Nouveaux retards pour le RER B ? En Ile-de-France, les associations d’usagers crient au scandale

Après les annonces d’Alstom remettant en cause l’offre de renouvellement des rames, les voyageurs craignent de ne jamais voir les 180 nouveaux trains qui avaient été promis. Ils assurent pourtant qu’il y a urgence.

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 Alstom a déjà remporté de nombreuses offres pour construire les nouveaux métros et Transiliens. Comme ici, le RER Nouvelle Génération.
Alstom a déjà remporté de nombreuses offres pour construire les nouveaux métros et Transiliens. Comme ici, le RER Nouvelle Génération. LP/Jean-Gabriel Bontinck

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Alors que ce mardi soir, chez Alstom, on pensait renoncer au marché des nouveaux RER B, associations comme élus avouent leur sidération. « C'est écœurant, estime Arnaud Bertrand de l'association Plus de Trains. On ne comprend pas cette décision. » Pour lui, l'arrivée de nouveaux trains offre une véritable respiration aux lignes en difficulté : « Regardez la ligne L. Depuis que le Francilien de Bombardier l'équipe, elle va beaucoup mieux. C'est ce qui manque au RER B. »

« Le rachat de Bombardier par Alstom a créé une situation de monopole. Et l'entreprise peut aujourd'hui imposer ses prix et c'est scandaleux, regrette pour sa part Bernard Gobitz, de l'Association des usagers des transports. Mais comme en Ile-de-France, c'est le dernier contrat de cette ampleur, Alstom joue son va-tout. Même si son carnet de commandes est déjà bien fourni. » Lui craint désormais que « l'unique porte de sortie soit un nouvel appel d'offres… Soit deux ans de retard! »

«Nous ne pouvons attendre encore deux ans !»

« Nous ne pouvons attendre encore deux ans! Nous avons déjà eu deux déraillements et connaissons des pannes quotidiennes. Nous sommes sur le fil du rasoir », prévient Marie Hélène Wittersheim, de l'association Courb, au sud du RER B, qui déplore : « La modernisation du RER B n'a jamais été une priorité. Tout le monde a été modernisé avant! » L'association réclame une gouvernance dédiée à cette ligne.

En juin 2018, la RATP et SNCF Voyages ont lancé un appel d'offres pour faire construire les nouveaux trains du RER B. Ce matériel d'Interconnexion Nouvelle Génération, aussi appelé Ming, doit remplacer les MI79 et MI84 qui roulent sur la ligne depuis bientôt quarante ans.

Deux candidats sont arrivés finalistes : le groupement CAF-Bombardier d'un côté et Alstom de l'autre. Et en janvier dernier, les premiers ont été retenus, avec une offre que certains disent être 500 millions d'euros moins chère.

Sauf qu'à coups de recours suspensifs devant différents tribunaux, Alstom a fait traîner la signature jusqu'au rachat de Bombardier le 29 janvier dernier. Désormais, l'entreprise se retrouve en situation de construire le futur RER B, avec une offre qui n'est pas la sienne. Alstom refuse donc de le faire aux conditions fixées par Bombardier-CAF et a même demandé à la RATP… de renégocier l'offre pourtant retenue dans le cadre d'un marché public.

La colère de la patronne de la RATP

Ce qui a provoqué la colère de la patronne de la RATP. Mardi soir, sur BFM Business, Catherine Guillouard n'a pas caché son agacement, rappelant que « dans la commande publique, quand une offre est ferme et acceptée, on ne peut pas négocier […] Ils ont gagné ce contrat grâce à Bombardier qu'ils ont racheté. Qu'ils honorent leur engagement ! » Et d'ajouter : « Le RER B, c'est probablement l'infrastructure la plus importante dans les cinq prochaines années. Mais trois référés d'Alstom sont encore pendants. Et tout ceci retarde la possibilité d'acheter les trains. »

Jacques Baudrier, conseiller de Paris (PCF) et administrateur d'Ile-de-France Mobilités, estime de son côté que « c'est un nouveau coup de poignard dans le dos des usagers. Comment Alstom, la RATP et la SNCF peuvent-ils créer un tel chaos ? », interroge-t-il. Il estime que « toute la lumière doit être faite sur ce scandale pour déterminer les responsabilités de chacun » et demande « à Valérie Pécresse d'organiser une audition d'Alstom, du ministre des transports, de la RATP, de la SNCF dans le cadre du prochain du Conseil d'administration d'IDFM du 11 février prochain ».

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La situation fragilise aussi Valérie Pécresse, à quelques mois des élections régionales. « Il serait inacceptable qu'un groupe industriel prenne en otage ses clients et des centaines de milliers de Franciliens », souligne cette dernière. La présidente d'Ile-de-France Mobilités a débloqué, en décembre dernier, près de 2,5 milliards d'euros pour la construction de ces 180 nouvelles rames. Elle avait d'ailleurs avancé de trois ans le lancement de l'appel d'offres. « Mais elle sera forcément tenue responsable à un moment ou à un autre », souffle un spécialiste.

La mise en service des nouveaux trains était jusqu'à présent prévue dès 2025, avec renouvellement complet du parc en 2030. Plus d'un million de personnes voyagent chaque jour sur le RER B.