Ile-de-France : l’écotaxe poids lourds va-t-elle faire son retour ?

Le conseil des ministres propose ce mercredi que les régions puissent instaurer une vignette poids lourds. La présidente de l’Ile-de-France, Valérie Pécresse, et le président de l’Essonne, François Durovray, y sont favorables. Mais difficile de l’imaginer avant 2023.

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 Paris (16e), le 12 mai 2014. Si les portiques Ecotaxe ont finalement été démontés sur le périphérique, la taxation des camions en transit pourrait refaire surface via l’instauration d’une vignette poids lourds.
Paris (16e), le 12 mai 2014. Si les portiques Ecotaxe ont finalement été démontés sur le périphérique, la taxation des camions en transit pourrait refaire surface via l’instauration d’une vignette poids lourds. LP/Olivier Corsan

Attention, serpent de mer! Le sujet de l'écotaxe revient en force. L'idée de faire payer le passage de véhicules sur les routes pour réduire l'impact carbone et financer la transition écologique refait surface. En Ile-de-France, des élus de premier plan, dont la présidente de région (Libres!) Valérie Pécresse et le président (LR) du conseil départemental de l'Essonne François Durovray, appellent à taxer au plus vite les poids lourds en transit dans la région.

Une possibilité justement rendue possible par le projet de loi sur le climat présenté ce mercredi au conseil des ministres. Parmi les propositions de la convention citoyenne sur le climat reprises dans ce projet de loi, figure en effet la « possibilité pour les régions de créer une écotaxe routière ».

«Il faut une fiscalité carbone»

Valérie Pécresse se réjouit : « Depuis le début, je suis convaincue par cette solution. J'avais signé le contrat Ecomouv' avec Jean-Louis Borloo, avant que François Hollande ne cède face aux bonnets rouges. Cela a coûté un milliard. Les portiques ont été démontés. Ce n'est pas glorieux… Aujourd'hui, le gouvernement a raison de faire revenir ce sujet. Si on veut réindustrialiser la France, produire local et être plus compétitif, il faut une fiscalité carbone. »

Pour l'Ile-de-France, Valérie Pécresse préconise une écotaxe sur les poids lourds en transit. « Je suis prête à la mettre en place, si l'Etat me donne les compétences sur les routes d'intérêt national et régional que sont les autoroutes pénétrantes A1, A3, A4, A6, et la Francilienne, l'A86 et le boulevard périphérique. » Elle promet que le produit de cette taxe, qu'elle évalue à 150 millions d'euros, serait en partie reversé aux entreprises de transports pour convertir les camions aux énergies propres, et permettrait aussi de financer l'entretien des routes et un réseau de bornes de recharges électriques ou de stations de biogaz.

Vignette plutôt qu'écotaxe

François Durovray est sur la même ligne. Dans un rapport sur les mobilités en grande couronne qu'il présente ce mercredi, le président du conseil départemental de l'Essonne fait de l'écotaxe poids lourds l'une de ses mesures phares. Il regrette l'abandon du dispositif de 2014, « un échec avant tout politique », et estime « légitime que les poids lourds contribuent à l'entretien et au développement des infrastructures de transports ». L'écotaxe proposée, qui « devrait intégrer le principe de pollueur-payeur », « favoriserait un rééquilibrage des conditions de concurrence entre le fret routier et ferroviaire », ajoutent les auteurs du rapport (5 élus LR et 3 élus LREM de l'Essonne).

François Durovray défend aussi un « plan Marshall » pour les investissements dans les transports en grande couronne, une généralisation des voies dédiées aux transports en commun sur les autoroutes et des réductions tarifaires pour les 5 millions d'habitants de cette grande banlieue mal desservie.

Concernant l'écotaxe toutefois, pas sûr qu'elle puisse revoir le jour rapidement comme l'espèrent les élus de la région. Matignon en précise les contours : il s'agit en réalité d'une « vignette poids lourds, fondée sur un montant forfaitaire annuel pour autoriser les camions à rouler », et non pas d'une écotaxe, qui suppose une taxe proportionnelle aux kilomètres parcourus, précise-t-on au cabinet de Jean Castex.

Pas avant deux ans

Au-delà de cette subtilité, un autre obstacle se présente avant la, mise en place de la taxation des poids lourds. Si le projet de loi « permet au gouvernement de légiférer par ordonnance afin de mettre ce dispositif en place », la décision est « à la main des régions », explique-t-on à Matignon. Une décision qui s'inscrit dans le mouvement de décentralisation. « A partir du moment où les régions peuvent prendre en charge l'exploitation et l'entretien des routes, il est logique qu'elles puissent aussi avoir à leur main les outils de financement associés », indique-t-on.

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Or, pour le moment, le projet de loi de décentralisation, dit 4D, est au point mort. Selon certains élus, il n'est plus du tout sûr qu'il soit sur la table d'ici la fin du quinquennat. Ce qui fait dire à Valérie Pécresse que la possibilité de récupérer l'exploitation des routes franciliennes, et d'y instaurer une vignette poids lourds, ne sera pas possible « avant au moins deux ans ».

Mesure inefficace, selon les transporteurs

Il faudra aussi compter avec le mécontentement des transporteurs qui, on s'en souvient, avait fait reculer le gouvernement de l'époque en 2014. Les organisations professionnelles du transport routier de marchandises n'ont pas manqué de réagir. Elles dénoncent dans un communiqué commun cette mesure « inefficace d'un point de vue environnemental et mortifère sur le plan économique ». « Alors que la fiscalité du transport routier de marchandises n'a cessé d'augmenter ces 30 dernières années, sa part modale n'a jamais été aussi élevée passant de 67 % en 1985 à 89 % aujourd'hui – pour seulement 6 % des émissions de CO2. Il n'existe donc pas de corrélation entre la hausse de la fiscalité du secteur et un éventuel report modal vers des modes de fret alternatifs », estiment-elles.