Birmanie : la mobilisation contre le coup d’Etat ne faiblit pas

Douze jours après le putsch de l’armée, les Birmans continuent de marquer leur opposition en manifestant, quitte à être interpellés.

Des Birmans protestant le 12 février contre l'arrestation d’Aung San Suu Kyi devant l’ambassade de Chine à Rangoun. (Illustration)
Des Birmans protestant le 12 février contre l'arrestation d’Aung San Suu Kyi devant l’ambassade de Chine à Rangoun. (Illustration) AFP/ SAI AUNG MAIN

Malgré les nombreuses arrestations ordonnées par la junte, la mobilisation des Birmans contre le coup d’État de l’armée ne faiblit pas. Ce vendredi encore, des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues tandis que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU adoptait une résolution demandant la libération immédiate de la cheffe déchue du gouvernement, Aung San Suu Kyi.

Depuis le putsch du 1er février, « plus de 350 responsables politiques, représentants de l’État, militants et membres de la société civile, y compris des journalistes, des moines et des étudiants, ont été placés en détention », a relevé l’ONU lors d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme, jugeant « inacceptable » l’usage de la violence contre des manifestants. Bravant l’interdiction de rassemblements, les contestataires ont été de nouveau très nombreux à défiler, au lendemain de nouvelles sanctions de Washington contre la junte.

Des portraits d’Aung San Suu Kyi brandis

A Rangoun, la capitale économique du pays, des médecins, des étudiants et des salariés du privé ont défilé sur une des grandes artères de la ville. Beaucoup ont arboré du rouge aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, d’autres ont brandi des portraits de l’ex-dirigeante de 75 ans, détenue au secret depuis 12 jours.

Protest against the military coup continues, in Yangon

Un manifestant fait le signe de ralliement des opposants à la junte, trois doigts levés, à Rangoun, vendredi. REUTERS/Stringer
Un manifestant fait le signe de ralliement des opposants à la junte, trois doigts levés, à Rangoun, vendredi. REUTERS/Stringer STRINGER

Des joueurs de football professionnels ont rejoint la fronde. « Nous détestons ce putsch encore plus que Manchester United ! », pouvait-on lire sur une banderole. «Des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs autres villes. Les manifestations ont été largement pacifiques, mais la tension était palpable.

Policiers, contrôleurs aériens, enseignants, professionnels de santé, un nombre important de fonctionnaires se sont mis en grève. Le chef de la junte, Min Aung Hlain, leur a ordonné de reprendre le travail, faute de quoi « des actions efficaces seront prises » à leur encontre.

Un médecin travaillant dans un hôpital public, qui avait rejoint le mouvement de désobéissance civile lancé dans les premières heures après le putsch, a été arrêté pendant qu’il soignait un patient. « Les policiers ont pointés leur arme sur lui et l’ont forcé à le suivre. On est sans nouvelles depuis », a raconté sa femme Phyu Lae Thu. Dans le même temps, plus de 23 000 prisonniers, vont être libérés, selon un média d’Etat.

Washington a annoncé jeudi bloquer les actifs et transactions aux États-Unis de dix responsables militaires ou anciens militaires tenus pour responsables du putsch, dont Min Aung Hlain. Mais Pékin et Moscou, soutiens traditionnels de l’armée birmane, lui ont apporté de nouveau un appui sans faille lors du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, leurs ambassadeurs assurant simplement qu’il s’agit d’une « affaire interne » au pays.

Les géants de l’Internet du côté des manifestants

Des géants de l’internet - dont Facebook, Google et Twitter - ont de leurs côtés réagi, dénonçant un projet de loi sur la cybersécurité qui permettra à la junte d’interdire des sites web et d’obliger les réseaux sociaux à transmettre des métadonnées d’utilisateurs. Facebook a déclaré qu’il réduirait la visibilité du contenu géré par l’armée, affirmant qu’elle avait « continué à répandre de fausses informations » après sa prise de pouvoir.

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Les généraux contestent la régularité des élections de novembre, remportées massivement par la LND. En réalité, ils craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d’Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution. Très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité lors des exactions contre les musulmans rohingyas, la prix Nobel de la paix 1991, en résidence surveillée pendant 15 ans pour son opposition à la junte, reste adulée dans son pays. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté vendredi une résolution condamnant le putsch militaire en Birmanie et demandant la libération immédiate de la cheffe déchue du gouvernement.

Inculpée pour avoir illégalement importé six talkies-walkies, elle serait en « bonne santé » et assignée à résidence dans la capitale administrative Naypyidaw, d’après son parti. La Birmanie a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.