Haut-Karabakh : un appel de Poutine, Macron et Trump au cessez-le-feu, deux journalistes du Monde blessés

Arméniens et Azerbaïdjanais ont continué d’échanger des tirs, ignorant les appels à la trêve. Les présidents russe, français et américain les appellent à négocier sous l’égide de l’OSCE.

 Un habitant de Füzuli, en Azerbaïdjan, montre des traces de bombardement sur un bâtiment de sa ferme.
Un habitant de Füzuli, en Azerbaïdjan, montre des traces de bombardement sur un bâtiment de sa ferme.  AFP/Tofik Babayev

Les présidents russe, français et américain préparent une déclaration commune sur la situation au Nagorny Karabakh, où les combats se poursuivent. Les forces arméniennes et azerbaïdjanaises continuent d'échanger des tirs ce jeudi dans le Haut-Karabakh, territoire séparatiste d'Azerbaïdjan soutenu par l'Arménie. Les belligérants affirment s'infliger des dégâts humains et matériels considérables, sans pour autant qu'un des camps semble prendre un avantage décisif sur l'autre.

Des journalistes blessés dans un bombardement. À Martuni, dans la région d'Artsakh, selon le ministère arménien des Affaires étrangères, deux reporters couvrant le conflit pour Le Monde ont été blessés jeudi lors d'un bombardement azéri et hospitalisés. Il s'agit d'un journaliste et d'un photographe, selon le journal. Selon les autorités arméniennes, deux journalistes arméniens ont également été blessés dans ces bombardements.

À Stepanakert, capitale de la république autoproclamée du Haut-Karabakh, deux explosions avaient retenti dans la nuit, alors que la ville était plongée dans le noir pour compliquer la tâche des drones azerbaïdjanais l'ayant frappée dimanche. Jeudi matin, la situation était calme malgré une importante présence policière.

« Pertes énormes » contre « tirs dévastateurs ». Au cinquième jour des affrontements, « les combats se sont intensifiés dans la matinée », explique le porte-parole du ministère arménien de la Défense, Artstroun Hovhannissian, affirmant que l'ennemi a subi « des pertes énormes ». Selon ce porte-parole, environ 350 soldats azerbaïdjanais ont été tués, 15 véhicules blindés détruits et trois hélicoptères abattus, dont un se serait écrasé en Iran voisin.

Dans le camp azerbaïdjanais, le ministère de la Défense qualifie cette dernière affirmation de « mensonge » et explique que « toute la nuit, des tirs d'artillerie dévastateurs ont visé les forces arméniennes ». Il affirme avoir repris des positions arméniennes tenues depuis plus de 30 ans, les combattants séparatistes ayant dû « se retirer de positions qu'ils tenaient sur toute la ligne de front ».

Des bilans seulement partiels. Chacun des deux camps prétend avoir infligé à l'autre des centaines de pertes humaines et diffuse des vidéos à cet effet. C'est, côté azerbaïdjanais, un drone frappant un camion de transport de troupes chargeant des soldats ou, côté arménien, de nombreux corps allongés en rang portant uniforme des troupes d'Azerbaïdjan.

Depuis le début des hostilités dimanche, les bilans partiels qui sont communiqués font état au total de 128 morts : 104 soldats et 8 civils côté arménien, 16 civils seulement côté azerbaïdjanais. Dès le premier jour des combats, dimanche, on déplorait environ 70 morts.

Une habitation endommagée par les tirs à Füzuli/AFP
Une habitation endommagée par les tirs à Füzuli/AFP  

Poutine, Macron et Trump haussent le ton. Les multiples appels à une trêve sont jusqu'alors restés sans effet. Dans la nuit, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron ont réclamé de « cesser complètement le feu et, dès que possible, faire baisser les tensions », selon le Kremlin. Par ailleurs, les deux présidents et l'Américain Donald Trump appellent jeudi, dans un communiqué commun, à « la cessation immédiate des hostilités ».

Ils appellent aussi « les dirigeants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan à s'engager sans délai à reprendre les négociations de fond » sous l'égide de l'OSCE. Les trois sont co-présidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, médiateur au Haut-Karabakh depuis les années 1990.

Plus tôt dans la journée, jeudi, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian avait assuré sur Facebook que le Haut-Karabakh combattait « le terrorisme international ». « La communauté internationale a maintenant clairement affirmé que le tandem turco azerbaïdjanais mène une guerre contre l'Arménie et le Karabakh avec l'aide de mercenaires-terroristes », a-t-il ajouté.

Soupçons sur la Turquie. Moscou, qui entretient des relations cordiales avec les deux camps, a reproché à la Turquie de « jeter de l'huile sur le feu » en encourageant l'Azerbaïdjan dans son offensive.

Mercredi soir, la diplomatie russe se disait « très préoccupée » du déploiement dans le conflit de « terroristes et de mercenaires étrangers » venant de « Syrie et de Libye ». Une référence à deux conflits où l'armée turque est active. Jeudi, Emmanuel Macron a indiqué disposer d'informations « de manière certaine » sur la présence de « combattants syriens de groupes djihadistes ».

L'Azerbaïdjan et la Turquie ont démenti les accusations russes, retournant l'accusation contre l'Arménie. Et jeudi, le président turc Erdogan a déclaré, devant le Parlement, à Ankara, qu'« un cessez-le-feu pérenne dans cette région est tributaire d'un retrait arménien de tout le territoire azerbaïdjanais ».

Le Haut-Karabakh, en majorité peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30.000 morts. Le front est quasi gelé depuis malgré des heurts réguliers, notamment en 2016.