Ile-de-France : nous avons testé les applis de covoiturage avec les naufragés de la grève

Les trajets via les applis de covoiturage explosent avec la grève. Mais il n’est pas toujours facile pour les passagers de trouver le bon conducteur au bon moment. Nous avons pris le volant pour tester ce service.

 Roissy, le 9 décembre. Jamaica a utilisé pour la première fois l’appli BlaBlaLines pour faire le trajet Aubervilliers-Roissy.
Roissy, le 9 décembre. Jamaica a utilisé pour la première fois l’appli BlaBlaLines pour faire le trajet Aubervilliers-Roissy. (LP/Jean-Gabriel Bontinck.)

« Votre présence m'arrange énormément ! » Evelyne, 28 ans, est soulagée. Il est plus de 22 heures, et elle vient de trouver un covoiturage pour l'emmener travailler le lendemain matin. Cette analyste de données dans la publicité qui vit au Bourget (Seine-Saint-Denis) et travaille dans le XIXe arrondissement de Paris, sortait de deux jours de télétravail au début de la grève. « Mon patron m'a demandé de faire en sorte d'être présente lundi matin, et je ne savais pas comment venir », explique-t-elle.

En temps normal, Evelyne emprunte un bus, puis la ligne 7 du métro entre La Courneuve et la porte de la Villette, et enfin le tram T3 jusqu'à Rosa Parks. Mais avec seulement 1 métro sur 3 et des bus et des trams en moins, elle redoutait d'affronter les transports. « J'ai vu sur le site Vianavigo que le covoiturage était gratuit les jours de grève », explique-t-elle. La jeune femme s'inscrit donc sur la plupart des plateformes partenaires, comme BlablaLines.

Covoiturage toujours en quête de conducteurs

Cette appli du géant du covoiturage BlaBlaCar est spécialisée dans le covoiturage courte distance, domicile-travail. Comme ses concurrents Klaxit, Karos, Covoit'ici et OuiHop, elle bénéficie de subventions d'Ile-de-France Mobilités, qui rendent le covoiturage gratuit pour les passagers les jours de grève, mais souffre d'un manque de conducteurs.

Récemment, Valérie Pécresse, présidente de la région et d'IDFM, appelait les automobilistes à « ouvrir leurs portières » pour faire enfin décoller le covoiturage. Ce que confirme Evelyne : « j'avais fait des demandes pour mes trajets Le Bourget - Paris depuis jeudi, mais personne ne me répondait, ou alors ils étaient annulés », déplore-t-elle.

Nous avons donc testé l'inscription sur les différentes plateformes en tant que chauffeur. Et, en renseignant un trajet très demandé de Saint-Denis vers Roissy, parallèle à un RER B qui fonctionne au ralenti, l'affluence ne s'est pas fait attendre. Quelques instants après une inscription de dernière minute, une multitude de passagers sont proposés. Il nous faut même décliner plusieurs trajets, après s'être engagé auprès de Jamaica, 23 ans.

Rendez-vous est pris à Aubervilliers dès 7 h 30 lundi 9 décembre pour un trajet vers la plateforme aéroportuaire, où la jeune femme travaille dans le commerce international, dans la zone cargo. Après un accident de la route il y a deux ans, Jamaica n'a pas racheté de voiture et emprunte les transports en commun (bus et RER) pour aller travailler. « Je n'ai pas le choix », explique-t-elle.

Ce premier trajet en covoiturage lui permettra d'être à l'heure au travail, dans un sens qui lui a permis d'échapper aux bouchons monstres de lundi dernier. Mais là aussi il lui a fallu attendre notre proposition de dernière minute, après plusieurs échecs essuyés depuis jeudi. « Beaucoup de chauffeurs ne veulent pas faire le détour par Aubervilliers », analyse-t-elle.

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C'est en effet la principale contrainte pour les conducteurs. Dans un trajet souvent déjà long et minuté, faire un crochet prendre un « covoit'» relève du geste de bon Samaritain. L'indemnisation du chauffeur par les plateformes (de 1 € à 5 € suivant les trajets) n'est pas forcément assez attractive pour tous.

Quinze fois plus de réservations

En ces jours sans transport en commun ou presque, Evelyne et Jamaica ne sont pas les seules à avoir eu l'idée du covoiturage. BlaBlaLines, par exemple, a enregistré dimanche 8 décembre 150 % d'inscriptions en plus par rapport à jeudi 5 décembre, date du début de la grève qui avait déjà vu le nombre d'inscrits multipliés par 25. Vendredi 6 décembre, l'appli revendiquait 206 000 inscrits et 600 000 trajets proposés chaque matin en Ile-de-France.

Même explosion chez les concurrents. Avec une conséquence malheureuse pour OuiHop : le trop-plein de connexions a semble-t-il fait planter l'application lundi 9 décembre. Karos (250 000 usagers actifs en France) effectue 3 fois plus de covoiturages par jour et a enregistré 50 000 inscrits supplémentaires depuis le 5 décembre. Le nombre de trajets en Ile-de-France enregistrés lundi 9 décembre était même 4 fois supérieur à celui du lundi précédent.

Et chez Klaxit, on revendique 45 000 nouveaux inscrits en deux semaines (25 000 cette semaine), avec un pic de 5000 inscrits sur la seule journée de dimanche 8 décembre. En moyenne la semaine dernière, il y a eu 15 fois plus de réservations qu'en période normale ! Klaxit appelle désormais « les conducteurs à s'inscrire et à prendre plusieurs passagers à leur bord pour absorber la forte demande de passagers ». En effet, depuis le 25 novembre, le déséquilibre passagers/conducteurs s'est accru sur cette plateforme, passant de 60/40 à 80/20.

Comment ça marche ?

C'est très simple. Il faut commencer par télécharger les applications (BlaBlaLines, Klaxit, Karos, Covoit'ici ou OuiHop) sur son smartphone. Et indiquer quelques informations sommaires sur vous. Pensez à la photo, c'est plus rassurant pour votre compagnon de route.

Ensuite, si vous êtes passager, indiquez votre trajet et votre heure, ainsi que le jour de la semaine. En une seconde, l'appli vous proposera une série de conducteurs qui passent, à peu près, sur la même route et à la même heure que vous. Vous en sollicitez un ou plusieurs, avec un message type ou personnalisé, et vous attendez sa réponse. S'il est d'accord, le conducteur vous répond. N'hésitez pas à l'appeler ou lui envoyer un message pour faciliter vos retrouvailles, et c'est parti ! Même pas besoin de payer, le trajet est pris en charge par l'appli et Ile-de-France Mobilités.

Même fonctionnement si vous êtes conducteur : vous entrez votre trajet et vos horaires, et l'appli vous propose des passagers qui ont demandé des trajets dans votre secteur. Si le lieu et l'horaire vous conviennent, vous acceptez et vous passez prendre votre compagnon de route. Vous pouvez aussi vous échanger des messages ou vous appelez pour préciser votre lieu de rendez-vous. Une fois le trajet effectué, vous percevez sur votre compte la somme prévue, après avoir renseigné vos coordonnées de carte bleue au préalable.

Vous pouvez même désormais prendre deux ou trois passagers. Si vous êtes trois ou plus, vous aurez même le droit d'emprunter les voies dédiées au bus de l'A1, l'A6, l'A10 et l'A12.

 
Île-de-France & Oise