Covid-19 : Londres a refusé un reconfinement contre l’avis des scientifiques

Selon l’entourage de Boris Johnson, il s’agissait en premier lieu de prendre en compte l’impact économique de telles mesures.

 Les experts recommandaient, outre un reconfinement, d’autres mesures à introduire « immédiatement », comme la fermeture des bars et restaurants et le télétravail.
Les experts recommandaient, outre un reconfinement, d’autres mesures à introduire « immédiatement », comme la fermeture des bars et restaurants et le télétravail. AFP/DANIEL LEAL-OLIVAS

Si les experts scientifiques britanniques s'étaient retrouvés à la manœuvre ces dernières semaines, le Royaume-Uni aurait été reconfiné, partiellement au moins, dès le mois de septembre. Or, le gouvernement britannique a fait le choix de passer outre leurs recommandations qui visaient à casser la propagation du coronavirus, repartie en flèche au Royaume-Uni.

Dès septembre, le comité scientifique chargé de le conseiller avait préconisé la mise en place d'un confinement de « deux ou trois semaines » afin d'interrompre « l'augmentation exponentielle des cas », selon le compte rendu d'une réunion publié lundi soir, peu après l'annonce par Boris Johnson de l'introduction d'un système d'alerte à trois niveaux pour l'Angleterre.

Selon ce document daté du 21 septembre, les experts recommandaient d'autres mesures à introduire « immédiatement », telles que la fermeture des bars et restaurants, le télétravail, des cours uniquement en ligne dans les universités et l'interdiction de recevoir chez soi des membres d'un autre foyer. Mais l'exécutif, qui cherche à tout prix à éviter un nouveau confinement national, n'en a adopté qu'une seule : le télétravail quand c'est possible.

« Nous prenons des décisions qui sont guidées par la science, en prenant en compte toutes les considérations que nous devons regarder », a défendu ce mardi devant les députés le ministre de la Santé Matt Hancock.

Le porte-parole de Boris Johnson a quant à lui souligné que le gouvernement doit prendre en compte l'impact économique des mesures et des dégâts qu'elles peuvent faire, « c'est exactement ce que le Premier ministre, le ministre des Finances » Rishi Sunak et les autres ministres ont fait.

« Des mesures fermes, ciblées et proportionnées »

« Nous avons pris des mesures fermes, ciblées et proportionnées », a défendu ce mardi sur la BBC le ministre des Collectivités locales, Robert Jenrick, comme aussi l'interdiction de se rassembler à plus de six partout en Angleterre et la fermeture des pubs à 22 heures. « Le Premier ministre doit trouver un équilibre entre protéger la vie des gens et le système de santé contre le virus, tout en donnant la priorité aux choses qui comptent pour notre société, comme l'éducation et préserver le plus d'emplois possible », a-t-il ajouté.

Si le gouvernement se targue toujours de « suivre la science », « il a de manière évidente rejeté d'importantes recommandations des scientifiques », a dénoncé Jonathan Ashworth, dans l'opposition travailliste. Le chef de l'opposition travailliste Keir Starmer a par ailleurs appelé ce mardi le Premier ministre à instaurer un confinement de deux à trois semaines en Angleterre, pour casser la progression du virus, dont il accuse le gouvernement d'avoir « perdu le contrôle ».

Les nouvelles restrictions également critiquées

Une telle mesure permettrait aussi de réparer certaines des « erreurs faites par le gouvernement », a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse, citant notamment le système de traçage des cas. « Agissez maintenant, brisez le cycle » du virus, a-t-il lancé à l'adresse de Boris Johnson.

Certains élus conservateurs se montrent également critiques au sujet des nouvelles restrictions, selon eux trop dures, imposées dans le cadre du nouveau système d'alerte à trois niveaux : moyen, élevé et très élevé. Le Premier ministre conservateur est contesté pour sa gestion jugée erratique de la pandémie, qui a fait près de 42 900 morts au Royaume-Uni, sans équivalent en Europe, et contaminé quelque 618 000 personnes.