Algérie : un étudiant risque la prison à vie après avoir participé à une marche contestataire

Le procureur d’un tribunal d’Alger a requis la prison à vie contre Walid Nekkiche, emprisonné depuis plus d’un an. Il est soupçonné de « complot contre l’Etat ».

 Walid Nekkiche a été interpellé en 2019 après une marche protestataire du mouvement Hirak.
Walid Nekkiche a été interpellé en 2019 après une marche protestataire du mouvement Hirak.  AFP/Ryad Kramdi

Il avait participé à une marche contestataire et risque désormais la prison à vie. Le procureur d'un tribunal d'Alger a requis lundi la réclusion à perpétuité contre un étudiant, Walid Nekkiche, en détention depuis plus d'un an et accusé notamment de « complot contre l'Etat », a indiqué le Comité national de libération des détenus (CNLD).

Walid Nekkiche avait été arrêté le 26 novembre 2019 à Alger lors d'une marche hebdomadaire des étudiants du Hirak, le mouvement de protestation populaire né en février 2019. Originaire de Tizi Ouzou, en Kabylie, il est étudiant à l'Institut national supérieur de pêche et de l'aquaculture d'Alger, selon les médias locaux. Son procès s'est ouvert lundi devant la cour criminelle du tribunal de Dar el Beida à Alger.

« Dossier vide »

Lors de l'audience, le jeune homme a affirmé avoir été « torturé » par des agents de la sécurité intérieure pendant sa garde à vue, rapportent le CNLD et des médias locaux.

Walid Nekkiche est poursuivi en compagnie d'un co-accusé, Kamel Bensaad, âgé de 43 ans et également originaire de Tizi Ouzou, qui a été arrêté, lui, le 26 novembre 2020 et contre lequel a également été requise la prison à vie. Les deux hommes sont accusés notamment de « complot contre l'Etat », d'« atteinte à l'intégrité du territoire national » et d'« incitation à prendre les armes ».

Walid Nekkiche est en outre accusé d'appartenir au Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK), une organisation séparatiste illégale, selon des médias algériens. Son collectif de défense, constitué de plus d'une dizaine d'avocats, dénonce « l'utilisation d'un arsenal d'articles répressifs » sur la base d'un « dossier vide ».

« Le réquisitoire est disproportionné »

Le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH), Saïd Salhi, a qualifié la peine très lourde requise de « choquante », sur Facebook et Twitter. « Le réquisitoire est disproportionné contre un jeune étudiant pacifique, qui n'a fait qu'exprimer ses opinions sur les réseaux sociaux », ajoute Saïd Salhi en dénonçant le recours à la torture.

Selon le CNLD, quelque 80 personnes sont actuellement emprisonnées en Algérie en lien avec les protestations du « Hirak » et/ou les libertés individuelles. Des poursuites fondées dans au moins 90 % des cas sur des publications critiques envers les autorités sur les réseaux sociaux.