Cour suprême : l’audition d’Amy Coney Barrett a débuté dans un contexte tendu

« Cela va être une longue semaine de querelles », a reconnu le chef de la commission judiciaire du Sénat, alors que débute l’examen de la candidature de la juge Barett à la Cour suprême.

 La juge Amy Coney Barrett a retiré son masque noir et juré, main levée, de dire « toute la vérité ».
La juge Amy Coney Barrett a retiré son masque noir et juré, main levée, de dire « toute la vérité ». AFP/Alex Edelman

Avant même que soit examinée cette candidature tant attendue ce lundi, c'est hors du Congrès que les partisans et opposants de la magistrate conservatrice Amy Coney Barrett se sont fait face, avant que la police ne procède à une vingtaine d'interpellations.

Une vingtaine de manifestants, présents devant le Congrès en signe de protestation à l’audition d’Amy Coney Barrett ont été arrêtés ce lundi. AFP/Olivier DOULIERY
Une vingtaine de manifestants, présents devant le Congrès en signe de protestation à l’audition d’Amy Coney Barrett ont été arrêtés ce lundi. AFP/Olivier DOULIERY  

Puis le Sénat a pu commencer à interroger cette juge nommée par Donald Trump à la Cour suprême, face à des élus républicains admiratifs d'une « brillante » juriste et à des démocrates fustigeant un calendrier « irresponsable » en pleine pandémie et « illégitime » si près des élections.

« Cela va être une longue semaine de querelles », a reconnu d'emblée le chef de la commission judiciaire du Sénat, le républicain Lindsey Graham, qui a prévu de consacrer quatre jours à l'examen de cette candidature.

Cinq juges conservateurs et trois progressistes

La juge Barrett, 48 ans, a été choisie par le président républicain le 26 septembre pour succéder à l'icône féministe et progressiste Ruth Bader Ginsburg, décédée d'un cancer. À 22 jours du scrutin présidentiel, elle s'est présentée au Sénat, chargé par la Constitution d'avaliser sa nomination, un exercice considéré comme acquis compte tenu de la majorité républicaine dans cette enceinte.

Elle a retiré son masque noir et juré, main levée, de dire « toute la vérité ». Assis derrière elle, six de ses sept enfants l'ont écoutée promettre d'« appliquer la Constitution et les lois telles qu'elles sont écrites ».

Cette lecture du Droit, dite « textualiste », est prisée dans les milieux les plus conservateurs qui reprochent à la Cour suprême de s'être éloigné de la pensée des pères fondateurs pour faire évoluer certains droits, notamment sur l'avortement ou le mariage homosexuel. Ils espèrent que l'arrivée d'Amy Barrett au sein de cette juridiction, qui compte cinq juges conservateurs et trois progressistes, freine voire inverse la tendance.

« Un titan du Droit qui conduit un mini-van »

La magistrate est également très bien vue de la droite religieuse parce qu'elle est une catholique pratiquante et partage la vision traditionnelle de la famille prônée par le Vatican. « Je crois au pouvoir des prières », a-t-elle encore déclaré ce lundi. Sa foi, et sa grande famille, ont été loué par les républicains, au même titre que ses qualités de juriste. « C'est un titan du Droit qui conduit un mini-van », a lancé le sénateur Mike Brown en référence à son monospace familial.

Dans un pays où un quart seulement de la population se dit athée ou sans religion, les démocrates se sont, eux, bien gardés d'avancer sur ce terrain miné. « Sa foi ne doit pas entrer en considération », a déclaré à la presse Joe Biden, le rival de Donald Trump, en marge d'un déplacement. Ils ont opté pour un autre angle d'attaque : les critiques exprimées par la juge contre la loi de l'ex-président Barack Obama qui a étendu la couverture maladie de millions d'Américains.

Trois sénateurs positifs au coronavirus

Amy Coney Barrett « a dit qu'elle voulait se débarrasser » de l'Obamacare, a estimé le candidat démocrate, rappelant que, dans un mois, la Cour suprême allait examiner un recours des républicains contre cette loi. Les sénateurs démocrates lui ont emboîté le pas : photos de bénéficiaires de cette loi à l'appui, ils ont assuré que ces Américains malades seraient les grands perdants d'une Cour suprême remaniée.

Conscients d'avoir peu de leviers pour empêcher le Sénat de confirmer la juge Barrett, les démocrates ont utilisé cette tribune pour recentrer le débat sur la pandémie de coronavirus, qui a fait plus de 210 000 morts. La sénatrice Kamala Harris, colistière de Joe Biden, a ainsi fustigé l'attitude « irresponsable » de ses confrères républicains qui ont décidé d'organiser ces auditions bien que trois élus aient été dépistés positifs il y a une dizaine de jours.

La candidate à la vice-présidence a également jugé « illégitime » un processus si proche du scrutin. Mais pour le sénateur républicain Lindsey Graham, « le Sénat effectue son devoir constitutionnel ». Ce proche du président mise sur un vote en séance plénière la semaine prochaine.