Affaire Navalny : en réponse aux expulsions russes, l’Allemagne, la Suède et la Pologne renvoient des diplomates

Les trois pays ont annoncé le renvoi de diplomates russes en poste dans leur pays, alors que l’UE songe à des sanctions envers la Russie après l’emprisonnement d’Alexeï Navalny.

 L’Ambassade de Russie à Berlin, en Allemagne.
L’Ambassade de Russie à Berlin, en Allemagne. Wikimedia Commons/Jörg Zägel

Après les expulsions par Moscou de leurs diplomates jugées « injustifiées » vendredi dernier, l'Allemagne, la Suède et la Pologne avaient promis une réponse. Elle est arrivée ce lundi, avec, en guise de riposte, l'expulsion de diplomates russes basés sur leurs territoires respectifs.

Des expulsions dans chaque pays

Ce lundi après-midi, Varsovie, Berlin et Stockholm ont en effet annoncé qu'elles allaient toutes expulser un diplomate russe en poste dans leur pays.

« Cette mesure est la réponse du gouvernement (allemand) à une décision prise le 5 février par la Fédération de Russie » d'expulser un diplomate allemand qui ne cherchait qu'à « s'informer par des moyens légaux sur l'évolution de la situation sur le terrain », souligne dans un communiqué le ministère allemand des Affaires étrangères.

De son côté, le gouvernement suédois a « informé l'ambassadeur de Russie qu'une personne de l'ambassade devait quitter la Suède. C'est une réponse claire à la décision inacceptable d'expulser un diplomate suédois qui ne faisait que remplir ses fonctions », a déclaré la ministre Ann Linde sur Twitter.

Enfin, depuis Varsovie, le ministère polonais a annoncé sur Twitter qu'« en réponse à l'expulsion injustifiée d'une diplomate polonaise, le MAE (ministère des affaires étrangères) a décidé aujourd'hui, en coordination avec l'Allemagne et la Suède, de reconnaître un employé du consulat général de Russie à Poznan (dans l'ouest du pays NDLR) comme persona non grata ».

Ces expulsions sont « infondées, inamicales et s'inscrivent dans le prolongement de la série même d'actions que l'Occident mène à l'égard de notre pays et que nous qualifions d'ingérence dans nos affaires intérieures », a réagi une porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.

Moscou défend sa décision

Avant cette annonce, la Russie avait à nouveau défendu sa décision d'expulser des diplomates européens. « La Russie était et reste intéressée par la relance des relations entre Moscou et Bruxelles », a affirmé lundi à des journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Mais « l'expulsion de diplomates […] est la conséquence des actions entreprises par certaines missions étrangères à Moscou, dans un contexte de troubles illégaux. La Russie a clairement démontré qu'elle n'entend pas tolérer cela », a-t-il ajouté.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Moscou avait accusé ces représentants allemand, polonais et suédois d'avoir participé à une manifestation illégale de soutien à Alexeï Navalny pour justifier leur renvoi de Russie. Une accusation niée par leurs pays, qui assuraient que ces diplomates étaient présents sur le terrain en tant qu'observateurs.

L'envoyé de l'UE fustige la Russie

En toile de fond de la querelle : l'affaire Alexeï Navalny, principal opposant à Vladimir Poutine, emprisonné à son retour en Russie après avoir été empoisonné. L'Union européenne, qui condamne cet emprisonnement, avait d'ailleurs envoyé son chef de la diplomatie à Moscou. Mais à son retour, Josep Borrell s'est déclaré très inquiet du refus des autorités russes d'engager un dialogue « plus constructif » avec l'UE, et a appelé les dirigeants européens à « en tirer les conséquences », qui pourraient inclure des sanctions.

« Les autorités russes n'ont pas voulu saisir l'occasion d'avoir un dialogue plus constructif avec l'UE. C'est regrettable et nous devrons en tirer les conséquences. […] Il appartiendra aux Etats membres de décider des prochaines étapes, et oui, celles-ci pourraient inclure des sanctions », a-t-il déclaré dans un message publié sur son compte Twitter à son retour de Moscou.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE doivent se réunir le 22 février pour tirer les conséquences de la mission effectuée par Josep Borrell du 4 au 7 février, et décider des suites à donner à la fin de non-recevoir opposée par le Kremlin aux demandes des dirigeants européens de libérer l'opposant Alexeï Navalny, et à l'expulsion des diplomates suédois, allemand et polonais durant son entretien avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.