Quatre millions d’euros de rallonge pour sauver Vélib’

Selon nos informations, l’opérateur Smovengo, en difficulté, touchera 4 millions d’euros de plus chaque année pendant trois ans. En contrepartie, il devra améliorer la qualité de service, évaluée par un comité d’usagers.

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 Smovengo, l’opérateur depuis 2018, a enfin déployé les 19 500 vélos promis au contrat, dans 1400 stations.
Smovengo, l’opérateur depuis 2018, a enfin déployé les 19 500 vélos promis au contrat, dans 1400 stations. Olivier Boitet/LE PARISIEN

Vélib' serait-il un colosse aux pieds d'argile? C'est la question qui est posée aux 60 communes adhérentes au Syndicat Autolib' Vélib' Métropole (SAVM), au sortir d'une année 2020 marquée par des chiffres records.

Smovengo, l'opérateur depuis 2018, a enfin déployé les 19 500 vélos promis au contrat, dans 1 400 stations. Sauf que le consortium formé par Smoove, Indigo, Mobivia et Moventia a décidé récemment de tirer la sonnette d'alarme. En cause : des coûts opérationnels qui explosent, liés à la surutilisation du parc et à l'engouement pour les modèles électriques, beaucoup plus chers à entretenir. Smovengo, qui perçoit 40 millions d'euros des collectivités, aurait menacé le SAVM de jeter l'éponge, si une rallonge importante n'était pas négociée.

Au terme de discussions parfois serrées, Sylvain Raifaud, conseiller de Paris (EELV) et président du SAVM, nous dévoile le contenu de l'avenant au contrat, qui sera validé ce jeudi par les élus. Smovengo va percevoir entre 4 et 6 millions de plus par an, pendant trois ans, soit 10 % à 15% de plus qu'aujourd'hui.

Un coup de pouce sans doute nécessaire pour sauver un service emblématique, utilisé par plus de 400 000 abonnés. Mais qui ne résout pas toutes les interrogations sur le futur de « Vélib 2 ». La qualité de service reste très largement perfectible, de même que la gouvernance de Vélib, épinglée l'an passé par la cour régionale des comptes pour « ses choix de gestion peu rigoureux et flous ».

« Nous sommes très attentifs à la qualité et la disponibilité des vélos dans les stations »

Sylvain Raifaud, conseiller de Paris mandature 2020-2026 (EELV), élu du Xe ardt et président du syndicat Autolib Vélib Métropole/Ville de Paris
Sylvain Raifaud, conseiller de Paris mandature 2020-2026 (EELV), élu du Xe ardt et président du syndicat Autolib Vélib Métropole/Ville de Paris  

Quel est l'objet de cet avenant au contrat qui lie Smovengo et le SAVM jusqu'en 2032 ?

SYLVAIN RAIFAUD. Nous avons vécu une année 2020 très particulière. La grève, fin 2019, puis le premier déconfinement, au mois de mai, se sont traduits par une explosion de la pratique du vélo et du Vélib. Nous avons eu jusqu'à 420 000 abonnés, et des journées à 215 000 courses. Le service a été extrêmement mobilisé. Le problème c'est que 60 % des trajets sont réalisés avec les Vélibs électriques, qui représentent 35 % de la flotte. Il y a un décalage très fort entre le nombre de Vélibs électriques en circulation et le nombre de kilomètres qu'ils font chaque jour. Smovengo a tenu le choc face à cette explosion, alors même que cette sur-utilisation est coûteuse en termes de maintenance. Le risque, si on ne faisait pas un avenant, c'est d'être confronté rapidement à une dégradation du service. Nous avons donc ouvert une discussion avec l'opérateur pour conforter et adapter ses ressources à la réalité économique - et juridique- du service, dans une proportion raisonnable.

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Le marché public attribué en 2017 coûte 40 millions d'euros par an aux collectivités. Quel effort financier Paris et les communes du SAVM sont-elles prêtes à faire ?

Cet avenant, nous avons voulu qu'il soit limité dans le temps à 3 ans, et plafonné, pour éviter tout dérapage. Il ne s'agit pas d'un chèque, mais d'un mécanisme financier indexé sur l'usage effectif des vélos électriques. Cet avenant prendra fin en 2024 et ne devrait pas coûter aux collectivités adhérentes plus de 2,5 millions d'euros, sur l'ensemble de la période. Compte tenu des projections d'usage des Vélib', Smovengo pourrait toucher en tout environ 4 millions d'euros supplémentaires par an. Cette somme est plafonnée à 6 millions par an. On le voit, la subvention des communes est contenue et l'essentiel des ressources viendra des recettes issues des usages.

Quelles contreparties avez-vous demandées à l'opérateur Smovengo ?

Nous sommes d'abord très attentifs à la qualité et la disponibilité des vélos dans les stations. Nous avons des contrôleurs, qui inspectent 10 % des stations chaque mois. Nous voulons un meilleur système pour mieux évaluer les vélos, et faire remonter les informations via l'application. La qualité de service sera aussi évaluée par un comité d'usagers, que nous allons relancer. Un panel de 30 abonnés à Vélib se réunira le 3 mars. Ils ont été tirés au sort parmi 1 000 candidats. Je veux enfin relancer Park +, un système permettant d'accrocher plus de vélos dans les stations souvent pleines. Un test sera lancé cette année, là où l'espace de voirie le permet. Cela n'aura rien à voir avec l'expérience de 2018 - 2019, qui était catastrophique. Nous avons enfin obtenu des engagements en termes sociaux et environnementaux, avec une hausse de 25 % des heures d'emploi en insertion sociale.

Les tarifs de Vélib' vont-ils augmenter ?

On y réfléchit avec le bureau du SAVM. Une nouvelle grille tarifaire sera présentée en mars. Le prix des courses en vélo mécanique ne changera pas. Mais nous souhaitons moduler les tarifs de l'électrique, pour encourager l'usage de l'électrique là où il est le plus utile : pour les courses longues, sur des parcours en pente, ou pour les personnes ne pouvant pas faire un gros effort physique.

Smovengo : « Nous avons les moyens de développer Vélib’»

Du côté de l’opérateur Smovengo, l’avenant au contrat le liant au SAVM est vu comme « équilibré, ambitieux et rassurant pour l’avenir». « Nous avons pris le temps de discuter, en partenaires de confiance du SAVM et de la Métropole. Nous avons maintenant les moyens d’investir, de développer Vélib et de regarder l’avenir », se félicite son président, Stéphane Volant. Face à la grève des transports et au boom du vélo lié au Covid-19, « Smovengo a tenu bon dans la tempête, estime-t-il. Nous avons réussi à maintenir le cap, malgré la forte révolution des usages… Mais si cela avait duré, nous n’aurions pas pu poursuivre », ajoute-t-il.

En contrepartie de ces 4 millions d’euros supplémentaires, Smovengo, qui compte environ 400 collaborateurs, va mettre en place « un plan de performance industrielle », pour renforcer la qualité de service, et planche sur plusieurs innovations. « Ma boussole, c’est la satisfaction des clients, insiste Stéphane Volant. Depuis mai, le taux de satisfaction est passé de 50 à 60 %. Il nous reste encore à convaincre les 40 % restant ». Ce qui passera par proposer aux clients « un Vélib en bon état, au bon moment, dans la bonne station », promet Stéphane Volant, dont l’ambition est de parvenir à 1 million d’abonnés d’ici 2025.