé cette petite dame à lunettes en héroïne, craignaient une telle nouvelle depuis des années.

« Notorious RBG » (son surnom en clin d'œil au rappeur Notorious BIG) a marqué l'histoire du droit américain par son combat sans relâche contre les discriminations basées sur le sexe. A la Cour suprême, elle était vue comme une championne de la cause féministe, des minorités ou encore de l'environnement.

Mais les progressistes n'ont pas vraiment le temps de pleurer leur icône. Sa mort a immédiatement déclenché un bras de fer pour la désignation d'un successeur. Jusqu'ici, la Cour suprême était composée de quatre juges progressistes et de cinq juges conservateurs. Le patron de l'institution, John Roberts, faisait figure de vote pivot, ralliant parfois le camp opposé. Cet équilibre, Donald Trump a promis de le bouleverser à la moindre occasion, en ancrant durablement à droite la plus haute institution judiciaire du pays. Et ce jour est arrivé plus tôt que prévu.

Course contre la montre

La couleur politique de la Cour suprême revêt une importance majeure aux Etats-Unis. Elle peut dicter l'orientation du pays pour une génération entière, puisque les juges sont nommés à vie par le président. Droit à l'avortement, aux armes à feu, politique migratoire, droits civiques… les sujets les plus brûlants y sont tranchés.

Donald Trump, qui a déjà nommé deux juges conservateurs, a désormais l'opportunité d'en désigner un troisième. Et par là même de prouver une fois de plus à sa base qu'il tient ses promesses. Il a promis samedi qu'il proposerait « très rapidement » un nom, « probablement » celui d'une femme.

Ce sera ensuite au Sénat de confirmer l'heureux élu à son poste avant janvier (quand les sénateurs désignés en novembre prendront leurs fonctions). La course contre la montre a donc commencé. La chambre haute dispose d'une majorité de 53 républicains sur 100 élus. Trois d'entre eux, plutôt modérés (dont l'ancien candidat à la présidentielle Mitt Romney), pourraient refuser de voter. Mais le vice-président Mike Pence, fervent évangélique, dispose du dernier mot au Sénat en cas d'égalité.

Quoi qu'il arrive, la séquence qui s'ouvre va détourner l'attention des thèmes qui marchent pour Joe Biden : la mauvaise gestion par son rival de la crise sanitaire et économique. Le démocrate peut toutefois espérer un sursaut de mobilisation dans les urnes, comme ce fut le cas après la confirmation du juge Brett Kavanaugh (farouchement conservateur) en octobre 2016. Les élections de mi-mandat qui eurent lieu un mois plus tard avaient donné lieu à la fameuse « vague rose » : la Chambre des représentants avait basculé du côté démocrate, notamment grâce au vote des femmes.