Transports : le Covid-19 a transformé les habitudes de déplacement des Franciliens

Crainte d’être contaminés, loisirs limités, télétravail… Avec la crise sanitaire, on se déplace moins en Ile-de-France. Une tendance qui semble s’inscrire dans la durée.

 Mardi 29 septembre, 7h30. La ligne 8 vide, en pleine heure de pointe.
Mardi 29 septembre, 7h30. La ligne 8 vide, en pleine heure de pointe. LP/Jila Varoquier

Julien s'en étonne encore ce mardi matin, en arrivant au bureau : « Depuis la rentrée, quelle que soit l'heure, j'ai toujours une place assise dans le métro. Ça n'arrivait jamais avant ». En ce début octobre, les Franciliens n'ont toujours pas vraiment repris leurs anciennes habitudes de déplacements. Mais dans quelles proportions ?

C'est ce que tente de mesurer l'étude « Enquête Covid-19 et Mobilité IdF », que le Parisien vous dévoile. Le bureau d'études Inov 360 et vingt-et-un partenaires du secteur (Cityscoot, Communauto, Mappy, SNCF, Transdev, etc.) ont lancé, à la sortie du confinement, une grande enquête auprès de 4000 Franciliens, afin de comprendre et de s'adapter aux nouveaux comportements. Et dans ce troisième volet — le premier est sorti en juin — les Franciliens, interrogés entre le 15 et le 23 septembre, semblent bien décidés à continuer à moins se déplacer. Une tendance qui devrait être confirmée par le placement de Paris et de la petite couronne en alerte maximale Covid.

Près de la moitié des actifs toujours en télétravail

Chômage partiel, télétravail et résurgence du virus ont poussé les habitants du Grand Paris à moins se déplacer dans tous les domaines. Mais ce sont surtout les déplacements professionnels qui se sont drastiquement réduits, en baisse de 68 % par rapport à la période pré-Covid. On se déplace moins également pour ses loisirs (- 54 %). Enfin, les trajets domicile-travail ont chuté de 42 %.

Transports : le Covid-19 a transformé les habitudes de déplacement des Franciliens

Fin septembre, le télétravail concernait encore 47 % des actifs franciliens. Contre à peine 22 % avant la crise du Covid. Avec, en moyenne, deux jours de travail à la maison. Mais, des inégalités géographiques se détachent. A Paris, ils sont 55 % à télétravailler contre 43 % en grande couronne.

La voiture reste en tête des modes de déplacements

« Il y a un transfert du transport en commun vers les modes individuels, analyse Vincent Pilloy, à la tête du cabinet Inov 360, parce que les transports capacitaires sont associés à la densité et donc au contraire de ce qu'il faut faire ».

Ainsi, l'usage de la voiture reste aujourd'hui le mode de déplacement privilégié. 27 % des personnes interrogées disent utiliser leur véhicule plus souvent qu'avant le confinement (contre 31 % en juillet). Et 52 % l'empruntent comme avant (49 % en juillet).

Comme Sébastien, qui, depuis le déconfinement, a lâché le RER pour se rendre au travail en voiture. Même avec 45 minutes à une heure entre Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), et le XVe arrondissement le lundi, il énumère les points positifs : « Je mets autant de temps qu'en transport, c'est moins anxiogène, je n'ai pas das d'obligation de porter de masque, ni mon ordinateur et l'aller-retour me coûte 7,4 euros en RER + métro ».

Ça coince sur les routes !

Les bouchons ont d'ailleurs dépassé les niveaux habituels, la semaine dernière, alors même que l'ensemble des déplacements est bien moins élevé dans la région.

Courbe de la congestion le 1er octobre. Sytadin
Courbe de la congestion le 1er octobre. Sytadin  

Courbe de la congestion le 5 octobre. Sytadin
Courbe de la congestion le 5 octobre. Sytadin  

La DIRIF (Direction des routes d'Ile-de-France) tempère toutefois : « En heure de pointe du matin, la valeur moyenne du pic de bouchons est d'environ 335 km sur cette période, contre environ 385 km sur la même période en septembre 2019, soit en moyenne 50 km de bouchons en moins ». Elle rappelle également que « le volume de bouchons (congestion) n'est pas le volume de trafic (circulation). Il s'agit de deux indicateurs qui sont souvent corrélés, mais qui restent indépendants ». Et pour mémoire, le 8 octobre 2019, l'Ile-de-France avait enregistré au total 628 kms de bouchons.

La fréquentation des transports en commun a fortement baissé

Malgré ce que laissent penser certains quais du RER ou du métro très peuplés aux heures de pointe, la fréquentation des transports en commun est toujours en berne. Entre juillet et septembre, on observe une légère progression de la fréquentation. La moitié des personnes interrogées disent les emprunter comme avant le confinement (53 %). Mais 37 % des sondés reconnaissent les utiliser moins, voire plus du tout.

Et les opérateurs ne cessent de le répéter. En fin de semaine, Transilien notait une fréquentation sur ses lignes de 63 %. A la RATP, c'est une baisse de 35 % sur le métro et le RER, soit 2 millions de déplacements en moins. Pour le seul RER A, entre 5 heures et 10 heures, cela représente environ 84 000 personnes en moins, et sur le RER B, 54 000 usagers perdus. M algré les efforts des opérateurs, 49 % des sondés de l'enquête affirment ne pas avoir confiance dans les transports.

«J'ai du mal à croire qu'on est en sécurité dans les transports»

Alexia a abandonné les transports en commun, au profit du vélo. Elle va de Saint-Cloud à Courbevoie (Hauts-de-Seine) pour éviter le T2 bondé.LP/J.V.
Alexia a abandonné les transports en commun, au profit du vélo. Elle va de Saint-Cloud à Courbevoie (Hauts-de-Seine) pour éviter le T2 bondé.LP/J.V.  

Alexia, habitante de Saint-Cloud, l'explique : « Je ne retournai pas dans les transports en commun ». Cette ancienne utilisatrice du tramway T2 estime « aberrant de nous laisser prendre les transports sans distanciation. Tout le monde touche à la barre, les boutons. Les gens ne portent pas bien le masque. J'ai du mal à croire qu'on est en sécurité dans les transports et qu'on n'attrapera pas le Covid ». Elle a opté pour le vélo électrique : « Je ne le regrette pas. Je ne suis plus jamais excédée le matin. Ce sont mes collègues qui me l'ont fait remarquer ».

Les auteurs de l'étude prédisent toutefois un retour vers le métro : « Même sans avoir confiance, 53 % utilisent les transports comme avant, contre 35 % cet été. Il y a une forme de résilience. Et l'augmentation progressive de la congestion va pousser les usagers, à retourner dans les transports ».

VIDÉO. On a roulé avec un cycliste et un automobiliste dans Paris déconfiné