Brexit : cinq minutes pour comprendre les tensions en Irlande du Nord

Le maintien de l’Irlande du Nord dans l’union douanière de l’Union européenne remet en question l’unité du Royaume-Uni. Depuis quelques jours, la tension monte aux points de contrôle.

 Les tensions montent en Irlande du Nord depuis que le Brexit est effectif.
Les tensions montent en Irlande du Nord depuis que le Brexit est effectif. AFP/Paul Faith

La situation se tend en Irlande du Nord. Le maintien dans l'union douanière européenne de l'Irlande du Nord alors que le reste du Royaume-Uni en est exclu, après le Brexit, ravive les tensions et n'est pas sans rappeler les pires heures de l'île. « Il est difficile pour les responsables politiques de (contrôler) le niveau de colère qui existe dans la communauté », a décrit mardi, sur la BBC, le ministre de l'Agriculture nord-irlandais.

Que prévoit le Brexit pour l'Irlande du Nord ?

L'Irlande du Nord est partie intégrante du Royaume-Uni depuis le début des années 1920. Le Brexit, rendu effectif le 1er janvier dernier, a donc fait sortir de l'Union européenne l'Irlande du Nord, au même titre que l'Angleterre, l'Ecosse et le Pays de Galles. Mais l'Irlande au Nord, avec cette particularité de n'être relié à ses « alliés » que par la mer, se retrouve plus proche de la République d'Irlande. La frontière entre la République d'Irlande, membre de l'Union européenne, et l'Irlande du Nord, qui l'a quittée, était jusqu'à peu inexistante, comme celle qui sépare la France et la Belgique ou la France et Monaco.

Le sort de l'Irlande du Nord était un point majeur des négociations entre la Commission européenne et le gouvernement britannique, le second plaidant auprès du premier pour qu'il n'y ait pas de frontière « physique » entre le Nord et le Sud. Le Brexit a alors prévu que l'Irlande du Nord resterait dans le marché unique européen et dans l'union douanière de l'Union européenne. Sans cela, chaque marchandise importée et exportée aurait dû être déclarée, contrôlée et taxée.

Pour la circulation des personnes, la République d'Irlande et le Royaume-Uni se sont mis d'accord depuis longtemps pour un contrôle commun, non remis en cause par le Brexit : on peut relier le Nord au Sud et le Sud au Nord sans avoir à montrer ses papiers d'identité, tant qu'ils ont été contrôlés en amont par la République d'Irlande ou l'Irlande du Nord.

Pourquoi ça coince ?

En restant dans l'union douanière et le marché unique européen, l'Irlande du Nord peut profiter de tous les avantages de l'Union européenne… tant que les produits y restent. Une marchandise envoyée en Irlande du Nord depuis la France ne subit que très peu de contrôles douaniers. Mais une marchandise qui quitte l'Irlande du Nord pour rejoindre l'Angleterre – ou une autre qui quitte l'Angleterre pour rejoindre l'Irlande du Nord – doit, elle, subir des contrôles douaniers : il faut vérifier que tout soit en règle pour rentrer sur le marché européen.

« Les contrôles douaniers aux frontières extérieures protègent les consommateurs contre les biens et produits dangereux ou nocifs pour leur santé », justifie, sur son site Internet, la Commission européenne, indiquant que les contrôles sont aussi une façon de lutter « contre la fraude fiscale et en matière de droits de douane ». Sauf « s'il peut être prouvé que des marchandises […] ne risquent pas de pénétrer sur le marché unique de l'Union européenne », tous les produits entrants en Irlande du Nord doivent aussi faire l'objet de droits de douane. Certaines entreprises britanniques ont depuis préféré arrêter d'exporter vers l'Irlande du Nord.

Cette différence de traitement entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni n'est pas sans causer des maux de tête aux « unionistes » irlandais, qui voient là le Royaume-Uni se déliter.

Que se passe-t-il ?

Depuis plusieurs jours, le ton monte en Irlande du Nord. Les salariés chargés des contrôles sanitaires et douaniers aux frontières dans les ports de Belfast et Larne sont pris pour cible. Des médias locaux ont rapporté des tentatives de prise d'information sur les employés, comme le relevé de leurs numéros de plaques d'immatriculation.

Un tag contre les contrôles entre le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord, à Belfast. /AFP/Paul Faith
Un tag contre les contrôles entre le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord, à Belfast. /AFP/Paul Faith  

La collectivité locale du Mid and East Antrim Borough a annoncé lundi soir retirer « immédiatement » ses douze employés chargés de participer aux inspections sanitaires et vétérinaires au port de Larne en raison « d'inquiétudes pour leur sécurité », après une recrudescence de « comportements menaçants ces dernières semaines », avec notamment des tags « faisant référence aux tensions croissantes autour du protocole nord-irlandais et décrivant le personnel des ports comme des cibles ».

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Les appels au calme se multiplient depuis. « Il est vital que chacun en Irlande du Nord et au Royaume-Uni fasse preuve de calme et de modération ainsi que de détermination à résoudre les problèmes », a déclaré devant les députés le ministre d'Etat Michael Gove. Tous les politiques et habitants ont en tête les « Troubles », durant lesquels, de 1968 à 1998, 3500 personnes avaient été tuées dans des affrontements violents opposant nationalistes et unionistes.