Birmanie : l’armée tient fermement le pays au lendemain du coup d’Etat

La dirigeante Aung San Suu Kvi a été arrêtée lundi à la suite de coup d’Etat sans effusion de sang.

 L’armée a promis d’organiser de nouvelles élections « libres et équitables », une fois que l’état d’urgence d’un an serait levé, mais les Birmans se montrent pessimistes.
L’armée a promis d’organiser de nouvelles élections « libres et équitables », une fois que l’état d’urgence d’un an serait levé, mais les Birmans se montrent pessimistes. AFP/STR

Contestant les élections législatives de novembre, les militaires ont proclamé lundi l'état d'urgence pour un an, mettant brusquement fin à une parenthèse démocratique de 10 ans. Les militaires ont arrêté Aung San Suu Kyi, 75 ans, et d'autres dirigeants de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), juste avant la première session du parlement.

La LND a appelé à la « libération » immédiate de la prix Nobel de la paix 1991 et des autres responsables du mouvement, dénonçant une « tache dans l'histoire de l'Etat et de Tatmadaw », l'armée birmane.

Ce putsch a été condamné par nombre d'Etats, Washington menaçant d'imposer des sanctions, et une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU aura lieu ce mardi.

VIDÉO. Coup d'Etat en Birmanie, Aung San Suu Kyi arrêtée

Dans les rues, les populations restent prudentes de peur des représailles dans ce pays qui a déjà connu une dictature militaire pendant 50 ans. « Les gens ont peur de critiquer ouvertement, même si nous n'aimons pas ce qu'il se passe », explique à l'AFP qui tient un petit étal de viande.

Une situation calme dans la capitale

Cependant, selon les observateurs, aucun signe de présence militaire significative n'était visible à Rangoun, la capitale économique, preuve de la confiance des militaires dans leur emprise sur le pays. Les connexions téléphoniques et l'accès à internet fonctionnent à nouveau et les banques sont ouvertes. Sauf l'aéroport international de Rangoun reste fermé.

L'armée n'a divulgué aucune information sur le lieu de détention d'Aung San Suu Kyi, du président Win Myint et des autres responsables de la LND interpellés. « On nous a dit qu'elle était assignée à résidence à son domicile de Naypyidaw », la capitale, a déclaré à l'AFP une députée de son parti, sous couvert d'anonymat. Et d'ajouter : « Mais nous sommes inquiets, nous souhaiterions des photos » pour nous rassurer sur sa condition, ajoute cette parlementaire, elle-même assignée à résidence dans le bâtiment où résident les députés.

L'armée promet de nouvelles élections

L'armée a promis d'organiser de nouvelles élections « libres et équitables », une fois que l'état d'urgence d'un an serait levé, mais les Birmans se montraient pessimistes. « Ils ont osé mener un coup d'Etat en pleine pandémie. Ils peuvent tout se permettre », a estimé le chauffeur de taxi.

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Pour l'heure, les généraux restaient en tout cas silencieux face aux vives condamnations venues de l'étranger. Le président américain Joe Biden a appelé la communauté internationale à « parler d'une seule voix pour exiger de l'armée birmane qu'elle rende immédiatement le pouvoir », l'ONU et l'Union européenne condamnant unanimement le coup d'Etat.

Le chef de l'armée Min Aung Hlaing, qui concentre désormais l'essentiel des pouvoirs, est un paria pour les capitales occidentales du fait de la répression sanglante menée par les militaires contre la minorité musulmane rohingya, un drame qui vaut à la Birmanie d'être accusé de « génocide » devant la Cour internationale de Justice (CIJ), la plus haute juridiction de l'ONU.

De son côté, Aung San Suu Kyi, très critiquée à l'international pour sa passivité dans cette crise qui a conduit des centaines de milliers de Rohingyas à se réfugier au Bangladesh reste toutefois adulée dans son pays.