Villeneuve-sur-Auvers : ces chiens découvrent comment encadrer un troupeau

Ce samedi, une première séance destinée aux différentes races de chien de troupeau a été organisée dans une ferme. Objectif, permettre à ces animaux de compagnie de s’initier à une activité qui est inscrite dans leurs gènes.

 Villeneuve-sur-Auvers, le 17 octobre 2020. Rasko, un jeune berger australien de 8 mois, découvre l’encadrement de troupeau de chèvres.
Villeneuve-sur-Auvers, le 17 octobre 2020. Rasko, un jeune berger australien de 8 mois, découvre l’encadrement de troupeau de chèvres. LP/PAULINE DARVEY

Les chèvres font deux fois sa taille. Pas de quoi impressionner pour autant Phoebe, une jeune chienne border collie de 18 mois. À peine entrée dans l'enclos, elle s'échine à rassembler les trois chèvres comme si elle avait fait ça toute sa vie. Pourtant, pour elle comme pour sa maîtresse qui la guide, c'est une première.

Ce samedi, Phoebe comme sept autres de ses congénères novices en la matière, participent à un tout nouvel atelier dédié aux différentes races de chiens de troupeau à l'Enclos des chevrettes, une ferme située à Villeneuve-sur-Auvers. Objectif ? Faire découvrir à ces borders-collies et autres bergers australiens une activité qui est, pour eux, ancestrale : l'encadrement de troupeaux.

« Passer un bon moment avec son chien »

Accompagnés de leur maître, ils sont invités un par un à tester leur savoir-faire sur trois chèvres. « Le but n'est pas d'en faire des bergers, prévient Stéphane Renaud, président du club canin d'Ollainville et à la tête d'une société de dressage, qui organise cette séance. L'idée, c'est plutôt de passer un bon moment avec son chien. On est vraiment dans de l'initiation. »

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Ce type d'activité favorise également le bien-être et l'épanouissement de ces chiens - très prisés par les particuliers - qui ont besoin de beaucoup se dépenser. « Encadrer les troupeaux fait partie de ce qu'on appelle le pattern, développe Jean-Hugues Decaux, éducateur bénévole pour les cani-randos du club d'Ollainville et co-organisateur de l'événement. C'est un comportement acquis à la Préhistoire qui est devenu inné. »

« Le jardin, ça ne lui suffit pas »

Pour Phoebe, aucun doute, le pattern est bien là. « Je pensais qu'elle aurait un peu peur mais pas du tout », s'étonne Carine, sa maîtresse. Il faut dire que la chienne a déjà l'habitude de s'occuper des trois chats de la maison. « Elle les "troupeaute", s'amuse cette habitante de Cheptainville. Elle fait en sorte de les regrouper sur le canapé. On sent que c'est vraiment dans sa nature. »

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Quand elle l'a adoptée, cette mère de famille a tout de suite cherché des ateliers de ce type. « On la sort beaucoup, le jardin ça ne lui suffit pas, abonde cette trentenaire, qui est également inscrite au club d'Ollainville. C'est vraiment super que ce type d'activité se monte ici. Sinon, il fallait faire plus d'une heure de route pour en trouver. »

Certains chiens ont perdu leur instinct

Mais tous les chiens ne sont pas comme Phoebe. Pour certains, l'encadrement de troupeaux semble beaucoup moins naturel. Chewbacca préfère renifler l'herbe le long du grillage plutôt que s'intéresser aux chèvres qui sont à quelques mètres de lui.

« Chez certains, le pattern s'est perdu en cours de route », confirme Jean-Hugues Decaux. Cet après-midi, c'était le cas de trois chiens sur huit. « De plus en plus, on fait en sorte de créer des lignées en fonction de l'apparence physique du chien plutôt que de ses capacités physiques, regrette Stéphane Renaud. Cela peut créer des problèmes de santé ou de comportements. »

Pookie met à profit ses qualités de chien de troupeau au quotidien. Ce samedi, ce berger australien d'un peu plus d'un an est la seule à avoir une vraie expérience du terrain. Et pour cause, elle est chaque jour aux côtés de Tifaine Gatineau, qui est salariée de la ferme et membre du club canin d'Olainville. « Elle m'aide à changer les chèvres d'enclos, explique cette bergère de 25 ans. Mais je n'ai pas du tout de bases en conduite de troupeau. J'ai appris sur le tas. L'idée de ces ateliers, c'est aussi que je puisse m'améliorer. »

Dans les prochaines semaines, le club canin et cette agricultrice devraient mettre en place des séances régulières. Une nouvelle qui devrait, à coup sûr, faire plaisir à Phoebe.

Ces animaux doivent pouvoir sortir souvent

Les chiens de troupeau sont à la mode. Depuis quelques années, le berger australien est même le chien préféré des Français. « Beaucoup craquent en le voyant, confirme Stéphane Renaud, président du club canin d’Ollainville et à la tête d’une société de dressage. Mais il faut vraiment faire attention aux achats compulsifs. »

Car ces races de chien demandent beaucoup de temps et d’attention. « Si vous ne faites pas en sorte que votre chien puisse se dépenser, vous allez avoir des soucis, prévient ce spécialiste. Il va vite devenir trop actif, destructeur et, même parfois, agressif. » Ses conseils : « Il faut lui permettre de se défouler mais aussi inclure des notions d’obéissance et de respect des règles. L’activité “encadrement de troupeaux” permet justement de joindre l’utile à l’agréable. »

Vous êtes sur le point de craquer mais vous vivez en appartement ? « Ce n’est pas un problème, rassure Stéphane Renaud. L’important, c’est surtout de prendre le temps de s’occuper de son chien. Un chien en appartement qui est sorti souvent sera plus heureux qu’un chien en maison qu’on ne sort jamais. »