Birmanie : cinq minutes pour comprendre le coup d’Etat de l’armée

Depuis ce lundi matin, dans la jeune et fragile démocratie, l’armée a repris le pouvoir et décrété l’Etat d’urgence.

 Le général Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées birmanes, est désormais le chef des pouvoirs législatifs, administratifs et judiciaires du pays.
Le général Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées birmanes, est désormais le chef des pouvoirs législatifs, administratifs et judiciaires du pays. AFP/Ye Aung Thu

Ce lundi 1 er février, l'armée birmane, à la tête d'une dictature jusqu'en 2011, a interpellé les dirigeants civils de Birmanie, dont la ministre Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix 1991, et chef du gouvernement. Tous les pouvoirs ont été remis entre les mains du haut commandant de l'armée, le général Min Aung Hlaing. Les liaisons téléphoniques et Internet sont très perturbées dans le pays de 56 millions d'habitants. Voici, pour l'instant, ce que l'on sait de ce coup d'Etat.

Quelles sont les forces en présence ?

D'un côté, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, qui a gagné haut la main les législatives du 8 novembre dernier, le deuxième scrutin démocratiquement organisé depuis que la junte militaire a partagé les pouvoirs avec un gouvernement civil.

De l'autre, l'armée et son Parti de l'union, de la solidarité et du développement (PUSD), qui détient constitutionnellement un quart des sièges au Parlement, jamais soumis au vote.

Quel est le contexte ?

Ce « privilège » justement est plus menacé par l'issue des dernières élections. Le président Win Myint, issu de la LND, a fait part de sa volonté de réformer la Constitution pour poursuivre le processus démocratique birman. Le nouveau Parlement, qui devait être investi le 1er février 2021, et désigner le président, est largement acquis à cette cause, soutenue par la chef du gouvernement. L'armée, qui dispose de sa propre chaîne de télévision, dénonce depuis novembre des fraudes électorales par « millions », et a demandé à la commission électorale dirigée par le gouvernement de publier la liste des électeurs à des fins de vérification, ce qu'elle n'a pas fait.

La semaine dernière, un porte-parole militaire a brandi la menace d'un coup d'État, et le général Min Aung Hlaing, sans doute l'homme le plus puissant du pays, a évoqué la perspective d'abroger la Constitution « en certaines circonstances ». Dans la foulée, des chars ont été déployés dans certaines villes et des manifestations pro-militaires organisées.

Que s'est-il passé ce lundi ?

On ignore encore comment les arrestations se sont déroulées, mais ce lundi au petit matin, la « Dame » et le président Win Myint ont été extraits de chez eux. On ignore pour l'instant où ils ont été conduits, probablement dans la capitale. Le porte-parole de la LND, Myo Nyunt, a eu le temps de dire à quelques médias qu'ils avaient été « emmenés », depuis il ne répond plus aux appels. D'autres figures politiques et des ministres ont aussi été arrêtés.

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Les pouvoirs « législatifs, administratifs et judiciaires » ont été remis entre les mains de Min Aung Hlaing. Un autre général, Myint Swe, a été désigné président par intérim. L'état d'urgence a été décrété pour un an. L'armée n'a pas expliqué les raisons de cette durée mais il semble que ce soit la durée nécessaire pour qu'une « nouvelle commission électorale » épluche les résultats du scrutin du 8 novembre. Qui ne seront de toute façon pas utilisés puisque dans un an des élections « libres et équitables » seront organisées pour une « véritable démocratie multipartite ».

Quelle est la situation sur place ?

Des militaires se sont emparés de l'hôtel de ville. Les routes autour de la ville ont été fermées avec des véhicules blindés et des soldats, tandis que des hélicoptères survolaient le centre. L'aéroport international de Rangoun ne fonctionne plus et les liaisons aériennes intérieures sont interrompues. Les forces armées ont été déployées en nombres dans la ville ainsi qu'à Naypyitaw, la capitale administrative, et deuxième ville du pays.

VIDÉO. Coup d'Etat en Birmanie, l'armée reprend le pouvoir

Inquiets, les habitants se sont précipités dans les marchés pour faire des stocks de nourriture. D'autres ont formé de longues files d'attente aux guichets automatiques pour retirer de l'argent. Les banques ont par la suite suspendu leurs services en raison de mauvaises connexions Internet, avant de recevoir l'ordre de couper leurs activités « jusqu'à nouvel ordre ». Les connexions téléphoniques et Internet à Naypyitaw étaient très perturbées dans les heures qui ont suivi le coup d'Etat, de même qu'à Rangoun, et la télévision d'État a été interrompue.

Comment réagit la communauté internationale ?

Les Nations Unies, les Etats-Unis, l'Union européenne et plusieurs de ses membres, dont la France, la Chine, la Russie, l'Inde, notamment, ont témoigné de leur inquiétude et demandé que les lois soient respectées, sans violence. En Grande-Bretagne, où Aung San Suu Kyi a vécu de nombreuses années, le Premier ministre Boris Johnson a réclamé la libération des « dirigeants civils arrêtés ».

Dans la journée, une déclaration de Suu Kyi, vraisemblablement écrite il y a quelques jours, a également été publiée sur une page Facebook authentifiée de son parti. « J'exhorte la population à ne pas accepter la situation, à répondre et à protester sans réserve contre le coup d'État de l'armée », a-t-elle écrit, en affirmant que ces actions remettraient la Birmanie sous la coupe d'une « dictature ».