Sur la route en Ile-de-France, les chauffards… ce sont les autres !

Selon une étude d’OpinionWay pour Nextbase, automobilistes, cyclistes et scooters s’accusent mutuellement de représenter une menace. Un point commun toutefois : au moins la moitié d’entre eux reconnaissent qu’ils ne respectent pas toujours le Code de la route ! Décryptage.

 La voiture est le principal danger redouté par tous les autres utilisateurs. 77 % des Franciliens jugent que « les automobilistes considèrent que la route leur appartient ».
La voiture est le principal danger redouté par tous les autres utilisateurs. 77 % des Franciliens jugent que « les automobilistes considèrent que la route leur appartient ».  LP/Olivier Boitet

C'était il y a près d'un an, une éternité. Pendant plus de deux mois, l'Ile-de-France s'apprêtait à connaître une très longue grève des transports publics. Sans trains ni métro, des millions d'usagers n'avaient d'autre choix que de circuler sur la voie publique. C'était l'époque des embouteillages monstres, des temps de trajet en voiture multipliés par trois, et d'innombrables accrochages entre automobiles, scooters, piétons, vélos et trottinettes…

Deux confinements plus tard, ces images semblent bien lointaines. La crise du Covid-19 et le télétravail généralisé ont drastiquement réduit le nombre de déplacements dans le Grand Paris et ailleurs. Il n'empêche. Il ne faut pas grand-chose pour que le naturel revienne au galop. Dès ce samedi, avec la réouverture des commerces, les routes franciliennes devraient connaître un bond de fréquentation. Et au moindre bouchon, la nervosité redeviendra sensible…

Depuis quelques mois, en région parisienne, les voitures, mais aussi les scooters, ont vu leur espace rogné par des pistes cyclables. Bon gré mal gré, les motorisés doivent composer avec adeptes du vélotaf ( + 70 % de cyclistes à Paris en un an ) et ceux toujours plus nombreux de la trottinette électrique.

Sur la route en Ile-de-France, les chauffards… ce sont les autres !

Comment ce partage de la route est-il vécu par les différents véhicules? Pour y répondre, l'institut OpinionWay a mené un sondage fin octobre pour le compte du fabricant de caméras embarquées (dashcams) Nextbase. Les personnes interrogées ont donné leur avis sur la conduite des autres. Les sondés ont aussi accepté d'évaluer leur comportement et les libertés qu'ils prennent avec le Code de la route. Résultat : que l'on soit au volant d'une voiture, au guidon d'un deux-roues ou sur une selle de vélo, une chose est certaine : le chauffard, c'est toujours l'autre!

La voiture, principale source de crainte

77 % des Franciliens déplorent d'abord que « les automobilistes considèrent que la route leur appartient ». La voiture est le principal danger redouté par tous les autres utilisateurs. Elle est crainte par 72 % des cyclistes et 60 % des deux-roues.

Protégés dans leur habitacle, les automobilistes sont moins vulnérables en milieu urbain. Mais la plupart ont peur d'une collision tragique avec un usager plus fragile, comme les vélos ou les trottinettes. « Ils me stressent à surgir de partout, confie Pedro, un conducteur vivant dans le XIXe arrondissement. J'ai une voiture hybride silencieuse… Dans Paris, je fais très attention, je roule à 20 km/h. » « Je n'ai rien contre les vélos ou les scooters, mais ils n'ont pas conscience qu'ils ne sont souvent pas visibles. En hiver, beaucoup n'ont même pas de lumière ! » s'agace Jordan, 32 ans, un habitant de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

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Conscients des dégâts qu'ils peuvent provoquer, les automobilistes sont ceux qui affirment respecter le mieux le Code de la route, souligne l'étude. 52 % reconnaissent néanmoins ne pas toujours appliquer la réglementation. En voiture et à vélo, les hommes sont les moins soucieux des règles. 64 % des hommes ne les suivent pas toujours en voiture (contre 48 % des femmes). « Combien de fois j'ai failli être fauché par des voitures qui ne mettent pas leur clignotant, témoigne Diabaté, livreur à scooter à Paris. J'ai un ami qui a eu le pied cassé dans un accident et qui ne peut plus travailler. »

Les deux-roues motorisés jugés très dangereux

Quand on demande à Diabaté qui conduit le plus mal, la réponse fuse, surprenante : « Les scooters, bien sûr! » Les deux-roues motorisés sont 62 % à reconnaître que leurs pairs doublent n'importe comment. 64 % estiment qu'ils roulent trop vite en agglomération. Les trois-quarts avouent qu'ils ne suivent pas toujours le Code. Conséquence : à Paris et ailleurs, les deux-roues motorisés sont surreprésentés dans les accidents. Ils totalisent à eux seuls plus d'un quart des tués. Les automobilistes franciliens en font leur hantise numéro 1 (42 %), devant les cyclistes (27 %).

Les vélos et trottinettes se croient au-dessus des lois

Et les vélos dans tout ça ? « Ils ne respectent pas le Code de la route », selon neuf Franciliens sur dix. Les cyclistes ne le nient pas, puisque 80 % d'entre eux disent ne pas toujours obéir aux règles. 69 % confessent même enfreindre « régulièrement » le Code. « Je m'arrête aux feux en général… sauf le soir, quand il n'y a personne, témoigne Alexandra, comédienne parisienne qui se déplace à bicyclette. A vélo, le plus important, c'est de rester concentrée et bienveillante. C'est quand on est pressé qu'on a un accident. » Les trottinettes ne sont pas en reste. Leur conduite est jugée « irresponsable » par 84 % des répondants.

Une majorité veut de meilleures infrastructures

Plusieurs pistes existent pour tenter de pacifier l'usage de la route. Meilleure formation, davantage de sanctions, des équipements de sécurité comme les « dashcams » installées sur les véhicules… Autos, vélos et scooters s'accordent sur un point : une circulation sûre pour tous passe par des infrastructures mieux adaptées aux différents modes de déplacement. Les trois quarts des Franciliens estiment que « les infrastructures routières ne protègent pas suffisamment les utilisateurs de vélos et de trottinettes ». Un constat dressé par huit automobilistes sur dix, particulièrement ceux qui ont des enfants.

« Un sentiment de deux poids deux mesures »

Pour l'avocat Rémy Josseaume, les automobilistes nourrissent un sentiment d'injustice face au manque de sanction envers les autres usagers de la route.

Rémy Josseaume est avocat droit routier. DR
Rémy Josseaume est avocat droit routier. DR  

Quel principal enseignement tirez-vous de ce sondage sur le partage de la route ?

C'est un constat édifiant : nous sommes tous le chauffard d'un autre ! On a l'impression qu'on n'a pas grand-chose à se reprocher. L'implication de l'autre est pointée du doigt. Car il est plus facile de voir le danger chez les autres que dans nos propres comportements. J'y vois aussi l'effet de la généralisation des nouvelles mobilités, comme les trottinettes et les vélos. Dans la jungle du trafic urbain, on a du mal à faire cohabiter tous les modes.

Les trottinettes et les vélos sont vus comme des sources de danger par les automobilistes. Comment l'expliquez-vous ?

Certains moyens de transport, comme la moto et le vélo, impliquent qu'on puisse ne pas respecter les règles, car on recherche avant tout la fluidité. D'ailleurs la verbalisation des cyclistes est quasiment nulle. Parce qu'ils sont vulnérables, ils jouissent d'une certaine impunité. Cela crée du ressentiment chez les automobilistes, qui sont sanctionnés, et à qui on ne passe rien. Il y a un sentiment de deux poids deux mesures. La rigidité du Code de la route impose que l'on soit toujours maître de sa voiture. Mais dans les faits, dans beaucoup d'affaires que je traite, les piétons ou les vélos font preuve de négligence.

Faut-il sanctionner davantage ?

On ne peut pas jouer uniquement sur la modification de la législation. Il faut faire évoluer les infrastructures et tout faire pour éviter les rencontres, en isolant les pistes cyclables du reste du trafic. Comme on ne peut pas pousser les murs, les automobilistes doivent être prêts à accepter un autre partage de l'espace.