Voies dédiées au covoiturage, zones à faible émission : vers un contrôle automatisé dès 2023 en Ile-de-France

Sur certaines voies dédiées des autoroutes franciliennes, les contrôles pourraient bientôt être effectués automatiquement par des caméras. Le ministère des Transports aimerait une mise en service en 2023. Mais des obstacles techniques et juridiques sont encore à lever.

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 Voici le centre de vidéoverbalisation ou travaillent des agents de sécurité publique de la mairie de Paris. Ce sont eux qui constatent les infractions filmées par les caméras se trouvant un peu partout dans la capitale.
Voici le centre de vidéoverbalisation ou travaillent des agents de sécurité publique de la mairie de Paris. Ce sont eux qui constatent les infractions filmées par les caméras se trouvant un peu partout dans la capitale. LP/G.P.

Voies dédiées aux bus, aux taxis et bientôt au covoiturage, zone à faible émission interdite aux véhicules les plus polluants… En Ile-de-France, de plus en plus de portions de routes ne sont réservées qu'à certaines catégories de véhicules. Ici pour limiter la pollution, là pour favoriser l'usage des transports en commun ou augmenter le nombre de passagers par voiture, comme la prochaine voie prévue sur l'A15 qui suscite déjà la polémique alors qu'elle n'est pas encore mise en service. Oui mais voilà, comment contrôler et faire respecter ces restrictions de circulation ?

Un vrai casse-tête auquel l'Etat envisage de répondre en généralisant les contrôles automatisés. Aujourd'hui, seulement quelques voies dédiées disposent de contrôles par vidéoverbalisation. Notamment celles où « la configuration et l'environnement des autoroutes ne permettent pas toujours de réaliser des contrôles sur site dans des conditions de sécurité », détaille le ministère des Transports.

Identifier le nombre d'occupants par véhicule

Sur l'A1 par exemple, d es agents assermentés visionnent en direct les images que diffusent les caméras de l'autoroute. Quand ils constatent qu'un véhicule n'a pas le droit de circuler sur la voie dédiée, ils l'identifient grâce à la plaque d'immatriculation et établissent un PV électronique. Le même dispositif existe dans Paris, sur certains couloirs de bus.

Dans l'ensemble pourtant, ces voies sont plutôt bien respectées par les usagers qui n'ont pas le droit de les emprunter. « Le retour d'expérience sur les voies réservées […] ne met pas en évidence de difficultés significatives en termes de performance des transports en commun ou de sécurité routière. La mise en place d'un dispositif de vidéoverbalisation n'apparaît donc pas indispensable », précise le ministère.

En revanche, sa généralisation se justifiera davantage une fois que certaines voies dédiées seront ouvertes au covoiturage. Pour ce cas spécifique : « Le nombre de véhicules autorisés sera plus conséquent et a fortiori les enjeux de maintien de fluidité et de sécurité routière seront plus importants », détaille encore le ministère. Mais là aussi, Pour ces voies, est donc envisagé « un dispositif de contrôle automatisé qui devra être adapté aux différentes catégories de véhicules autorisés ». Un dispositif « capable d'identifier le nombre d'occupants à bord des véhicules ».

Une technologie encore à affiner

La technologie permettant ce comptage n'est pas encore tout à fait au point. Un capteur innovant censé compter le nombre de passager a été testé durant l'été 2018 sur l'A86, dans le sens extérieur, à hauteur de Colombes (92). Le dispositif repose sur un système de photographies à très haute vitesse. L'algorithme de l'appareil analyse ensuite les images pour compter le nombre d'occupants. Sans donner davantage de détails, on assure au ministère que « les résultats de l'évaluation sont encourageants. Cette expérimentation a permis d'affiner la connaissance de la part de covoitureurs utilisant l'A86 ».

Depuis fin septembre, la ville de Grenoble teste aussi un radar pédagogique pour sensibiliser les automobilistes qui empruntent sans y avoir droit la voie réservée. La plaque d'immatriculation s'affiche sur un écran lumineux en indiquant au véhicule que son nombre de passagers n'est pas suffisant pour rouler sur la voie réservée. Testé également à Lyon, depuis décembre dernier, sur les M 6 et M7, ce même dispositif devrait être installé sur l'A15, dans un premier temps.

Le ministère planche sur le sujet depuis plusieurs années

Car l'Etat envisage d'aller plus loin et de parvenir à un dispositif de contrôle automatisé. Objectif : « développer, homologuer et déployer des dispositifs de contrôle automatisé d'ici la fin 2022 sur les voies réservées, en particulier sur les autoroutes franciliennes, dans le cadre offert par la loi d'orientation des mobilités ».

Pas si facile. Le ministère des Transports planche déjà depuis plusieurs années sur un tel dispositif qui nécessite de lever un certain nombre d'obstacles. « Les éléments à développer sont nombreux, explique-t-on au ministère. Entre l'encadrement juridique, les équipements de contrôle, l'identification des véhicules autorisés à circuler, la chaîne de traitement informatisée... De nombreux points sont à préciser...

Le cas particulier des zones à faible émission

L'enjeu est de taille, notamment en ce qui concerne la lutte contre la pollution de l'air. Les élus de la métropole du Grand Paris se sont prononcés en majorité en faveur de la mise en place d'une zone à faible émission (ZFE) à partir de juin 2021 au sein du périmètre de l'A86, sur le modèle de celle de Paris. Mais l'interdiction des véhicules les plus polluants (Crit'Air 5 pour la MGP, Crit'Air 4, 5 et plus pour Paris) ne peut être réellement appliquée qu'à partir du moment où elle pourra s'accompagner de moyens de contrôle et verbalisation. La mise en place de contrôles via des caméras est même une demande des élus. Ils estiment que seul un système de contrôle automatisé permettrait de mieux les faire respecter.

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Mais là encore, rien n'est réglé. Le ministre, Jean-Baptiste Djebbari, avait annoncé dans nos colonnes que dès la fin 2021, un tel système de vidéoverbalisation serait mis en place à l'entrée des ZFE. Avant de tempérer : « l'objectif est, comme pour les voies dédiées, de déployer un dispositif de contrôle automatisé d'ici fin 2022 ». Là aussi, la technologie pêche pour l'instant puisqu'il faudra, en plus du reste, « disposer d'un système permettant de vérifier à partir du numéro d'immatriculation si un véhicule bénéficie d'un Certificat Qualité de l'Air et le niveau Crit'Air associé » ou d'une dérogation comme, par exemple, les véhicules des personnes à mobilités réduites...