Coup d’Etat en Birmanie, affaire Navalny... Mais à quoi servent les sanctions européennes?

Après les violations des droits fondamentaux dans plusieurs pays, l’Union européenne a décidé de taper du poing sur la table à l’aide de sanctions ciblées. Mais leur utilité est décriée.

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L'Union Européenne a adopté des sanctions contre plusieurs fonctionnaires responsables de l'arrestation d'Alexeï Navalny.
L'Union Européenne a adopté des sanctions contre plusieurs fonctionnaires responsables de l'arrestation d'Alexeï Navalny. Reuters/MAXIM SHEMETOV

Dénoncer, et agir. Depuis l’empoisonnement de l’opposant Alexeï Navalny, et plus récemment, le coup d’État en Birmanie, l’Union européenne (UE) navigue entre ces deux eaux. Si elle entend bien peser contre ces différentes violations avec des sanctions ciblées, l’UE a choisi la voie de la mesure. Et suscite de véritables interrogations sur la portée des actions adoptées, symboliques selon certains.

Alexeï Nalvany n’a pas été entendu par les 27. Alors qu’en novembre il exhortait l’Union européenne à cibler « l’argent, les oligarques, pas seulement les anciens oligarques, mais les nouveaux, membres du cercle proche de Poutine », après sa tentative d’empoisonnement, l’Europe a finalement décidé de viser seulement quatre hauts fonctionnaires russes impliqués dans les procédures judiciaires engagées contre l’opposant et dans la répression menée contre ses partisans.

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Concrètement, ces sanctions consistent en une interdiction de visa et un gel des avoirs dans l’UE pour les personnes ou entités concernées. « Généralement les sanctions sont économiques, elles s’attaquent au ventre du pays. Dans ce cas-là, cela va rendre la vie difficile à une personne physique. Ce sont des mesures contraignantes a minima, mais qui permettent de dire que l’on n’est pas d’accord », analyse Astrid Viaud, docteure en sciences politiques à l’Université catholique de Louvain. « Il n’est guère possible de sanctionner les oligarques. Nous ne pouvons agir que contre des fonctionnaires, et cela uniquement si nous avons des preuves », avait assuré de son côté le chef de la diplomatie du Luxembourg Jean Asselborn avant la réunion du Conseil des affaires étrangères.

Trouver « le plus petit point d’accord entre tous les Etats »

Pourquoi ne pas aller plus loin ? « Cibler directement les responsables au pouvoir serait une provocation », répond Astrid Viaud. Par ailleurs, même si les 27 décident de sanctions à l’unanimité, « il y a des groupes de sensibilités dans l’Union Européenne, rappelle-t-elle. En fonction de ces sensibilités on va trouver le plus petit point d’accord entre tous les Etats ». Souvent au cœur des négociations, la préservation de certains intérêts économiques. « Il y a des liens forts entre les industries de l’automobile allemande et russe », illustre la spécialiste. Sans parler de la très forte dépendance des états de l’UE au gaz russe.

Conséquence, dans certains cas, des trains de sanctions qui se suivent, sans jamais vraiment marquer l’arrêt. Par trois fois, l’Union a adopté des mesures contre le régime biélorusse du président Alexandre Loukachenko, sans effet. « Dans le cas de la Crimée par exemple, l’UE jouait avec des sanctions face à une armée. De facto on ne parle plus de la même chose. Mais c’était son seul pouvoir, note Astrid Viaud. […] Le but de l’Union Européenne n’est pas de déstabiliser des régimes en place et de les remplacer. Elle ne va pas aller exporter son modèle partout. Elle est là pour dire non, car elle a cette vocation à faire régner la paix ». Pour la chercheuse, la sémantique jette en partie le trouble. « Dans les textes il n’est pas question de sanctions à proprement parler, mais de mesures restrictives. En vulgarisant on est arrivé à ce terme, mais de fait, on s’attend à quelque chose de surdimensionné », pointe-t-elle.

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Ce rôle symbolique fait en tout cas déjà prédire à certains l’échec des futures mesures adoptées contre les responsables du coup d’état militaire du 1er février en Birmanie. L’UE souhaite en effet taper au portefeuille de plusieurs putschistes, « car dans ce pays, les militaires sont des entrepreneurs et ils détiennent des pans de l’économie », assure la diplomatie européenne. « Est-ce qu’il y a suffisamment de liens entre l’UE et les oligarques birmans, plus précisément avec la junte militaire ? C’est ce critère qui permettra de savoir si des mesures peuvent être efficaces », s’interroge Astrid Viaud. A Bruxelles, tout le monde se souvient des sanctions presque sans effet portées en 1996 contre un régime qui muselait la principale figure de l’opposition. C’était, déjà, Aung San Suu Kui, et le régime birman…