Birmanie : raid au parti Aung San Suu Kyi, tirs contre les manifestants, la contestation continue

Plus d’une semaine après le Coup d’État de l’armée, la situation est toujours très tendue. Des médecins assurent avoir constaté des blessures par balles parmi les manifestants.

 Aung San Suu Kyi, la dirigeante et prix Nobel de la paix, retenue chez elle, est toujours très soutenue dans son pays.
Aung San Suu Kyi, la dirigeante et prix Nobel de la paix, retenue chez elle, est toujours très soutenue dans son pays. REUTERS

La situation est toujours très tendue en Birmanie. Ce mercredi, pour le cinquième jour consécutif, les manifestants continuent à se rassembler pour réclamer le retour de la démocratie après le coup d'Etat mené par l'armée.

Dans la nuit, un raid a été mené par l'armée contre le siège du parti (la LND) d'Aung San Suu Kyi, cheffe du gouvernement civil et actuellement détenue. Une action qui montre la détermination des généraux putschistes face aux appels à rétablir la démocratie.

Un membre de la LND, Soe Win, a déclaré qu'un gardien avait vu le raid mené par les forces de sécurité via un système de vidéosurveillance à distance, mais qu'il n'avait pas pu intervenir en raison du couvre-feu.

Dans la matinée, ils ont trouvé des serrures forcées, du matériel informatique manquant, du câblage électrique et des câbles de serveur coupés et ses documents bancaires avaient disparu d'un coffre-fort. Selon Soe Win, le parti prévoit de porter plainte auprès de la police.

Aung San Suu Kyi serait « en bonne santé »

Le parti de celle qui a été prix Nobel de la paix a rassuré sur ses conditions de détention. Elle serait « en bonne santé », assignée à résidence à Naypyidaw, d'après son parti.

Très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité lors des exactions contre les musulmans rohingyas, en résidence surveillée pendant 15 ans pour son opposition à la junte, elle reste adulée dans son pays.

Dans le même temps, de nombreuses manifestations ont été organisées dans tout le pays. Plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées à la mi-journée dans le centre de Rangoun, la capitale économique du pays, dans une ambiance électrique, alors que la répression a franchi un nouveau cap mardi.

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« Nous ferons tout pour rejeter le gouvernement militaire », promet Kyaw Kyaw, un employé d'hôtel. « Nous ne voulons pas rester sous la dictature. Mais j'ai aussi un peu peur après la répression d'hier », craint, Khin Nyein Wai, étudiant.

Selon les médecins, des blessures par balles

Le rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie, Tom Andrews, a condamné l'usage de la force, et assuré que la police avait tiré et blessé une jeune femme à Naypyidaw. Les images de cette violence ont été massivement partagées sur les réseaux sociaux.

Selon un médecin de l'hôpital de Naypyidaw, la jeune femme, Mya Thwe Thwe Khine, est « en soins intensifs car elle a besoin d'aide pour respirer et reste inconsciente » ce mercredi matin.

Un autre médecin avait affirmé mardi que les militaires avaient tiré à balles réelles, à en juger par les blessures subies par deux jeunes hommes hospitalisés dans un état critique.

Les autorités ont interdit depuis lundi soir les rassemblements de plus de cinq personnes à Rangoun, Napypidaw et dans d'autres villes. Un couvre-feu a été décrété.

Bravant les menaces, les manifestants sont à nouveau descendus mardi dans les rues, même si les foules ont été moins nombreuses que les jours précédents.

Un coup d'Etat condamné par la communauté internationale

L'ONU a condamné mardi l'usage « disproportionné » et « inacceptable » de la force par l'armée qui a mené la semaine dernière un coup d'Etat.

Le risque de répression est réel dans le pays qui a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.

Le putsch du 1er février a mis fin à une brève parenthèse démocratique d'une décennie. L'armée conteste la régularité des législatives de novembre, remportées massivement par la LND. Mais des observateurs internationaux n'ont pas constaté de problèmes majeurs lors de ce scrutin.

VIDÉO. Coup d'Etat en Birmanie, Aung San Suu Kyi arrêtée

En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d'Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution.

Le coup d'Etat a été condamné par les Etats-Unis, l'Union européenne, le Royaume-Uni et de nombreux autres pays.

La Nouvelle-Zélande a annoncé la suspension de ses contacts militaires et politiques de haut niveau avec la Birmanie, devenant le premier pays à décider d'un isolement de la junte.

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU va tenir vendredi une session spéciale sur ces événements. Le Conseil de sécurité des Nations unies a de son côté appelé à la libération des détenus.