Les usagers rejettent en bloc un périphérique à 50 km/h

Une étude de la Ville de Paris menée auprès de 4000 utilisateurs du boulevard périphérique est formelle : les mesures de réduction de vitesse ou du nombre de voies sont très largement rejetées.

 Paris, porte d’Aubervilliers, le 18 janvier. Le périph parisien est très utilisé. Ses usagers ne souhaitent pas qu’on le modifie.
Paris, porte d’Aubervilliers, le 18 janvier. Le périph parisien est très utilisé. Ses usagers ne souhaitent pas qu’on le modifie. LP/Jean-Gabriel Bontinck

Le périph' à 50 km/h? Surtout pas, répondent ses usagers. C'est le principal enseignement d'une étude réalisée par la mairie de Paris. Les automobilistes qui roulent sur le boulevard périphérique parisien sont en effet très majoritairement hostiles aux modifications – abaissement de la vitesse, suppression de voies…– envisagées par la Ville de Paris sur le périph'. La mise en œuvre de ces changements exigera « des mesures d'accompagnement fortes », selon l'étude.

Le périphérique, autoroute urbaine faisant le tour de Paris, est surtout perçu comme « la ligne la plus directe et surtout la mieux maîtrisée », notent les auteurs de cette étude datée du 29 janvier, que l'AFP a pu consulter.

« Rejet immédiat et brutal »

La perspective de l'abaissement de la vitesse de 70 à 50 km/h suscite « un rejet immédiat brutal » des personnes interrogées, qui ne sont pas convaincues sur les avantages attendus en termes de baisse de la pollution atmosphérique, de la pollution sonore et de l'accidentologie.

La mise en place d'une voie réservée aux véhicules propres fait l'objet d'un « rejet très majoritaire », car étant perçu comme discriminant sur le plan social ou ne répondant pas aux contraintes des professionnels, artisans et livreurs. Une voie pour les bus et véhicules de secours passerait mieux, éventuellement aussi pour ceux qui pratiquent le covoiturage à trois ou quatre personnes par véhicule.

Consensus contre la réduction du nombre de voies

De même, la réduction du nombre de voies de quatre ou cinq à trois par sens de circulation fait consensus contre elle, quel que soit l'usage qui serait fait de l'espace récupéré.

Enfin, les personnes interrogées sont peu sensibles aux problèmes de pollution, de bruit et d'esthétisme du périphérique, qui est une voie communale de Paris.

« De manière générale, la place centrale qu'occupe aujourd'hui le boulevard périphérique dans le quotidien de ses actuels usagers le rend très sensible à toute mesure visant à modifier sa configuration », écrivent les auteurs de l'étude.

« Réduire les effets négatifs »

« Mais cette donne est aussi, dans un certain sens, synonyme d'opportunité puisqu'elle lui confère un rôle de levier potentiellement très puissant pour inciter à des changements », poursuivent-ils.

« Pour les pouvoirs publics, l'exercice délicat consistera donc à se saisir de cette importante opportunité tout en visant, par des mesures d'accompagnement fortes, à en réduire les éventuels effets négatifs pour le quotidien des usagers », concluent-ils.

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Les enquêteurs ont interrogé 4000 usagers du boulevard périphérique dont ils avaient pris les numéros à 16 portes entre le 21 septembre et le 26 octobre 2020, ce qui exclut les personnes en transit. L'échantillon comprend 52 % d'utilisateurs pour des raisons professionnelles et 18 % de livreurs.

Les JO 2024, première étape

Les résultats de cette étude n'étonnent « pas du tout » David Belliard, l'adjoint aux transports de la maire PS de Paris Anne Hidalgo. « Tous les changements sont longs, il faut faire preuve de pédagogie », a estimé l'élu écologiste.

L'étude, « partielle » car elle ne concerne pas « ceux qui vivent aux abords du périphérique et qui subissent en premier lieu les impacts du périphérique », n'empêchera pas Paris de former un « consensus avec les communes avoisinantes pour avancer sur sa transformation », a estimé l'adjoint en charge des mobilités et de la voirie.

Qui a en ligne les Jeux olympiques de 2024, première étape de cette évolution avec la création d'une voie réservée aux participants (athlètes, officiels, personnel médical) qui pourrait être ensuite conservée pour l'auto-partage et les transports en commun.

« Aujourd'hui, il y a 27 % des déplacements sur le périphérique qui partent de Paris pour y revenir », souligne David Belliard. « Ce sont des mobilités sur lesquelles on peut proposer des alternatives. On ne va pas empêcher complètement les voitures d'aller sur le périphérique, mais on dit qu'on doit changer collectivement l'usage de la voiture. »

Selon l'élu, les catégories socioprofessionnelles (CSP) élevées sont majoritaires (58 %) dans l'utilisation du périphérique parisien.