Algérie : la réforme de la Constitution votée avec une abstention historique

Une grande partie de la population algérienne ne croit pas à la réalité des promesses contenues dans la révision de la Constitution.

 Mohamed Charfi, le président de l’ANIE, promulgue le résultat du référendum dans un discours très politique, ce lundi à Alger.
Mohamed Charfi, le président de l’ANIE, promulgue le résultat du référendum dans un discours très politique, ce lundi à Alger. AFP/Ryad Kramdi

La réforme de la Constitution algérienne a été approuvée avec 66,8 % des suffrages exprimés, tandis que le « non » a recueilli 33,20 % des voix, a annoncé ce lundi Mohamed Charfi, président de l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).

Mais le taux de participation final s'est établi à 23,7 %, un plus bas historique pour un scrutin majeur. Cela signifie qu'un cinquième seulement des électeurs inscrits a voté en faveur de la réforme constitutionnelle.

Cet échec représente un désaveu humiliant pour l'initiateur de la révision constitutionnelle, le président Abdelmadjid Tebboune, mal élu en décembre 2019 et actuellement hospitalisé en Allemagne.

«Le boycott est le plus grand parti politique»

« Les conditions dans lesquelles s'est tenu ce référendum étaient un défi pour toute activité politique de quelque nature que ce soit », a expliqué le président de l'ANIE, en allusion aux restrictions liées à la maladie Covid-19. Prenant prétexte de la pandémie, le gouvernement avait interdit la tenue de meetings publics, ainsi que, dès mars, le « Hirak ».

Les membres de ce mouvement de protestation populaire avaient rejeté « sur le fond et la forme » la révision constitutionnelle perçue comme un « changement de façade » et appelé à boycotter le scrutin.

« C'est une nouvelle consolidation du boycott des urnes comme la seule réponse des citoyens. Le boycott est désormais le plus grand parti politique dans un pays dépourvu de véritable assise politique et partisane », souligne Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) à Genève.

«Le pouvoir doit prendre acte de son échec»

La réforme comprend notamment la limitation à deux mandats pour les parlementaires, davantage de pouvoirs pour le Premier ministre et le Parlement, l'interdiction du contrôle préalable de la liberté de la presse, et la limitation des mandats présidentiels.

Ce n'est qu'un « lifting, un replâtrage, mais rien n'a changé sur le fond », analyse Cherif Driss, professeur de sciences politiques à l'Université d'Alger. « La nouvelle mouture n'a pas apporté grand-chose par rapport à l'ancienne Constitution. Nous sommes dans une situation de reproduction du régime. »

Après l'annonce des résultats, Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), a tweeté : « Une grande victoire du Hirak […] Le pouvoir doit prendre acte de son échec et reconsidérer sa feuille de route. Le processus de transition démocratique constituant est la solution. »