Covid-19 : Merkel souhaite prolonger les restrictions au moins jusqu’en mars

Malgré la grogne, la chancelière allemande souhaite prolonger les contraintes sanitaires. Elle devrait être suivie par les dirigeants régionaux.

Angela Merkel s'est prononcée mardi pour une prolongation des restrictions en place en Allemagne.
Angela Merkel s'est prononcée mardi pour une prolongation des restrictions en place en Allemagne. JOHN MACDOUGALL

Angela Merkel s’est prononcée mardi pour une prolongation des restrictions en place en Allemagne face à la pandémie malgré leur impopularité croissante, qui place la CDU, le parti chrétien-démocrate de la chancelière, dans une situation politique inconfortable à quelques mois des élections législatives du 26 septembre.

Lors d’une réunion avec ses députés conservateurs, elle a estimé que la levée des contraintes dès à présent risquerait « de faire repartir le nombre d’infections très vite à la hausse », plaidant pour une prolongation jusqu’en mars, selon le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. En l’état, elles sont programmées jusqu’au 14 février.

La chancelière s’exprimait à la veille d’une réunion prévue sur le sujet entre son gouvernement et les régions allemandes qui, a priori, la soutiennent, selon Der Spiegel. Aucune date n’aurait été avancée pour la fin des restrictions. La rencontre se tient dans un contexte politique pesant. Alors que la première grande vague de Covid-19 au printemps 2020 avait relancé politiquement Angela Merkel, grâce à un impact moins fort en Allemagne que dans les pays voisins, la nouvelle vague hivernale frappe le pays de plein fouet et aiguise les critiques à l’encontre de sa gestion.

La pandémie trouble ses nuits

Sa popularité commence à s’effriter face à la lassitude des Allemands et Angela Merkel a avoué récemment passer de mauvaises nuits à cause de la pandémie. « C’est une période difficile pour moi aussi […] je retourne les choses dans tous les sens dans ma tête avant de prendre des décisions et cela me préoccupe c’est vrai », a-t-elle confié à la chaîne de télévision RTL-Allemagne. En décembre, elle était au bord des larmes durant un discours au Bundestag sur la pandémie.

Bien que largement en tête dans les enquêtes d’opinion, son parti chrétien-démocrate CDU a chuté à 34,4 % des intentions de vote dans un sondage Insa paru lundi, son plus bas niveau depuis novembre. La confiance dans le parti de Merkel recule « de semaine en semaine et s’est découplée de l’approbation face aux mesures anti-Covid », a estimé le chef de cet institut dans Bild, Hermann Binkert. La chancelière termine son quatrième et dernier mandat, après seize ans de règne.

Le nombre de nouvelles infections est en baisse, mais pas encore suffisamment selon les autorités. Ces dernières s’inquiètent surtout de la propagation des variants sud-africain et britannique, jugés plus contagieux. Ce dernier pourrait d’ailleurs devenir majoritaire en mars.

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Les Allemands sont actuellement invités à éviter le plus possible les contacts, en généralisant le télétravail dans la mesure du possible. Les écoles, jardins d’enfants, commerces non alimentaires, restaurants, bars, lieux culturels et sportifs sont toujours fermés.

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Pour tenter de regagner la confiance de l’opinion, la chancelière vient de lancer une campagne de communication, multipliant les interviews télévisées, choses relativement rare de sa part, pour défendre la stratégie vaccinale alors que son gouvernement est critiqué pour sa lenteur Elle a exhorté la population à « tenir bon encore un moment […] les nerfs sont à vif, nous avons devant nous un long chemin et le plus dur à parcourir est durant cet hiver ».

Industriels et artisans réclament de la souplesse

Plusieurs secteurs économiques l’enjoignent aussi à assouplir les mesures. Le président de la Confédération allemande de l’artisanat (ZDH), Hans Peter Wollseifer, a parlé de « conséquences économiques dramatiques » si certains métiers, comme les coiffeurs, ne pouvaient pas rouvrir mi-février. Le président de la Fédération des industries allemandes (BDI), Siegfried Russwurm, a appelé le gouvernement à « définir des perspectives claires » et « équitables ».

Alors qu’en « Autriche, les coiffeurs ouvrent leurs portes, en France, les gens se bousculent sur les Champs-Elysées, en Belgique, même les cinémas pourraient bientôt remettre en marche les machines à popcorn. L’Allemagne ne peut-elle pas aussi assouplir un peu ses restrictions ? », s’interroge le quotidien de Francfort, alors que les écoles ont rouvert aux Pays-Bas, comme les restaurants en Italie.