Election au Portugal : le sulfureux populiste André Ventura progresse nettement dans les urnes

Même s’il n’a pas dépassé le premier tour de la présidentielle, le «Trump portugais» a réalisé un bon résultat dimanche. Son score marque une montée de l’extrême droite dans ce pays où le populisme n’avait, jusqu’ici, pas pris.

 Dimanche, le candidat d’extrême droite a engrangé 11,9 % des suffrages et près d’un demi-million de voix.
Dimanche, le candidat d’extrême droite a engrangé 11,9 % des suffrages et près d’un demi-million de voix.  AFP/Pedro Rocha

S'il est resté loin de la qualification dimanche pour le second tour de l'élection présidentielle portugaise, le populiste André Ventura a nettement progressé dans les urnes. Son score marque une montée importante de l'extrême droite dans un pays qui, jusqu'ici, faisait figure d'exception.

Selon des résultats officiels quasi-complets, ce provocateur habile et ambitieux a failli atteindre son objectif secondaire, qui était de devancer la socialiste Ana Gomes pour arriver deuxième, derrière le conservateur modéré Marcelo Rebelo de Sousa, aisément réélu.

Mais à 38 ans, avec sa barbe de trois jours et ses costumes bien taillés, André Ventura continue d'avancer à grands pas à travers le paysage politique portugais. Ce juriste de formation s'est lancé dans cette course présidentielle tout juste un an après son entrée au Parlement, en tant que député unique du parti antisystème « Chega » (« ça suffit »).

La formation qu'il a lui-même fondée avait obtenu aux législatives de 2019 un score de 1,3 %, soit 70 000 voix. Dimanche, il a engrangé 11,9 % des suffrages et près d'un demi-million de voix. « C'est une soirée historique au Portugal, qui voit la droite se reconfigurer complètement », s'est-il félicité. Décrit par certains comme « le Trump portugais », ce fervent catholique s'est lui aussi imposé dans le débat public en provoquant des tollés et en surfant sur la controverse.

Polémiques en série

Il a, par exemple, défendu un plan de confinement sanitaire spécial pour les communautés Roms, ou proposé qu'une députée née en Guinée-Bissau, qui voulait restituer des œuvres d'art aux anciennes colonies portugaises, soit « rendue à son pays d'origine ».

André Ventura a martelé pendant la campagne qu'il voulait défendre « les Portugais bien intentionnés » contre les « profiteurs » en tout genre d'un « système » qu'il veut transformer de l'intérieur.

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Allié de la Française Marine Le Pen et de l'Italien Matteo Salvini, mais pas des Espagnols de Vox, André Ventura ne réclame pas que le Portugal quitte l'Union européenne.

Et, s'il ne s'affiche pas comme un nostalgique de la dictature fasciste qui a pris fin en 1974, il est le premier à donner autant d'écho à des idées jusqu'ici portées uniquement par des groupuscules d'extrême droite.

« Le terrain était fertile car les attitudes populistes contre le système, les élites et les politiciens, sont très répandues », avait expliqué la politologue Marina Costa Lobo avant le scrutin de dimanche. « Et, au cours de cette campagne électorale, André Ventura n'a pas cherché à attirer tout l'électorat populiste. Il s'est clairement positionné à l'extrême droite », a souligné cette chercheuse de l'Université de Lisbonne.

Un ancien commentateur sportif

André Ventura a ainsi profité d'un affaiblissement des deux partis de la droite traditionnelle, encore pénalisés par la cure d'austérité qu'ils ont imposée aux Portugais après la crise de la dette de 2011. Charismatique, le fondateur de « Chega » est aussi un personnage contradictoire. « Un candidat antisystème créé par le système », selon une formule de la presse locale.

Originaire de la banlieue de Lisbonne, il a été inspecteur du fisc avant de reprendre ses études en droit pour écrire une thèse de doctorat, où il critiquait le « populisme pénal » et la « stigmatisation des minorités ». Il a bâti sa notoriété en tant que commentateur à la télévision, où il argumentait avec ardeur dans le rôle de supporter du Benfica Lisbonne, le club de football le plus populaire du pays.

En parallèle, il gravissait les échelons de la principale formation de centre droit, le Parti social-démocrate (PSD), pour lequel il a été candidat aux municipales de 2017. C'est alors qu'il s'est fait connaître du grand public, en accusant les Roms de vivre dans la dépendance des aides sociales. Battu dans les urnes et critiqué par son propre camp, il a aussitôt quitté le PSD pour fonder son propre mouvement.