Vitry : le maire putschiste mis sous pression par les camarades

Près de 200 personnes ont crié leur colère ce samedi devant l’Hôtel-de-Ville où se tenait à huis clos le premier conseil municipal depuis l’élection à la hussarde du nouveau maire.

 Hôtel-de-Ville de Vitry, ce samedi matin. Face-à-face tendu entre 200 supporters du maire déchu Jean-Claude Kennedy et une poignée de proches de Pierre Bell-Lloch, élu à la tête de la ville la semaine dernière.
Hôtel-de-Ville de Vitry, ce samedi matin. Face-à-face tendu entre 200 supporters du maire déchu Jean-Claude Kennedy et une poignée de proches de Pierre Bell-Lloch, élu à la tête de la ville la semaine dernière.  LP/Denis Courtine

Que venez-vous faire camarades? Que venez-vous faire ici? Ce samedi matin, les paroles de la chanson de Jean Ferrat, célèbre compagnon de route du Parti communiste, devaient résonner dans les deux camps qui se toisaient devant l'Hôtel-de-Ville de Vitry.

Plus de 200 personnes ont laissé éclater leur colère alors que se tenait le premier conseil municipal depuis l'élection à la hussarde de Pierre Bell-Lloch (PCF). Une séance organisée à huis clos pour éviter tout débordement. Aucun incident n'a éclaté sur le parvis. Mais c'était électrique. A rougir de honte dans cette ville communiste depuis 1925.

« Bell-Lloch démission ! Bell-Lloch démission ! » Il est un peu plus de 9h30 quand les supporters de l'ancien maire Jean-Claude Kennedy (PCF), tête de la liste victorieuse mais évincé par le vote des conseillers municipaux, montent les quelques marches menant à l'Hôtel-de-Ville.

« Je te vois pas souvent sur le terrain »

« Iznogoud vizir de Vitry, triste comédie », « Fiasco électoral », « Ma voix ne compte pas pour du beurre ». Pancartes brandies à bout de bras, les militants envisagent d'entrer dans la salle du conseil.

La rangée de policiers municipaux n'a même pas à intervenir. Une poignée de camarades du camp Bell-Lloch montrent les dents. « C'est Vitry ça ? fait mine de s'interroger l'un d'entre eux. Nous, c'est le Vitry des quartiers populaires. »

« Moi aussi je suis des quartiers populaires », coupe une mère de famille pro-Kennedy. « Je te vois pas souvent sur le terrain », renchérit un militant. « Toi non plus, je te vois pas souvent sur le terrain », réplique le supporter de Pierre Bell-Lloch alors que le conseil a déjà commencé à l'intérieur.

L'ancien maire dénonce une imposture et veut de nouvelles élections

La veille, il s'en était fallu de peu qu'on se balance la carte du parti à la figure. L'assemblée générale des communistes, convoquée sous la pression des instances nationales, a tourné au vinaigre.

« La demande faite [aux] non-adhérents de quitter la salle » aurait provoqué la colère du nouveau premier adjoint, selon le PCF 94 qui soutient Jean-Claude Kennedy. Dans un climat « délétère et violent », « la direction départementale a dû quitter cette réunion et avec elle une cinquantaine de communistes ».

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« On a un imposteur qui s'impose comme le futur maire, lance ce samedi matin Jean-Claude Kennedy à ses supporters. On ne l'acceptera pas. On ne laissera pas passer ça. »

Vitry-sur-Seine, ce samedi 11 juillet. Jean-Claude Kennedy (à droite) réclame de nouvelles élections. LP/D.C.
Vitry-sur-Seine, ce samedi 11 juillet. Jean-Claude Kennedy (à droite) réclame de nouvelles élections. LP/D.C.  

Et d'appeler Pierre Bell-Lloch à la « démission » pour « refaire des élections ». « Quand on veut être élu, on se présente face aux électeurs, embraye Fabien Guillaud-Bataille, à la tête de la fédération départementale. Pierre Bell-Lloch a dit qu'il était désolé de déchirer sa famille devant tout le monde. Mais on ne doit pas le faire, c'est tout. »

Procédure d'exclusion contre Bell-Lloch

« Il n'y aura pas de démission, prévient le nouveau maire au début du conseil. Quand je me balade à Vitry, on me félicite. J'ai des personnalités comme Mokobé ou M. Bakambu [respectivement rappeur et footballeur, NDLR] qui nous soutiennent. »

Et de souligner, comme le répètent ses soutiens, que c'est une liste et un programme que les Vitriots ont élus. « Si vous personnalisez ou si vous présidentialisez, c'est votre problème », répond-il à ses adversaires.

Le samedi 4 juillet, Pierre Bell-Lloch (au centre) avait réussi à se faire élire en évinçant Jean-Claude Kennedy. LP/Marion Kremp
Le samedi 4 juillet, Pierre Bell-Lloch (au centre) avait réussi à se faire élire en évinçant Jean-Claude Kennedy. LP/Marion Kremp  

Le mode de scrutin en place permet justement « d'empêcher les baronnies locales de prendre le pouvoir au peuple, ajoute-t-il. Comment se fait-il qu'un maire sortant ne recueille que 11 voix au conseil municipal ? », glisse-t-il l'air de rien.

« Nous prouverons aux Vitriots notre qualité, promet Pierre Bell-Lloch. J'entends la colère, j'entends l'émotion. Mais il faut amener de la sérénité. Mettons-nous au travail. » Un travail qui pourrait maintenant être mené par un maire exclu du parti. Selon Jean-Claude Kennedy, une « procédure est engagée », nous confie-t-il.