Grand Paris : les taxis volants prêts à décoller pour les J.O ?

Cette fois-ci, le projet prend vraiment son envol. L’aérodrome de Cormeilles-en-Vexin (95) a été choisi pour tester et développer les futurs taxis aériens des grands constructeurs aéronautiques.

Luc Besson les avait imaginés en l'an 2263, dans son film le Cinquième Élément, avec Bruce Willis comme pilote. En Ile-de-France, les taxis volants pourraient bien avoir 242 ans d'avance. Et ce sont les habitants du parc national du Vexin, qui les découvriront les premiers dès juin 2021.

C'est ce qu'ont annoncé, ce mercredi après-midi, Aéroports de Paris (ADP), la région Ile-de-France et la RATP. L'aérodrome de Cormeilles-en-Vexin, dans le Val-d'Oise, a été choisi pour accueillir cette nouvelle filière de « Mobilité aérienne » et devenir ainsi le laboratoire d'expérimentation : « Nous voulons que l'Ile-de-France soit le lieu où s'invente le futur. Et nous devons saisir l'occasion du plan de relance et des Jeux olympiques de 2024 pour développer cette filière du véhicule électrique à décollage vertical », sourit Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France.

Cormeilles-en-Vexin. Le taxi volant électrique de Volocopter réalisera ses tests expérimentaux sur l’aérodrome du Val-d’Oise./LP/Jila Varoquier
Cormeilles-en-Vexin. Le taxi volant électrique de Volocopter réalisera ses tests expérimentaux sur l’aérodrome du Val-d’Oise./LP/Jila Varoquier  

« Mais nous avons besoin de connaître les besoins de cette filière, ses problématiques, son acceptabilité auprès des riverains, etc. », poursuit-on chez ADP. « Et le site de Cormeilles-en-Vexin est idéal pour la première phase de test, précise Edward Arkwright, directeur général exécutif du groupe ADP. Il dispose déjà de pistes, de services d'aviation civile, de zones prioritaires, il y a des riverains d'un côté et pas de l'autre. C'est la zone rêvée pour tester tous les usages de cette nouvelle mobilité aérienne ».

Catherine Guillouard (PDG RATP) et Valérie Pécresse (présidente de la région Ile-de-France) montent à bord du Volocity, la dernière version du taxi volant de Volocopter./LP/Jila Varoquier
Catherine Guillouard (PDG RATP) et Valérie Pécresse (présidente de la région Ile-de-France) montent à bord du Volocity, la dernière version du taxi volant de Volocopter./LP/Jila Varoquier  

Premiers vols expérimentaux en juin 2021

Dès ce mercredi, les nombreux constructeurs qui se sont lancés dans la réalisation de prototypes de taxis volants, comme Airbus, pourront postuler auprès d'ADP. Et les 3 à 5 qui seront choisis mi-décembre pourront disposer de ce terrain de jeux grandeur nature pour tester leur appareil.

Les premiers vols expérimentaux pourraient débuter à Cormeilles dès juin 2021. Mais l'objectif visé - et martelé par Valérie Pécresse - reste les Jeux olympiques 2024 : « A cette occasion, nous voulons un démonstrateur à donner à voir au milliard de spectateurs des JO », espère la présidente de région.

VIDÉO. Taxis volants : les constructeurs vont tester leurs prototypes dans le Val-d'Oise

Une offre commerciale en 2030

Et la RATP, également partenaire du projet pour l'aspect exploitation de lignes, imagine déjà une offre commerciale en 2030, « Cela nous semble tout à fait raisonnable », estime Marie-Claude Dupuis, directrice de l'innovation à la RATP. Une dizaine de « vertiports », c'est-à-dire des lieux où les passagers embarqueront dans ces engins à décollage vertical, répartis dans toute l'Ile-de-France suffiraient à débuter ce réseau de taxis aériens. « Nous avons beaucoup d'emprises (gares, dépôts de bus, etc) qui nous permettront d'accueillir ces infrastructures », ajoute-t-elle.

Cormeilles-en-Vexin. Le taxi volant électrique de Volocopter comporte de nombreuses batteries./LP/Jila Varoquier
Cormeilles-en-Vexin. Le taxi volant électrique de Volocopter comporte de nombreuses batteries./LP/Jila Varoquier  

Le service aux particuliers n'est d'ailleurs pas le seul usage imaginé par les partenaires : « Nous pensons aussi aux urgences sanitaires, aux usages d'affaires, de tourisme, de désenclavement des territoires et d'autres encore à imaginer, poursuit Catherine Guillouard, PDG du groupe RATP, qui précise toutefois : « On ne remplacera jamais un RER, qui - par exemple pour le RER A - transporte 1,4 million de passagers par jour. Mais ce sont des usages complémentaires et nécessaires ».

La firme allemande Volocopter, déjà sur place

Pour donner un aperçu de ce futur en construction, la firme Volocopter a dévoilé sur place, sa dernière version de Volocity, l'un des prototypes de taxis aériens les plus avancés au monde, qu'elle devrait perfectionner à Cormeilles-en-Vexin. À mi-chemin entre un drone et un hélicoptère, l'engin électrique a déjà réalisé plusieurs vols à Stuttgart, Helsinki ou encore Singapour : « Il a été conçu pour transporter des gens en milieu urbain, et leur permettre de gagner du temps et d'avoir une durée de parcours fiable puisque au-dessus des bouchons », détaille Fabien Nestmann, porte-parole de Volocopter.

Le CityAirbus d’Airbus fait également partie des prototypes expérimentés en ce moment./DR
Le CityAirbus d’Airbus fait également partie des prototypes expérimentés en ce moment./DR  

Airbus travaille aussi sur son CityAirbus

L'appareil pourrait voler à environ 400 mètres d'altitude, « même si cela dépend de la hauteur des bâtiments », poursuit le spécialiste. Et à 110 km/h et avec 35 kilomètres d'autonomie, « On estime que le Volocity permettra de réduire le temps de trajet de 40 à 60 % en fonction du trafic », poursuit Fabien Nestmann. Son bruit est réduit par rapport à l'hélicoptère, soit 65 dB au décollage. Quant au coût, « nous ne voulons pas dépasser les tarifs d'un taxi premium, assure le porte-parole. Ainsi, un trajet entre Paris centre et un aéroport devrait coûter entre 60 et 70 euros ». La firme a d'ailleurs déjà ouvert les réservations pour des vols en 2022 ou 2023.

Comme Volocopter, plus d'une centaine de projets de taxis aériens sont lancés dans le monde. A commencer par Airbus et son CityAirbus, qui a déjà volé cinq minutes sans pilote, fin 2019. Le Français a d'ailleurs lui aussi signé un partenariat avec la RATP et ADP, lors du salon du Bourget 2019. Ils avaient, ensemble, annoncé la création de deux couloirs aériens de taxis volants, qu'ils expérimenteraient pour les Jeux olympiques 2024.