A New York, ambiance électrique entre partisans de Biden et de Trump avant le débat

La métropole de la côte Est, majoritairement acquise au démocrate, attend fébrilement la première confrontation télévisée entre les deux prétendants à la présidentielle. Ici comme ailleurs, le dialogue entre les deux camps est devenu quasi impossible.

 Avant le débat prévu entre Donald Trump et Joe Biden, New York a rarement été aussi divisée entre les différents soutiens des deux candidats à la Maison Blanche.
Avant le débat prévu entre Donald Trump et Joe Biden, New York a rarement été aussi divisée entre les différents soutiens des deux candidats à la Maison Blanche. REUTERS/Al Drago

« Trump en 2020 ! Fini les conneries ! » Ce n'est pas à New York qu'on s'attend à trouver une telle affiche, posée derrière la fenêtre d'une coquette maison, à deux pas de la bannière étoilée et d'une pancarte Trump-Pence. Nous sommes bien à New York, mais avenue des Huguenots, sur l'île de Staten Island, le seul district de la métropole à avoir voté majoritairement pour Trump en 2016… Personne ne répond à la porte mais une petite dame s'approche derrière avec son chien : « Trump va être réélu. Regardez le débat mardi, il va mettre Biden KO ! », assène-t-elle.

De l'autre côté de la baie, à Manhattan, Victor Colletti, un professeur de yoga, finit son cours en plein air dimanche au bord de l'Hudson en exhortant ses élèves à voter pour reprendre le Sénat aux républicains. Colletti, qui se décrit comme militant « de la gauche radicale », ne fait pas dans la nuance : « Nous vivons dans un Etat policier fasciste, assène-t-il, et si Trump repasse, ça va être encore pire ».

«En 40 ans, je n'ai jamais vu un tel clivage»

A quelques heures du premier des trois débats prévus entre Trump et Joe Biden, « Big Apple », dont les cinq « boroughs » (quartiers) abritent plus de 8 millions d'habitants, a rarement été aussi divisée. A l'image d'un pays profondément polarisé. Dans ce bastion démocrate, Trump n'a aucune chance de l'emporter mais l'hostilité entre partisans et supporters du 45e président est telle que le dialogue y est devenu quasiment impossible. « J'habite New York depuis 40 ans, je n'ai jamais vu un tel clivage, assure Jeff Sult, un technicien d'une chaîne de télé qui votera pour Biden. Du temps de George W. Bush (2000-2008) les gens s'engueulaient mais ils se parlaient encore. » Et cet ancien Marine a pour la première fois de sa vie posé un étendard devant chez lui à Queens : « Anciens Combattants contre Trump ».

Jeff Sult, un ancien Marine qui votera pour Joe Biden, a posé un étendard devant chez lui qui dit : « Les vétérans contre Trump »./LP/Marc Chalamet
Jeff Sult, un ancien Marine qui votera pour Joe Biden, a posé un étendard devant chez lui qui dit : « Les vétérans contre Trump »./LP/Marc Chalamet  

La tension monte également chez les deux septuagénaires qui s'affronteront ce mardi soir à Cleveland. A 36 jours de l'élection, les trois derniers sondages nationaux donnent tous entre 8 et 10 points d'avance à Biden. « Mais c'est comme en 2016, note Ryan Girdusky, un jeune cadre du Metropolitan Republican Club de New York. Les sondages n'arrivent pas à comptabiliser le vote des Blancs », poursuit le pro-Trump d'un ton confiant. Et dans les Etats où tout peut se jouer, le président sortant remonte.

Pour Girdusky, « à New York comme dans le reste du pays, c'est devenu cool de détester Trump et il faut être fort pour résister à cette pression sociale ». Les démocrates ont oublié, dit-il, que « Biden est un politicien de carrière qui a toujours été pour une économie favorisant les milliardaires et les grosses corporations, pas l'Amérique ».

«Le Milliardaire Bidon ?»

Il n'empêche, dans le camp républicain, on s'inquiète. D'abord, Trump a-t-il placé la barre trop bas pour Joe Biden? Il se moque de « Joe l'endormi » depuis 2018, avant même que les démocrates ne l'investissent dans la course à la Maison-Blanche et il laisse entendre que Biden ne dispose plus de toutes ses facultés mentales. Un de ses alliés les plus en vue, Joe Murphy, un député de Caroline du Nord, a même lancé le mois dernier que Biden souffrait de démence… Les téléspectateurs qui s'attendent à voir un Biden quasiment sénile pourraient être rassurés de le voir simplement aligner trois phrases cohérentes de suite… Alors Trump corrige le tir depuis peu et affirme que Biden va se doper. « Je vais exiger qu'il passe un contrôle antidopage avant ou après le débat » a-t-il tweeté dimanche, en ajoutant : « Naturellement, j'en prendrai un aussi. »

Autre motif d'inquiétude dans le camp Trump, les dernières révélations du New York Times sur les déclarations fiscales du président. Il n'a, semble-t-il, payé que 750 dollars d'impôts fédéraux en tout et pour tout entre 2001 et 2016. Pire, il serait criblé de dettes, plusieurs centaines de millions de dollars… Trump a vigoureusement démenti le « scoop » mais le Drudge Report, un site web de droite pourtant longtemps allié du président s'interroge avec ce titre : « Le Milliardaire Bidon? »

VIDÉO. Etats-Unis : Trump n'a payé que 750 $ d'impôts en 2016

Côté démocrate, de nombreux partisans de Biden déplorent l'« apathie » de leur champion et craignent qu'il ne cède trop facilement les projecteurs à un Trump galvanisé. En Floride, par exemple, un des Etats clés en vue de l'élection du 3 novembre, le nombre d'inscriptions de républicains sur les listes électorales en août a été supérieur de 40 % à celui des démocrates… Autre exemple, Trump a répondu à cinq fois plus de questions des médias que Biden ces deux derniers mois.

A New York, comme ailleurs, républicains et démocrates ne communiquent plus. Mais dans les deux camps, l'engouement pour le débat est réel. « C'est un peu comme si la politique était devenue une nouvelle façon de s'identifier, une sorte de religion », analyse Ryan Girdusky, qui n'en ratera évidemment pas une miette. Ce mardi soir, la « ville qui ne dort jamais » pourrait bien ressembler à une ville morte…

Même Colletti, le prof de yoga, sera devant son petit écran. « Oui, si je ne suis pas arrêté par les flics avant, se persuade le militant radical, parce que je continue à manifester tous les jours pour Black Lives Matter. » Pas de panique, répliquent les conseillers de Biden, on prépare le débat. Cette stratégie est-elle la bonne ? On en saura un peu plus dans quelques heures.