Interdire le «remonte file» aux motos dans le Grand Paris ? «Inapplicable !»

A partir de ce lundi, la tolérance de la circulation interfile mise en place depuis 2016 prend fin en Ile-de-France. Les conducteurs de deux-roues jugent irréaliste ce retour en arrière.

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 Depuis 2016, un certain nombre de deux-roues ne respectaient pas les règles posées, à savoir : ne rouler qu’entre les deux files les plus à gauche, ne pas dépasser 50 km/h et n’utiliser cet espace qu’en cas de trafic dense.
Depuis 2016, un certain nombre de deux-roues ne respectaient pas les règles posées, à savoir : ne rouler qu’entre les deux files les plus à gauche, ne pas dépasser 50 km/h et n’utiliser cet espace qu’en cas de trafic dense. LP/Olivier Arandel

Voilà, c'est fini. A partir de ce lundi, l'expérimentation qui autorisait, depuis 2016, les motos et scooters à circuler entre les voitures sur le périphérique et les autoroutes en Ile-de-France prend fin. En attendant le lancement d'une nouvelle expérimentation, c'est donc le Code de la route qui s'applique. Si un deux-roues remonte les files sur une voie où la vitesse maximale dépasse 70 km/h, il encourt donc désormais un retrait de trois points sur son permis et une amende de 135 euros.

Evidemment, ce retour à la règle qui prévalait jusqu'en 2016 suscite bien des réactions en région parisienne, où le « remonte file » est monnaie courante. « Et voilà, c'est encore une liberté qu'on nous enlève… soupire Denis, un Parisien, conducteur de scooter. C'est lamentable. Je trouve pourtant que ça se passait plutôt bien, à condition d'être prudent bien sûr et de respecter la vitesse maximale de 50 km/h quand on dépasse. »

Interdire le «remonte file» aux motos dans le Grand Paris ? «Inapplicable !»

« De toute façon, c'est inapplicable, renchérit Ludovic, un habitant de Sceaux (Hauts-de-Seine) au guidon d'une grosse cylindrée. Comment voulez-vous qu'on fasse ? Vous croyez que les motos vont se presser derrière les voitures dans les embouteillages ? C'est hyper dangereux. »

Pour justifier la fin de la « tolérance » de la circulation interfile, la déléguée interministérielle à la sécurité routière, Marie Gautier-Melleray, met en avant un « bilan contrasté » en termes d'accidentologie. En région parisienne et dans les autres départements où la pratique était tolérée à titre expérimental, un certain nombre de deux-roues ne respectaient pas les règles posées, à savoir : ne rouler qu'entre les deux files les plus à gauche, ne pas dépasser 50 km/h et n'utiliser cet espace qu'en cas de trafic dense.

«Quel est l'intérêt d'avoir un scooter si on doit rester dans les embouteillages ?»

« Ce retour à l'interdiction me met en colère. Franchement, quel est l'intérêt de rouler à scooter si on doit rester dans les embouteillages ? », demande Olivier, un adepte du deux-roues depuis 1990. « Bon, c'est vrai que certains faisaient n'importe quoi, à débouler à 90 km/h, ou à prendre les files de droite, ajoute-t-il. Mais de là à risquer 135 euros d'amende, c'est trop. »

Jean-Marc Belotti, le coordinateur de la fédération des motards en colère (FFMC) de Paris et sa petite couronne, déplore aussi les mauvaises pratiques qui ont conduit à l'arrêt de l'expérimentation. « Celle qui vient de prendre fin donne un résultat mitigé quant à l'accidentalité, regrette-t-il. Pour nous, deux-roues, c'est plus sécurisant sur le périphérique que de rester derrière les voitures, mais il faut respecter les règles. Rouler à 90 km/h entre les voitures, c'est suicidaire. Il faut donc travailler avec bon sens et adopter les bons comportements pour assurer la sécurité de tous. »

Des motards inquiets par le périph à 50 km/h

Et qu'en pensent les automobilistes franciliens ? « Je comprends qu'ils hurlent ! Les motards n'ont aucune envie de rester collés derrière les voitures, reconnaît Caroline, une conductrice qui circule chaque semaine entre la capitale et la Touraine. Mais je ne vois pas pourquoi il n'y aurait que les automobilistes qui devraient respecter les règles. Nous, on paye pour le moindre écart. » Même sentiment chez Nabil, qui pratique la moto mais roule en utilitaire pour son travail. « J'ai déjà une fille à scooter qui m'a cassé mon rétroviseur en me dépassant… Si l'interfile pose des problèmes, autant l'interdire complètement. Je suis pour qu'on soit tous à égalité. »

Reste à voir dans quelle mesure les autorités se lanceront dans la verbalisation et avec quels moyens. Les représentants des motards sont confiants et doutent que les amendes pleuvent. « Il faudrait de la vidéoverbalisation, sinon, je ne vois pas comment on pourrait contrôler tout le monde, ce serait ingérable », observe Denis.

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En attendant une nouvelle expérimentation qui mettra davantage l'accent sur les conditions dans lesquelles le « remonte file » pourrait être autorisé, c'est un autre projet qui inquiète les motards : la limitation de la vitesse à 50 km/h sur le périphérique. Cette mesure, proposée par le Conseil de Paris, porterait un coup dur à la pratique du deux-roues. « Ce serait complètement aberrant ! Autant interdire directement les motos et les voitures », s'insurge Ludovic, avant de mettre le cap sur le périph.

Ras le Scoot : «Il y aura moins d’accidents»

Du côté de l’association Ras le Scoot, qui vise à lutter contre les nuisances des deux-roues motorisés, on juge la fin de la tolérance de la circulation interfile « vraiment intéressante ». « S’il n’est plus autorisé de remonter les files, cela va être beaucoup moins intéressant de circuler en deux-roues motorisés. Et on voit plutôt d’un bon œil tout ce qui freine leur développement… », explique Franck-Olivier Torro, président de Ras le Scoot.

« Evidemment, cela va avoir aussi un impact sur l’accidentologie, ajoute-t-il. Quand on voit la vitesse de certains en interfile sur le périph, à la merci de la moindre voiture qui change de file sans clignotant… C’est sûr qu’il y aura moins d’accidents. Les motards eux-mêmes devraient s’en réjouir. »