Arabie saoudite : libération de la militante féministe Loujain al-Hathloul

La militante saoudienne des droits humains était emprisonnée depuis près de trois ans. Sa libération intervient alors que Ryad est sévèrement critiqué quant au respect des droits humains dans le royaume.

Une Saoudienne consulte le tweet annonçant la libération de Loujain al-Hathloul, le 10 février, à Riyad.
Une Saoudienne consulte le tweet annonçant la libération de Loujain al-Hathloul, le 10 février, à Riyad. FAYEZ NURELDINE

C’est un tweet en arabe de Lina al-Hathloul, sa sœur, qui l’a annoncé : « Loujain a été libérée ». En publiant un portrait souriant de la militante des droits humains, âgée de 31 ans, sa sœur a précisé que « Loujain est rentrée à la maison après 1 001 jours passés en prison ».

« Loujain est à la maison, mais elle n’est pas libre. Le combat n’est pas terminé », a poursuivi sa sœur. Les autorités saoudiennes n’ont pas officiellement commenté sa détention, son procès ou sa libération. « La libération de Loujain al-Hathloul après une terrible épreuve en prison en Arabie saoudite, qui a duré près de trois ans, est un soulagement incroyable », a commenté Lynn Maalouf, d’Amnesty International. « Rien ne peut rattraper le traitement cruel qu’elle a subi, ni l’injustice de son emprisonnement », souligne l’ONG.

La militante saoudienne avait été arrêtée en mai 2018, avec d’autres, peu avant la levée de l’interdiction de conduire faite aux Saoudiennes, une réforme pour laquelle ces femmes militaient. Elle a été condamnée le 29 décembre à cinq ans et huit mois de prison en vertu d’une loi « antiterroriste », dont un sursis de deux ans et dix mois « à condition qu’elle ne commette pas de nouveau crime dans les trois ans ». La période passée en détention provisoire étant prise en compte, sa famille avait bon espoir qu’elle soit libérée d’ici mars. Le tribunal lui avait également interdit de quitter le royaume pendant cinq ans, selon sa famille.

L’élection de Joe Biden a de l’impact

« Il est certain que sa libération est une étape bienvenue », a réagi depuis Washington le porte-parole du département d’Etat américain Ned Price. « Promouvoir les droits des femmes et les autres droits humains ne doit jamais être criminalisé. » Le nouveau président américain Joe Biden s’était engagé pendant sa campagne électorale à faire de l’Arabie saoudite un Etat « paria » en raison de ses atteintes aux droits de l’homme, sur lesquelles son prédécesseur Donald Trump avait largement fermé les yeux pendant son mandat. Le président démocrate devrait tenter de pousser à la libération de prisonniers détenteurs de la double nationalité américaine et saoudienne, des militants et même des membres de la famille royale, dont beaucoup sont détenus sans accusation formelle.

« Les élections ont de l’importance et l’arrivée de l’administration Biden, qui a mis les droits humains à la tête de ses priorités concernant l’Arabie saoudite, a de l’impact », a commenté mercredi Kristin Diwan, de l’Arab Gulf States Institute à Washington. « Il faut aller plus loin avant qu’on puisse parler de progrès en termes de droits humains », estime-t-il toutefois.

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Militante de la cause des Saoudiennes, Loujain al-Hathloul a défendu le droit des femmes à conduire et s’est opposée à la tutelle mettant la femme à la merci totale de l’homme. Elle avait été qualifiée de « traître » par la presse locale pour avoir eu des contacts avec des diplomates et des ONG internationales. Elle avait entamé une grève de la faim en prison le 26 octobre avant de l’interrompre deux semaines plus tard, selon Amnesty International et sa famille. Pendant sa détention, elle a été victime de harcèlement sexuel et de torture, selon sa famille, des allégations démenties par les autorités.

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Son dossier avait été transféré fin novembre à une cour chargée des affaires de « terrorisme », selon sa famille. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan, avait révélé début décembre que Loujain al-Hathloul était accusée d’avoir été en contact avec des Etats « hostiles » au royaume et d’avoir transmis des informations confidentielles. Mais le gouvernement saoudien n’a apporté aucune preuve tangible à l’appui de ces accusations, selon des proches de la militante.

En décembre, le bureau des droits de l’Homme de l’ONU avait jugé la condamnation « profondément troublante », qualifiant la détention de la militante d’« arbitraire ». Amnesty International avait dénoncé la « cruauté » du régime envers « l’une des femmes les plus courageuses » du royaume.