Conflit Grèce-Turquie : Erdogan retire son navire mais hausse le ton

Le bateau turc à l’origine des tensions avec la Grèce est rentré au port, mais les tensions restent fortes en Méditerranée. La France veut éviter la surenchère.

 « M. Macron, vous n’avez pas fini d’avoir des ennuis avec moi », a déclaré Recep Tayyip Erdogan, en réponse aux propos du chef d’Etat français lors du Med7.
« M. Macron, vous n’avez pas fini d’avoir des ennuis avec moi », a déclaré Recep Tayyip Erdogan, en réponse aux propos du chef d’Etat français lors du Med7. Reuters

Ankara en a fait l'annonce hier : « l'Oruç Reis » a regagné la côte turque. Depuis le 10 août dernier, le déploiement de ce navire de recherche en Méditerranée orientale, dans une zone disputée par les deux pays et considérée comme riche en gaz naturel, est à l'origine d'une importante crise entre la Grèce et la Turquie. En réponse, Athènes avait lancé des manœuvres navales, avec, notamment, le soutien de la France. Ce retrait, c'est « un premier pas positif » aux yeux du Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis.

La journée de samedi s'était pourtant achevée sur la perspective d'une nouvelle poussée de fièvre… Lors d'une conférence de presse, Mitsotakis annonçait un « important » programme d'achats d'armes, dont 18 avions de combat français Rafale. « L'heure est venue de renforcer nos forces armées », a-t-il justifié, au risque de provoquer une nouvelle escalade.

Le double jeu d'Erdogan agace l'Elysée

Dans le même temps, le tensiomètre montait d'un cran du côté d'Istanbul, à l'occasion d'un discours télévisé de Recep Tayyip Erdogan. « Ne cherchez pas querelle à la Turquie », a prévenu le président turc, en référence aux sévères critiques émises par Emmanuel Macron lors du sommet du Med7 jeudi. Loin de sembler, alors, vouloir marquer « un pas positif ». « Cela montre bien qu'Erdogan joue sur les deux tableaux, entre la gestion de son opinion publique interne et les signaux à envoyer aux Européens », estime une source diplomatique, relevant que le président turc « a besoin d'avoir ce genre de sorties » sur la scène intérieure.

Des propos virulents auxquels Emmanuel Macron n'entend pas répondre, selon l'Elysée. Ce serait, estime-t-on, « stérile ». « La ligne a été toujours été la même, ne pas être dans la surenchère », rétorque son entourage.

La France se veut « rationnelle »

Sauf qu'Erdogan est cette fois monté d'un cran, en s'en prenant nommément à son homologue : « M. Macron, vous n'avez pas fini d'avoir des ennuis avec moi. » « On ne rentre pas dans le même jeu que lui, on essaie de résoudre le problème de manière concertée », martèle l'Elysée, mettant en avant « une gestion de la crise rationnelle, en Européens, avec les partenaires du Med7 ». Façon d'éviter le mano à mano personnel entre les deux chefs d'Etat, qui ont pourtant rarement rechigné à montrer mutuellement les muscles.

D'ici au prochain Conseil européen des 24 et 25 septembre, Emmanuel Macron continuera de surveiller l'évolution de la situation comme le lait sur le feu. Soulignant que le retrait du navire ne signifiait pas qu'Ankara renonçait à ses droits dans cette zone, le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, a d'ailleurs prévenu hier : « Il y aura des allers-retours. » Avant de s'en prendre à nouveau au président Français : « Il semble évident que M. Macron est en échec politique », a-t-il déclaré en exhortant les Grecs à ne pas«être utilisés par lui dans ses tentatives de se sauver ».