Remplacement des RER B : la commande à 2,5 milliards est signée, malgré le retrait d’Alstom

La RATP et la SNCF ont signé le bon de commande pour la livraison de 146 trains neufs. Mais le bras de fer risque de durer avec Alstom, qui vient de racheter Bombardier et refuse d’honorer le contrat.

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 Le constructeur espagnol CAF avait déjà obtenu le marché de rénovation de 43 rames du RER A, en partie réalisées sur son site des Hautes-Pyrénées (ici en septembre 2020).
Le constructeur espagnol CAF avait déjà obtenu le marché de rénovation de 43 rames du RER A, en partie réalisées sur son site des Hautes-Pyrénées (ici en septembre 2020). LP/Sébastian Compagnon

Le feuilleton concernant la commande des 146 futurs trains du RER B continue. Qui sortira vainqueur de cet incroyable bras de fer ? Certainement pas le million d'usagers de cette « ligne malade », qui ont encore vécu 24 heures de galère à la suite d'un incident électrique.

Le constructeur ferroviaire Alstom « doit honorer le contrat » attribué à ses concurrents Bombardier Transport – qu'il a repris depuis – et l'espagnol CAF pour la fourniture de nouvelles rames destinées au RER B, a répété la présidente d'Ile-de-France Mobilités, Valérie Pécresse, ce vendredi.

Le groupe français a retiré jeudi l'offre de Bombardier qu'il ne juge pas viable, et s'est désisté de la procédure en référé qu'il avait engagé au tribunal administratif de Paris sur la procédure d'appel d'offres, « qui n'avait plus lieu d'être » selon un porte-parole d'Alstom.

«Alstom doit exécuter ce contrat»

« Alstom ayant renoncé à ses recours et le juge s'étant prononcé, la procédure d'appel d'offres a été validée, donc plus rien ne s'oppose à ce que la RATP et la SNCF signent le contrat avec les porteurs de l'offre la mieux disante, à savoir Alstom-Bombardier et CAF », a expliqué Valérie Pécresse. « Alstom doit exécuter ce contrat et livrer les nouveaux trains, tellement attendus par des centaines de milliers d'usagers du RER B », a-t-elle souligné au sortir d'une réunion avec la RATP et la SNCF, à qui sont destinés les trains.

La RATP, SNCF Voyageurs et Ile-de-France Mobilités ont publié un communiqué commun dans la soirée. Ils ont « réaffirmé ce jour leur détermination à l'exécution de ce contrat, au bénéfice des Franciliens. La décision d'Alstom de retirer l'offre définitive de Bombardier étant irrégulière, le consortium Bombardier-CAF reste pleinement engagé. Par ailleurs, Alstom s'étant désisté lui-même de ses deux derniers recours devant le tribunal administratif avant l'audience de ce jour, plus aucun obstacle n'empêchait la signature du marché par le groupement RATP-SNCF Voyageurs ». En conséquence, le groupement, « avec l'accord de son autorité organisatrice Ile-de-France Mobilités, a donc décidé de signer puis de notifier le marché au consortium Bombardier-CAF ».

Une manœuvre pour évincer un concurrent ?

Bombardier Transport et l'espagnol CAF avaient été retenus le 13 janvier, face à l'offre (plus chère) d'Alstom, pour fournir 146 rames de RER pour 2,56 milliards d'euros, la livraison des premières rames étant prévue fin 2025. Mais Alstom a multiplié les recours, parvenant à retarder la signature du contrat jusqu'à sa prise de contrôle de Bombardier Transport, effective depuis le 29 janvier. Après avoir proposé une médiation, il a retiré l'offre de sa nouvelle acquisition.

« Les conditions technico-financières de l'offre du consortium Bombardier-CAF ne correspondent pas aux prix de marché et ne permettent pas d'exécuter ce contrat sans risques importants pour le financeur, l'exploitant, les voyageurs et pour notre entreprise », a expliqué le groupe jeudi.

Mais plusieurs connaisseurs de l'industrie ferroviaire voient dans ces recours d'Alstom la volonté d'empêcher le constructeur espagnol CAF de gagner du terrain sur le marché français, grâce à ses tarifs plus avantageux, inférieurs de 10 % à 30 %.

«Pas de commentaire» du gouvernement

A la question de savoir s'ils iront en justice pour obliger Alstom à honorer la parole de Bombardier, Valérie Pécresse a simplement répondu : « On verra ». Et promis un « point d'étape » au conseil d'administration d'Ile-de-France Mobilités jeudi. Plus tôt ce vendredi, un porte-parole d'Alstom avait dit que le groupe « reste ouvert à la discussion », rappelant que son offre – celle qui a perdu – « reste toujours valable ».

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Interrogé sur le sujet lors d'un déplacement à l'aéroport Charles-de-Gaulle, le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, s'est contenté de dire qu'il n'avait « pas de commentaire » à faire « à ce stade ».