Méga contrat des RER B : face au retrait d’Alstom, le constructeur CAF prépare sa riposte

Le groupe espagnol évalue les réponses judiciaires à apporter au retrait d’Alstom-Bombardier, qui complique la réalisation de la commande de 146 futurs trains, pour un montant de 2,5 milliards d’euros.

 Le constructeur ferroviaire espagnol CAF a obtenu le marché de rénovation de 43 rames du RER A, en partie réalisé sur son site de Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées.
Le constructeur ferroviaire espagnol CAF a obtenu le marché de rénovation de 43 rames du RER A, en partie réalisé sur son site de Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées. LP/Sébastian Compagnon

Satanés « Gaulois ». Outre-Pyrénées, l'attitude du géant Alstom pour faire capoter la commande des 146 futurs trains du RER B est jugée très sévèrement. Plusieurs journaux ont consacré des analyses et tribunes à cette affaire, dont est victime CAF, le constructeur espagnol basé à Beasáin, à 40 km au sud de Saint-Sébastien, au cœur du Pays basque.

CAF, présent dans 40 pays dans le monde, a décroché d'importantes commandes au Royaume-Uni, en Amérique Latine ou en Arabie Saoudite. Mais en France, Alstom semble tout faire pour lui mettre des bâtons dans les roues, constate la presse économique espagnole.

La «culture du monopole»

Un éditorialiste du journal Noticia s d e Gu ipuzcoa (la province basque siège de CAF) pointe « l'arrogance » du groupe français, qui vient de racheter Bombardier et refuse d'honorer l'appel d'offres remporté par ce dernier en partenariat avec l'espagnol CAF. « Le géant Alstom peine à passer de la culture du monopole à celle de la libre concurrence », encouragé en cela par des pouvoirs publics longtemps « complices » pour éliminer la concurrence sur le marché français, écrit Carlos Etxeberri. L'attitude d'Alstom est celle d'« un mauvais perdant », ajoute E l E conomista, « qui rabaisse son prestige en même temps qu'il nuit aux usagers des transports publics parisiens ».

Le groupe basque, en forte expansion dans le monde ces dernières années, ne compte pas en rester là. Selon l'agence de presse EFE, « des sources internes » à l'entreprise confient que CAF « analyse en ce moment les répercussions » du retrait d'Alstom, tout en « assurant de sa volonté d'aller de l'avant pour ce marché ».

Ce lundi, dans Les Echos, le directeur général de CAF France, Alain Picard, répond aux attaques du PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, qui juge « non viable » le contrat des trains MI20, remporté par CAF Bombardier. Contestant toute anomalie technique ou financière dans le dossier — validé par la SNCF et la RATP —, Alain Picard constate que « les agissements d'Alstom empêchent toute concurrence dans le ferroviaire ». Juridiquement, CAF se dit prêt à attaquer sur plusieurs fronts. « Il y a une entrave à la concurrence sur le territoire national, ce qui relève de l'Autorité de la concurrence française. Et au niveau européen, la difficulté pour un tiers de rentrer sur le marché français pose la question des remèdes qui ne sont pas efficaces », énumère Alain Picard.

Quelle que soit l'issue de ce « méga contrat », le groupe basque continuera d'investir dans son usine de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), ajoute le dirigeant. CAF était candidat au rachat de l'usine d'Alstom à Reichshoffen (Bas-Rhin). Mais celle-ci a finalement été cédée au modeste groupe tchèque Skoda Transportation, malgré la préférence des syndicats d'Alstom… pour CAF ! Un choix qui complique encore, aujourd'hui, le processus industriel pour honorer cette commande à plus de 2,5 milliards, qui pourrait accuser au moins deux ans de retard. Au grand dam du million d'usagers franciliens du RER B.

Une réunion mercredi avec la RATP et la SNCF

« Le groupement Bombardier-CAF doit être reçu par ses clients mercredi », a indiqué Alain Picard à l'AFP lundi après-midi. «La question va être de savoir qui va se présenter à la réunion. En tout cas CAF ira, mais on ne sait pas si Bombardier va venir ou pas, a-t-il dit. S'ils ne viennent pas, il y a litige, parce qu'ils nous empêcheraient d'accéder au contrat. Donc on se devrait d'attaquer Bombardier ».

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Le partage des taches prévoit que CAF construise les deux voitures de têtes des 146 trains -dans son usine de Bagnères-de-Bigorre- et fournisse les bogies (les chariots situés sous les trains, ndlr) -produites en Espagne-, Bombardier s'occupant du reste, et notamment des voitures intermédiaires dans son usine de Crespin (Nord). Les salariés de ce site industriel ont exprimé leur crainte et inquiétude, dans un communiqué intersyndical. « Alstom cherche-t-il a empêcher notre site de Crespin d'avoir son carnet de commandes perdurer après 2025 ? » s'interrogent les syndicats. »Cette commande, c'était du pain béni pour nous, avec un carnet de commandes jusqu'en 2032 », a expliqué le délégué Sud, Karim Khatabi.