Trois mois après son lancement, l’opérateur Bolt retire sa flotte de vélos électriques à Paris

Moins de 90 jours après son lancement dans la capitale, le groupe estonien a décidé de mettre fin à son service de 500 bicyclettes en « flotte libre ». Une décision qui questionne le modèle économique de ces services de mobilité.

 La société estonienne de VTC a lancé 500 vélos électriques en libre-service en juillet 2020 avant de retirer sa flotte en septembre.
La société estonienne de VTC a lancé 500 vélos électriques en libre-service en juillet 2020 avant de retirer sa flotte en septembre. Bolt

A la vitesse de l'éclair. Le service de vélos électriques du groupe estonien Bolt est reparti aussi vite qu'il était arrivé. Après 84 jours de déploiement dans Paris, les 500 vélos à assistance électrique accessibles à travers l'appli de VTC ne sont plus disponibles depuis début septembre. Bolt avait lancé sa flotte le 1er juillet, quelques jours après la suspension de son concurrent JUMP, cédé par sa maison-mère Uber à l'opérateur Lime.

Alors que le vélo électrique est de plus en apprécié des usagers, ce rapide passage sur le marché parisien a de quoi interroger. Dans un tweet en anglais, la direction de Bolt ne livre pas d'explications très claires. « Nous stoppons temporairement notre service de vélos électriques partagés à Paris. Vu que le marché évolue constamment en raison de l'impact du Covid-19, nous prenons le temps de nous assurer que le service que nous proposons bénéficie au mieux à la ville et aux citoyens. Nous sommes certains que la micro-mobilité partagée a un rôle important à jouer à Paris et au-delà dans le futur, et nous donnerons des nouvelles quand nous en aurons. »

Bolt rejoint la longue liste des opérateurs de vélos ayant quitté Paris (Gobee Bike, oBike, Ofo, Oribiky, Donkey Republic et Mobike). Cet été, le service JUMP est revenu à Paris, via l'appli Lime, mais avec un millier de vélos électriques, contre près de 5000 au plus fort de l'année 2019. Pourtant, alors que la pratique du vélo explose depuis le déconfinement, Bolt semblait croire à la viabilité du marché parisien. « Beaucoup des services en free floating disparus étaient des vélos classiques, non électriques, soulignait alors Henri Capoul, le manager de Bolt en France. Nous croyons au potentiel énorme de Paris, avec ses 1000 km de pistes cyclables, pour un vélo à assistance électrique solide. On maîtrise déjà l'aspect opérationnel, avec des équipes mobiles qui iront changer les batteries vides. »

Maintenir une flotte coûte « très cher »

Dans le passé, certains opérateurs ont justifié leur départ de Paris en invoquant le « vandalisme » dont seraient victimes les engins dans l'espace public. D'autres confient que proposer un parc de vélos solides a un coût, et que les machines bas de gamme déployées n'avaient guère de chance de survie… « Un service de vélo en libre-service, surtout électrique, demande un matériel robuste et un réel savoir-faire opérationnel, pour réparer et entretenir la flotte. Tout cela coûte très cher », analyse un observateur français des micro-mobilités partagées.

Malgré un intérêt croissant des usagers pour les mobilités électriques, les opérateurs peinent donc à trouver la formule gagnante pour amortir leurs investissements et engranger des bénéfices. Afin de rassurer leurs actionnaires, Bolt, comme Uber avant lui, entend développer une stratégie multimodale, proposant dans la même appli des VTC, des trottinettes, des vélos ou des scooters, pour des courses de différentes distances.

Mais avec la crise mondiale du Covid-19, que ce soit pour le vélo ou la trottinette, le modèle économique des services de micromobilité est encore plus fragile. Lime, Uber et Bird, les leaders du secteur, ont licencié une grosse partie de leurs effectifs. A Paris, l'absence des touristes, qui représentent jusqu'à 40 % des trajets effectués à trottinette, est très pénalisante. Dans ce contexte, les actionnaires demandent que toutes les activités non rentables soient mises entre parenthèses.

VIDÉO. Paris, capitale européenne du vélo ? C'est pas encore ça…