Pour améliorer la sécurité dans les bus, la RATP mise sur les vidéo-patrouilles

La RATP a lancé une expérimentation de caméras qui retransmettent en direct les images des bus de la ligne 170. Si celle-ci est concluante, elle sera généralisée aux lignes les plus problématiques.

 Les images des caméras de bus de la ligne 170 seront retransmises en direct au PC sécurité de la RATP.
Les images des caméras de bus de la ligne 170 seront retransmises en direct au PC sécurité de la RATP. LP/J.V.

« Souriez vous êtes filmés », disait une campagne d'affichage dans les années 2000 sur le réseau de bus RATP. Sauf qu'à l'époque, il n'y avait pas toujours de caméras. Cette fois, si ! Et l'image est retransmise en direct au PC sécurité de la RATP. C'est l'expérimentation de vidéo-patrouilles qui a été présentée ce jeudi matin à Valérie Pécresse, présidente d'Ile-de-France Mobilités par la RATP.

Aujourd'hui, dans le reste des bus, les caméras filment en continu. Mais l'image n'est enregistrée — et donc visible par un tiers — que si le machiniste enclenche son « alarme discrète ». Un bouton qui signifie au PC sécurité qu'un incident est en cours et que le conducteur a besoin d'aide. Le bouton déclenche l'enregistrement des 15 dernières minutes et du direct : « Mais au PC sécurité, nous n'avons que le son, pas les images. Et dans des situations délicates, le machiniste ne peut pas forcément exprimer l'urgence », détaille Stéphane Gouaud, le directeur de la sûreté de la RATP.

En cas de plaintes ou d'incidents à vérifier, il faut ensuite extraire les images depuis un disque dur. Ce qui prend un certain temps. « Ces vidéos-patrouilles permettent une meilleure capacité d'intervention puisque nous pouvons avoir des images en temps réel », affirme Catherine Guillouard, PDG de la RATP.

Bientôt 180 caméras pour l'ensemble de la ligne 170

L'expérimentation a été lancée en mars 2019 sur 3 bus de la ligne 170. Elle relie la porte des Lilas à Saint-Denis et fait partie des lignes qui connaissent le plus grand nombre d'incidents, agressions, vol à la tire et autres. « Mais le nombre de bus équipés n'est pas suffisant pour tirer un bilan », précise la RATP. D'ici à l'été 2021, les 30 véhicules de la ligne seront donc équipés avec 6 nouvelles caméras chacun, pour un budget total d'environ 1,8 million d'euros.

« Le but n'est pas d'enlever de la présence humaine, précise Valérie Pécresse. Mais pour que les agents du GPSR arrivent rapidement, il faut les aider. Et ces caméras vont permettre d'aller plus vite et plus loin. Je pense aussi aux harcèlements des femmes qui sont souvent silencieux. Désormais nous disposerons des images. »

Evidemment, traiter les données en direct de ces 180 caméras est quasi impossible pour un humain. La RATP souhaite donc s'appuyer sur de « l'intelligence artificielle ». La machine pourrait être entraînée à « reconnaître » certains faits et avertir l'agent derrière les écrans quand l'un d'eux se produit. « Pour cela, la réglementation doit s'adapter. Et c'est ce que nous demandons », poursuit Valérie Pécresse.

«Pour réduire les agressions ou les vols, il n'y a qu'une solution : la présence humaine»

Du côté du personnel syndiqué de la ligne, on s'avoue toutefois perplexe : « Pour nous ça ne change rien sur la délinquance. Nous, en revanche, nous sommes davantage surveillés, regrette Wael, élu CGT. Pour réduire les agressions ou les vols quasi quotidiens sur notre ligne, il n'y a qu'une solution : la présence humaine et des équipes de sécurité dédiées aux lignes sensibles ».

A mesure que la technologie s'affine, RATP et IDFM se tournent vers l'intelligence artificielle pour être épaulés. En mai dernier, la RATP a lancé, avec l'entreprise Datakalab, une expérimentation pour constater le taux de port du masque par ses usagers. La caméra intelligente n'identifiait pas les visages, mais comptait le nombre de personnes toutes les 15 minutes qui en portaient un.

« Les images n'étaient pas enregistrées sur un serveur. Il n'était pas question d'identification de personnes. Seulement de statistiques, précise Xavier Fischer, cofondateur de l'entreprise. Et toutes les 15 minutes, on envoyait des données pour dire que tel pourcentage de personnes portait un masque » Un mois plus tard, la CNIL a mis fin à l'expérimentation, lui reprochant de ne pas permettre aux personnes filmées de s'y opposer. La RATP espère toutefois qu'un décret pourra lui permettre de poursuivre. Comme Datakalab, qui l'attend pour pouvoir continuer son activité.

Une surveillance qui se heurte à des questions éthiques

Le Lab' de la RATP teste aussi d'autres usages avec les caméras intelligentes. Par exemple, la détection de colis abandonnés ou d'éventuelles bagarres dans ses couloirs : « Pour l'instant, il y a un taux de fausses alertes trop important », poursuit Stéphane Gouaud. Mais les recherches se poursuivent. « Surtout, insiste Valérie Pécresse, il manque une réglementation. Le gouvernement doit autoriser sans délai, l'usage de l'intelligence artificielle lorsqu'il n'y a pas d'identification, ni de reconnaissance. Elle aiderait vraiment les opérateurs à identifier des comportements suspects ».

Et la présidente d'Ile-de-France Mobilités estime même qu'il faut aller plus loin : « Dans le contexte d'une vigilance rouge écarlate et d'un risque d'attentat, il faudrait pouvoir faire la même chose dans les transports en commun que dans les aéroports. C'est-à-dire utiliser la reconnaissance faciale, grâce aux caméras que nous avons installées près des portiques de validation, pour vérifier que l'usager n'est pas sur le logiciel des personnes recherchées, en détruisant les images par exemple ». Mais elle concède que le sujet « est plus compliqué ». Elle a déjà demandé à plusieurs reprises la création « d'un comité d'éthique ».