Transports en Ile-de-France : la SNCF veut faire revenir ses usagers

Télétravail, chômage partiel, crainte d’être contaminé... Transilien planche sur la façon de convaincre les Franciliens de reprendre le train...

 Paris. Si rien que 10 % des usagers des trains reprenaient la voiture, la saturation des axes routiers augmenterait de 40 à 80 % !
Paris. Si rien que 10 % des usagers des trains reprenaient la voiture, la saturation des axes routiers augmenterait de 40 à 80 % !  LE PARISIEN/Olivier Boitet

Plus de 520 km de bouchons ce mardi matin et une situation « exceptionnelle » selon Sytadin sur les routes d'Ile-de-France. Pendant ce temps, la fréquentation des trains et des métros oscille toujours entre 60 % et 70 %. Le Covid et la pluie ont bel et bien convaincu les Franciliens de reprendre leur voiture en continuant à délaisser les transports en commun.

520 kilomètres de bouchons à 9 heures, ce mardi matin sur les routes d’Ile-de-France

Record de bouchons ce mardi matin sur les routes d’Ile-de-France, avec un pic de 520 km de bouchons vers 9h.(Capture écran Sytadin)
Record de bouchons ce mardi matin sur les routes d’Ile-de-France, avec un pic de 520 km de bouchons vers 9h.(Capture écran Sytadin)  

Au point que Transilien doit désormais multiplier les opérations pour rassurer les usagers et les faire revenir dans ses trains. Après « C'est Pas loin en train » qui propose des idées de sortie en train le week-end, Transilien, l'Institut Paris Région et Kisio ont dévoilé ce mardi matin les résultats d'une étude menée avant le confinement, sur les capacités du transport en commun versus le véhicule individuel. Une étude qui révèle sans surprise que « Les trajets en transports capacitaires (principalement les trains, ndlr) sont plus efficaces que la voiture », comme l'affirme Fouad Awada, directeur général de l'Institut Paris Région.

Métros et trains plus rapides que la voiture

L'étude a pris l'exemple de quatre trajets réalisés aux heures de pointe du matin entre la périphérie et le centre de l'Ile-de-France. Grâce au traçage GPS des smartphones de voyageurs, leur durée moyenne a été calculée entre février et mars 2020, en voiture et en train. Résultat : à chaque fois, le trajet en transport a été le plus rapide.

Ainsi, entre Argenteuil, dans le Val-d'Oise, et Paris, la voiture met en moyenne 55 minutes contre 38 minutes en train. Et entre Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, et Paris, on gagne 8 minutes en train. « Évidemment, nous avons pris des trajets où il existait les deux alternatives, précise le bureau d'études Kisio. Mais on constate que d'une façon générale, le transport en commun est plus prévisible et plus court ».

Transports en Ile-de-France  : la SNCF veut faire revenir ses usagers

L'étude montre également que la voiture ne pourra jamais transporter autant de personnes que le train. « Il faudrait une autoroute de deux fois quatorze voies rien que pour se substituer à l'offre du RER A (Ndlr : 1,2 million de passagers par jour) » estime l'étude. De même, entre Argenteuil et Paris, à 8 heures, près de 12 000 personnes font le trajet en train contre 3 000 véhicules par la route. Alors si les usagers des transports décidaient de se reporter vers la voiture, comme cela semble être le cas depuis septembre, « ce serait la catastrophe, estime Fouad Awada. Rien que 10 % d'usagers des transports augmenterait de 40 à 80 % la saturation des axes ! ». Soit, entre Argenteuil et Paris, plus 30 minutes ! Sans compter la pollution générée, « Aujourd'hui, les déplacements en transport en commun permettent d'économiser 4 millions de tonnes d'émissions de CO2 par an », poursuit l'étude.

Télétravail et lissage des heures de pointe

Mais il faut encore convaincre des voyageurs, guère enclins à renouer avec « la bétaillère » où le mètre de distance de sécurité sanitaire reste inapplicable. « La forte affluence aux heures de pointe a un effet dévastateur sur l'attractivité des transports en commun », reconnaît Sylvie Charles, la nouvelle patronne du Trasilien,rappelant au passage que le risque de contamination à bord d'un train est de 0,005 % sur un trajet d'une heure si on porte un masque (selon une étude britannique du RSSB).

Pourtant, en attendant l'arrivée de nouveaux trains plus grands et plus fréquents (entre 2021 et 2030!), les leviers dont dispose Transilien sont peu nombreux pour réduire la jauge de passagers. Alors, la nouvelle directrice veut jouer de son « influence » - comme elle l'explique - pour aider la Région à développer le lissage des heures de pointe et le télétravail. « Si les gens télétravaillent deux jours par semaine, on peut diminuer de 6 à 13 % le nombre de voyageurs en heure de pointe », détaille Sylvie Charles, comme l'avait déjà calculé le Parisien. De quoi offrir des conditions de transports plus acceptables.

Des compteurs sur les lignes

Afin de disposer de chiffres en temps réel, Transilien installe actuellement des compteurs sur quelques-unes de ses lignes : « Nous pourrons montrer aux employeurs que dans ces conditions de voyage, c'est normal que leurs employés soient fatigués en fin de semaine. Et qu'il suffit de décaler un peu les horaires pour rendre les trajets plus agréables », poursuit-elle. Et donc, encourager les Franciliens à renouer avec leurs trains.

Et si les usagers ne reviennent pas ? « Clairement, ce sera la remise en cause du modèle économique de notre autorité organisatrice », affirme Sylvie Charles. « Et le risque de réduire les investissements. Mais il ne faut surtout pas baisser la garde et arrêter les projets », avertit Fouad Awada.