Etats-Unis : avec la mort de Ruth Bader Ginsburg, la campagne présidentielle se durcit

Deux sénatrices républicaines ont déjà annoncé qu’elles refuseraient de pourvoir ce poste, doté d’énormes pouvoirs, avant le scrutin, ce qui complique singulièrement l’équation pour le président.

 Le président américain pendant un meeting à Fayetteville, Caroline du Nord, le 19 septembre 2020.
Le président américain pendant un meeting à Fayetteville, Caroline du Nord, le 19 septembre 2020. REUTERS/Tom Brenner

Qui succédera à Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême? Et quand? Bien décidé à ancrer cette institution dans le camp conservateur avant la présidentielle, Donald Trump affinait dimanche son choix. Quitte à être accusé par les démocrates de court-circuiter les électeurs.

La campagne s'est considérablement durcie depuis la mort de la magistrate et icône progressiste, vendredi, en raison des énormes enjeux pour l'avenir du pays. Le président républicain, qui espère décrocher un second mandat le 3 novembre, a annoncé dès le lendemain de son décès qu'il nommerait « très vite » un nouveau juge. « Ce sera une femme très talentueuse, très brillante », a-t-il promis lors d'un meeting.

« Attribuez son siège », ont scandé ses partisans, galvanisés à la perspective d'avoir une nette majorité de juges à la Cour suprême partageant leurs valeurs sur l'avortement, le droit à porter des armes ou encore les libertés religieuses.

Qui sont les favorites ?

Donald Trump « a resserré la liste » des candidats et va « très vite » faire connaître son choix, a précisé dimanche sur CNN Marc Short, chef de cabinet du vice-président Mike Pence. Deux noms circulent avec insistance pour rejoindre les huit juges de la haute juridiction.

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Déjà pressentie pour un précédent poste à la Cour suprême, Amy Coney Barrett, fait à nouveau figure de favorite. Cette juriste de 48 ans a une longue carrière académique dans une université catholique et une expérience de juge plus limitée. Elle est réputée pour ses articles de doctrine juridique, dans lesquels elle professe des opinions largement influencées, selon ses détracteurs, par ses valeurs religieuses traditionalistes.

Une magistrate d'origine cubaine Barbara Lagoa, 52 ans, semble également bien placée. Ancienne juge à la Cour suprême de Floride, elle exerce aujourd'hui dans une cour d'appel fédérale à Atlanta. Elle présente l'avantage de venir d'un Etat-clé, susceptible de peser sur le résultat de la présidentielle.

Quelles sont les critiques adressées aux Républicains ?

Une fois que Donald Trump aura fait connaître son choix, il reviendra au Sénat, où les républicains ont une majorité de 53 élus sur 100, de le confirmer. Leur chef Mitch McConnell a déjà dit qu'il organiserait un vote, alors qu'il avait refusé de le faire pour un candidat présenté par le président démocrate Barack Obama en 2016, au motif que le scrutin était trop proche. Les démocrates lui ont vivement reproché ce revirement.

« On dirait que le sénateur McConnell a perdu sa foi dans le jugement des Américains et veut se presser pour attribuer le siège à la Cour, tout comme le président. Ils veulent juste maximiser leur pouvoir », a critiqué l'ancien président démocrate Bill Clinton sur CNN, en le taxant d'« hypocrisie ».

Sur un ton sévère, le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden a également reproché à Mitch McConnell d'avoir annoncé « dans l'heure qui suivait l'annonce de la mort » de RBG qu'il organiserait un vote pour la remplacer et ancrer solidement la Cour suprême dans le conservatisme. La volonté du président Donald Trump est « un exercice de pouvoir politique brutal », a-t-il encore jugé lors d'une intervention à Philadelphie dimanche.

Si quatre républicains font défection, le candidat de Donald Trump sera bloqué. Or deux sénatrices républicaines ont déjà pris leurs distances avec le parti. Pour Susan Collins, républicaine modérée, le Sénat ne doit pas confirmer un nouveau juge avant le scrutin, « par honnêteté envers le peuple américain ». Lisa Murkowski a confirmé de son côté qu'elle ne voterait pas avant la présidentielle du 3 novembre, contrairement aux injonctions de Donald Trump.

Que vont faire les Démocrates ?

Dès l'annonce du décès de Ruth Bader Ginsburg, des millions de dollars ont été levés par des groupes progressistes qui comptent mener des campagnes ciblées pour peser sur l'issue du vote. Les démocrates n'ont toutefois pas beaucoup d'armes juridiques pour empêcher cette nomination. Interrogée à ce sujet sur ABC, leur cheffe au Congrès, Nancy Pelosi, a assuré avoir « des cordes à son arc », sans vouloir donner de précision.

« Les enjeux sont énormes », a-t-elle dit, en soulignant que la Cour suprême est notamment censée se prononcer dans les mois à venir sur l'avenir de la réforme de l'assurance santé dite Obamacare, qui a étendu les couvertures maladies de millions d'Américains mais que les républicains veulent démanteler. « Je pense qu'il faut rester très calme », a-t-elle poursuivi. Et surtout, a-t-elle ajouté, « tout le monde doit aller voter ».

Joe Biden, l'ancien vice-président de Barack Obama qui fait la course en tête dans les sondages nationaux, a de son côté adressé un appel vibrant aux élus républicains modérés. « Je ne suis pas naïf, je ne m'adresse pas au président Trump » ni à Mitch McConnell mais « à la poignée de sénateurs républicains », qui « savent au fond d'eux-mêmes ce qui est bon pour leur pays », a-t-il lancé. « Respectez vos obligations constitutionnelles, suivez votre conscience. »