Espagne : le coronavirus complique la tenue des élections parlementaires en Catalogne

Près d’un tiers des assesseurs convoqués pour tenir les bureaux de vote ont obtenu de ne pas venir. Le résultat n’en est que plus incertain pour le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez.

La plupart des bureaux de vote de Barcelone, la grande ville de Catalogne, a pu ouvrir sans encombre.
La plupart des bureaux de vote de Barcelone, la grande ville de Catalogne, a pu ouvrir sans encombre. AFP/Lluis Gene

Pus de trois ans après l’échec des tentatives d’indépendance de la Catalogne, les électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche pour désigner leur Parlement régional. Les socialistes veulent écarter les indépendantistes du pouvoir pour ne plus avoir à faire de compromis mais le premier des enjeux est de pouvoir organiser le vote.

L’Espagne est l’un des pays les plus touchés par le coronavirus depuis le début de la pandémie : plus de 3 millions de personnes ont été testées positives au covid, et 64 747 sont décédées depuis l’apparition du virus. Après un automne difficile, le gouvernement régional avait décidé, du fait de l’explosion des nouveaux cas après les fêtes de fin d’année, de reporter le scrutin à fin mai, mais la justice est intervenue pour rétablir la date initiale. La dernière heure de vote sera réservée aux personnes atteintes du virus ou placées en quarantaine. Cette particularité donnera lieu à des scènes étonnantes : pendant toute cette heure, les assesseurs tenant les bureaux vont porter des combinaisons de protection intégrale.

35 600 assesseurs ont demandé à être dispensés

Mais il a déjà été complexe d’ouvrir les bureaux de vote. 35 600 personnes sur les 82 000 tirées au sort pour servir d’assesseurs ont demandé à être dispensées de cette obligation. Bien que 23 300 demandes aient été acceptées, les autorités ont promis que le scrutin pourrait se dérouler normalement. Dès lors, alors qu’ils devaient ouvrir à 9 heures, la totalité des bureaux n’a pu ouvrir qu’après 11 heures, selon le ministre des Affaires étrangères de Catalogne. Et ce sont 8 895 urnes qui sont disponibles, et non 9 139. Les autorités ont annoncé que les bureaux concernés fermeraient plus tard. Ceux qui n’auront pas pu ouvrir voteront mardi, avec d’autres assesseurs.

Dans ce contexte inédit, l’incertitude de la participation paraît d’autant plus grande. Les sondages ont donné trois formations dans un mouchoir de poche : les deux principaux partis indépendantistes catalans - Ensemble pour la Catalogne (JxC) et Gauche républicaine de Catalogne (ERC) - qui forment l’actuel gouvernement régional, et le PSC, branche catalane du Parti socialiste ouvrier espagnol du Premier ministre Pedro Sanchez, recueilleraient chacun un peu plus de 20 % des voix.

Bien décidé à briser la mainmise des indépendantistes sur le pouvoir à Barcelone, Pedro Sanchez a fait appel à son ancien ministre de la Santé et figure de proue de la lutte contre le Covid-19 en Espagne, Salvador Illa, pour conduire les socialistes à la bataille. Il s’est aussi personnellement impliqué dans la bataille en participant à plusieurs meetings.

Le pari est risqué : même s’ils remportent le plus grand nombre de suffrages, les socialistes auront besoin de partenaires pour obtenir la majorité absolue de 68 députés (sur un total de 135) au Parlement local, et devront pour cela faire éclater le bloc indépendantiste. Ils comptent sur ERC, parti ouvert au dialogue avec Madrid et dont l’appui a même permis au gouvernement minoritaire de M. Sanchez de faire voter son programme au Parlement. Mais ERC, JxC et trois autres petites formations se sont engagées par écrit cette semaine à ne contribuer « en aucun cas » à la formation d’un gouvernement avec Salvador Illa. Ce qui vaudrait un retour à la case départ.