Renouvellement des RER B : le PDG d’Alstom veut une médiation auprès du tribunal

Le géant ferroviaire multiplie les recours pour contester la commande des 146 futurs trains à deux étages. Alstom a été écarté de l’appel d’offres, remporté par le groupement CAF-Bombardier.

 Valérie Pécresse, présidente d’Ile-de-France Mobilités, et Henri Poupart-Lafarge, président d’Alstom (à droite), en octobre 2019, dans l’usine Alstom de Reichshoffen (Bas-Rhin).
Valérie Pécresse, présidente d’Ile-de-France Mobilités, et Henri Poupart-Lafarge, président d’Alstom (à droite), en octobre 2019, dans l’usine Alstom de Reichshoffen (Bas-Rhin). LP/Sébastian Compagnon

Qui tente rien n'a rien. Le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, veut « s'asseoir autour de la table » pour discuter du contrat de renouvellement des trains du RER B francilien, que son groupe a bloqué en justice.

« Depuis le départ, Alstom a des doutes sur la viabilité technique et financière de l'offre qui a été faite par Bombardier », qui est depuis vendredi propriété du groupe français, a expliqué Henri Poupart-Lafarge lundi sur Franceinfo. « Le contrat a été négocié par la direction sortante de Bombardier avec un concurrent, et c'est nous maintenant qui devons l'exécuter », a-t-il ajouté.

Un consortium composé de Bombardier Transport et de l'espagnol CAF a été choisi en décembre face à Alstom pour fournir 146 nouveaux trains destinés à la ligne B du RER, un contrat de 2,56 milliards d'euros. Mais Alstom a déposé plusieurs recours en référé, empêchant la signature du contrat avant sa prise de contrôle de Bombardier Transport au grand dam de la présidente d'Ile-de-France Mobilités, Valérie Pécresse.

« Tous ces recours sont dilatoires »

Dans le passé, Alstom et Bombardier, bien que concurrents, s'étaient alliés pour remporter certaines commandes, telles que le RER NG ou le MI09 (RER A). Un accord que le dirigeant d'Alstom ne semble pas disposé à trouver avec son challenger espagnol CAF, déjà vainqueur du marché des trains Intercités pour la SNCF, en 2019. « Il y a une volonté d'Alstom d'empêcher CAF de s'implanter sur le marché français, analyse un fin connaisseur de l'industrie ferroviaire. CAF propose du beau matériel, à de meilleurs prix, sans pour autant vendre à perte. Cela inquiète Alstom, qui veut conserver ses marges ».

« Tous ces recours sont dilatoires », a jugé jeudi Valérie Pécresse. « Ma crainte, et c'est une crainte partagée par la RATP, la SNCF et Ile-de-France Mobilités, c'est que ces recours nous fassent prendre vraiment beaucoup, beaucoup de retard sur la commande, ce serait au détriment des voyageurs et ce n'est pas acceptable », a-t-elle déploré. Dans ce contexte, les futures rames ont peu de chance d'entrer en service avant 2026, alors que le RER B est emprunté par environ un million de passagers par jour, en temps normal.

« S'asseoir autour de la table pendant quinze jours »

« Ce que nous demandons tout simplement, c'est de s'asseoir deux semaines, trois semaines autour de la table pour vérifier ensemble avec la RATP (NDLR : organisatrice de l'appel d'offres) et l'Ile-de-France si oui ou non cette offre est faisable », a plaidé Henri Poupart-Lafarge lundi. Alstom a déposé lundi une demande de médiation auprès du tribunal administratif « de façon à arrêter les compteurs ». « Un contrat comme celui-là, ça dure une dizaine d'années. Avant de s'avancer dans cette aventure, s'asseoir autour de la table pendant quinze jours, je trouve que ce n'est pas du luxe », a-t-il souligné.

«Quel culot ! L'appel d'offres est terminé et il n'y a rien à négocier, réagit Bernad Gobitz, le représentant des usagers au conseil administration d'IDFM. La RATP et Ile-de-France Mobilités doivent rester fermes. Le risque est de prendre encore deux ans de retard».

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Alstom a finalisé vendredi l'achat au groupe canadien Bombardier de ses activités de construction ferroviaires, pour 5,5 milliards d'euros. Le groupe français est désormais numéro deux mondial du secteur, avec un chiffre d'affaires combiné de 15,7 milliards d'euros. Mais il hérite aussi de Bombardier « des contrats qui connaissent des difficultés » avec des retards de livraison, des pénalités à payer et souvent des problèmes de rentabilité.

« Alstom a repris l’ensemble des contrats et engagements de Bombardier », souligne la RATP

Le feuilleton rebondit encore. Ce mardi après-midi la RATP a diffusé un communiqué sur la commande des futurs trains du RER B. « La nouvelle direction générale de Bombardier (racheté par Alstom le 29 janvier, ndlr) vient d’adresser le 1er février 2021 un courrier au groupement RATP/SNCF Voyageurs formulant une demande de médiation, sans son cocontractant CAF », confirme la régie, au lendemain des propos du patron d’Alstom (lire ci-dessus). « Le groupement RATP/SNCF Voyageurs est attaché à la bonne exécution de ce contrat, essentiel pour les voyageurs en Ile-de-France, dans le respect des règles de la commande publique, qui ne permettent pas de renégocier l’offre ferme déposée », souligne la RATP.

D’autant que Bombardier et l’espagnol CAF ont accepté de « prendre la commande ». « En confirmant sa dernière offre le 4 janvier, il y a moins d’un mois, le Groupement Bombardier/CAF s’est engagé à l’exécuter en cas d’attribution. Alstom a repris l’ensemble des contrats et engagements de Bombardier en rachetant l’entreprise. Aussi le groupement RATP/SNCF Voyageurs confirme la poursuite de l’attribution de ce marché au groupement Bombardier/CAF, et souhaite pouvoir procéder à la signature de ce contrat dans les meilleurs délais, au service d’Ile-de-France Mobilités et dans le respect du droit de la concurrence.