Allemagne : un ancien gardien du camp nazi de Sachsenhausen inculpé à l’âge de 100 ans

Le centenaire est accusé d'avoir «sciemment et volontairement» aidé et encouragé, de 1942 à 1945, le meurtre de 3518 détenus du camp de concentration de situé à Oranienbourg, à 36 km au nord de Berlin.

 L’entrée du camp de Sachsenhausen. De 1936 à 1945, on estime que 200 000 personnes y ont été internées et que 84 000 y sont mortes.
L’entrée du camp de Sachsenhausen. De 1936 à 1945, on estime que 200 000 personnes y ont été internées et que 84 000 y sont mortes. AFP/John MACDOUGALL

Un ancien gardien du camp nazi de Sachsenhausen, âgé de 100 ans, a été inculpé pour complicité de meurtres, a annoncé lundi le parquet de Neuruppin, dans l'Est de l'Allemagne.

L'homme est accusé d'avoir « sciemment et volontairement » aidé et encouragé de 1942 à 1945 le meurtre de 3518 détenus de ce camp concentration situé à Oranienbourg, à seulement 30 km au nord de Berlin.

Il aurait appartenu au bataillon de gardes du camp jusqu'à février 1945. Il vit à présent dans la région du Brandebourg, qui entoure Berlin. Le tribunal régional de Neuruppin doit à présent décider s'il est apte à comparaître en procès, comme l'estime le parquet.

Une dizaine d'instructions en cours

Plus de 75 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, une dizaine d'instructions judiciaires relatives aux crimes nazis sont en cours dans le pays. Le 5 février, c'est une ancienne secrétaire du camp de Stutthof, âgée de 95 ans, qui avait été inculpée pour complicité de meurtre dans « plus de 10000 cas», entre 1943 et 1945, selon le parquet de Itzehoe, près de Hambourg.

Un autre dossier concerne un ancien gardien SS de ce même camp, également âgé de 95 ans. Il a été mis en accusation en juillet dernier pour complicité de meurtres dans plusieurs centaines de cas. Sa capacité à comparaître est là encore en train d'être évaluée et aucune date de procès n'a été fixée.

«Donner une voix aux victimes »

Ces dernières années, l'Allemagne a jugé et condamné plusieurs anciens SS et élargi aux gardiens de camps le chef d'accusation de complicité de meurtre, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de sa justice.

En juillet 2020, le tribunal de Hambourg avait condamné à deux ans de prison avec sursis Bruno Dey, un ancien garde de camp de concentration de 93 ans pour complicité dans 5.232 cas de meurtres et tentatives de meurtres à Stutthof.

Le cas le plus emblématique a été la condamnation à cinq ans de prison de l'ancien gardien du camp d'extermination de Sobibor, John Demjanjuk, en 2011.

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Aussi controversée soit cette justice tardive, elle permet «de donner une voix aux victimes, à leurs familles, et de ramener les faits dans la conscience publique», estime le juriste Andrej Umansky, auteur du livre « La Shoah à l'Est ».