Etats-Unis : Donald Trump toujours dans le déni, la transition au point mort

Quatre jours après la victoire de Joe Biden, le sortant républicain refuse toujours de reconnaître sa défaite à la présidentielle américaine. Une obstination qui inquiète.

 Pour les cérémonies du Veterans Day, ce 11 novembre, Donald Trump était à Arlington (Virginie), Joe Biden était lui à Philadelphie.
Pour les cérémonies du Veterans Day, ce 11 novembre, Donald Trump était à Arlington (Virginie), Joe Biden était lui à Philadelphie. AFP/Brenda Smialowski

Pour les Américains, les cérémonies du Veterans Day, la Journée des anciens combattants, organisées mercredi 11 novembre aux Etats-Unis, un moment traditionnel d'unité, ont illustré l'extraordinaire crise que traverse le pays. Pendant que le président sortant Donald Trump, sous une pluie battante, déposait une gerbe sur la tombe du soldat inconnu au cimetière national d'Arlington (Virginie), le président élu Joe Biden rendait hommage aux vétérans à Philadelphie, à quelque 150 km de là. La période de transition jusqu'à son investiture, qui aurait dû commencer ce week-end, est au point mort.

Plus d'une semaine après la présidentielle américaine du 3 novembre, et quatre jours après l'annonce de la victoire du démocrate Joe Biden, le républicain Donald Trump refuse obstinément de reconnaître sa défaite, une situation « schizophrénique » sans précédent dans l'histoire moderne. « Nous avons gagné », martelait le président sortant mercredi encore dans un de ses tweets, en dénonçant des fraudes et machinations dans plusieurs Etats. Et il évoquait une nouvelle fois cet employé de la Poste de Pennsylvanie, qui a pourtant reconnu avoir menti quand il avait accusé de fraude les autorités électorales de son Etat. « Ne croyez que la vérité, sa version originale », a encore écrit le président sur Twitter.

Seuls deux Etats n'ont toujours pas annoncé leurs résultats finaux, la Caroline du Nord et la Géorgie. Dans ce dernier Etat, où Biden est en tête de quelque 14 000 voix seulement, les autorités ont décidé de procéder au recomptage manuel de tous les bulletins de vote… Mais même si Trump l'emportait en Géorgie, Biden resterait le vainqueur.

Des craintes pour démocratie américaine

Le contraste avec la transition précédente en 2016 ne pourrait être plus saisissant. Lorsque les résultats avaient donné Donald Trump vainqueur (alors même qu'il avait largement perdu le vote populaire), Hillary Clinton avait rapidement concédé sa défaite et le président Barack Obama avait appelé le gagnant le lendemain matin même pour lancer la transition.

« A quoi joue Trump? » s'interrogeait mercredi Thomas Edsall dans un éditorial dans le New York Times qui a fait grand bruit. « Son refus de concéder qu'il a perdu l'élection nous entraîne sur un terrain très dangereux », ajoute-t-il. Sean Wilentz, professeur d'histoire à l'université Princeton, va plus loin : « Si Trump nie la légitimité de l'élection de Biden, c'est une renonciation à la démocratie américaine ». Et plusieurs démocrates s'inquiètent du limogeage du ministre de la Défense Mark Esper, qui pourrait être remplacé par une personnalité « à la botte » du président.

Le soutien des caciques du parti républicain

Le New York Times a appelé les responsables de la tenue des élections de tout le pays pour leur demander s'ils pouvaient signaler des cas significatifs de fraude. Aucun n'a pu en donner. Mais un sondage de Politico et Morning Consult montre que 70 % des électeurs républicains pensent que l'élection n'a été ni juste ni honnête. Et le président peut compter sur le soutien indéfectible des caciques du parti républicain qui approuvent ses nombreux recours judiciaires.

A part une poignée de sénateurs et des personnalités coupées de la vie politique actuelle, comme l'ancien président George W. Bush, aucun responsable du Grand Old Party, n'a osé se démarquer de l'actuel président. La raison en est simple : quoi qu'il arrive, même si Trump finit par quitter la Maison-Blanche, sa popularité auprès des partisans des républicains, et donc son influence sur le parti, restent immenses.

Joe Biden, dans son discours de victoire samedi soir, avait annoncé la priorité de son mandat : la lutte contre le Covid-19. Alors que le nombre de cas positifs explose (plus de 10 millions de cas depuis le début de la pandémie) et que 17 Etats signalent un nombre record d'hospitalisations, la riposte prévue par le président élu ne peut être organisée avant le 21 janvier… date de son entrée en fonction, après son investiture. Le président Trump semble, lui, se désintéresser de la pandémie. Il accuse toutefois le laboratoire Pfizer d'avoir repoussé l'annonce des résultats prometteurs des essais de son vaccin au lendemain de l'élection pour le faire perdre. Une nouvelle fois, sans preuves.