Des élus se mobilisent pour l’avocate Nasrin Sotoudeh emprisonnée en Iran

L’avocate iranienne, très affaiblie après 40 jours de grève de la faim, a été hospitalisée. De nombreux élus français se mobilisent pour sa libération et deux d’entre eux ont rencontré l’ambassadeur d’Iran en France ce mardi matin.

 Nasrin Sotoudeh avait été condamnée en 2019 à plus de 10 ans de prison. Parmi les chefs d’accusation, figure celui d'« incitation à la débauche ».
Nasrin Sotoudeh avait été condamnée en 2019 à plus de 10 ans de prison. Parmi les chefs d’accusation, figure celui d'« incitation à la débauche ». AFP/Arash Ashourinia

La dernière fois qu'il a pu voir son épouse, samedi, elle souffrait de « problèmes cardiaques et d'essoufflement, d'une pression artérielle très basse et d'une faiblesse générale grave ». L'avocate iranienne Nasrin Sotoudeh, condamnée en 2019 à plus de 10 ans de prison, a été hospitalisée le 19 septembre à Téhéran après 40 jours de grève de la faim, a raconté son mari, Reza Khandan.

Parmi les chefs d'accusation, figure celui d'« incitation à la débauche ». La justice iranienne lui reproche notamment d'avoir défendu une Iranienne qui avait ôté son voile en public afin de protester contre l'obligation faite aux femmes de se couvrir les cheveux.

Nasrin Sotoudeh est âgée de 57 ans et mère de deux enfants. En arrêtant de s'alimenter, cette spécialiste des droits humains entend protester contre les conditions de son incarcération et de celles des autres détenus considérés comme étant des « prisonniers politiques ». D'autant que ses proches, qui manquent d'informations, estiment que sa vie est en danger en raison de la pandémie de Covid-19 qui touche fortement les prisons iraniennes.

«Des combats que l'opinion française approuve»

Depuis près de deux ans, cette condamnation « dans des conditions ahurissantes », selon les mots du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, suscite un vaste élan de soutien dans la classe politique française. Dès mars 2019, La République en Marche dénonçait une « décision scandaleuse » et appelait à sa « libération immédiate et sans condition ». Plusieurs dizaines de députés ne cessent aussi de demander sa « libération inconditionnelle ».

« Les combats qu'elle porte sont des combats que l'opinion française approuve, comme les droits des femmes. Et on n'emprisonne pas des avocats dans un Etat de droit », dénonce l'élu du Cher François Cormier-Bouligeon, l'un des plus mobilisés sur le sujet.

Avec sa collègue Anne Genetet, ils ont rencontré ce mardi matin l'ambassadeur d'Iran en France. L'échange s'est tenu dans un « climat de respect réciproque ». Mais il n'a pas permis d'obtenir d'avancée immédiate concernant le sort de l'avocate, lauréate du prix Sakharov décerné par le Parlement européen en 2012. « L'ambassadeur était particulièrement à l'écoute et j'ai l'intime conviction qu'il va faire passer notre demande », veut croire Anne Genetet.

Le Conseil national des barreaux (CNB) a également lancé une pétition, adressée à Emmanuel Macron et signée ce jeudi par près de 500 000 personnes. Dans ce texte, le CNB se dit « convaincu » que la condamnation de Nasrin Sotoudeh est « liée à ses seules activités qui relèvent exclusivement de son exercice professionnel ».

La chercheuse Fariba Adelkhah toujours détenue aussi

S'il n'y a pas directement répondu, le chef de l'Etat a tout de même montré des signes d'attention à la situation de Nasrin Sotoudeh, citoyenne d'honneur de la Ville de Paris. En février 2019, lors d'une réunion du Conseil pour l'égalité entre les femmes et les hommes, à l'Elysée, une chaise vide avait été symboliquement placée à proximité du chef de l'Etat. Celui-ci « est parfaitement au courant de nos démarches », assure Anne Genetet.

« Il y a une très forte mobilisation en France et d'autres initiatives vont suivre », insiste de son côté François Cormier-Bouligeon. L'élu demande, dans un premier temps des « assurances sur l'état de santé » de Nasrin Sotoudeh. « Nous sommes très inquiets », a encore fait savoir Jean-Yves Le Drian ce mardi après-midi, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

Avant d'être hospitalisée, la militante était emprisonnée dans la prison d'Evin, à Téhéran. La même où est détenue depuis juin 2019 la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah, elle aussi qualifiée par ses proches de « prisonnière politique ».