Grand Paris : et si vous remplaciez votre voiture familiale par un vélo cargo ?

La réduction de la place de la voiture en ville booste les ventes de vélos cargos électriques. Ces engins bénéficient d’une aide à l’achat de 600 euros et peuvent remplacer la voiture pour faire ses courses ou transporter ses enfants.

Ce n'est pas une blague. Ni même une lubie d'écolo illuminé. C'est même en passe de devenir une solution très sérieusement envisagée, voire déjà adoptée, par des habitants de plus en plus nombreux du Grand Paris. Remplacer une voiture de la famille par un vélo, « c'est vraiment possible », assurent en chœur revendeurs, motoristes ou industriels du secteur du vélo.

La semaine dernière se tenait le salon Vélo in Paris. Nous sommes allés à la rencontre de ces promoteurs du vélo cargo. Voici quelques-uns de leurs arguments en réponse aux critiques le plus souvent entendues, pour tenter de vous convaincre d'abandonner la voiture au profit de ces drôles d'engins que nous avons pu tester.

«Un vélo ne peut pas transporter les courses et les enfants. » « Si, pour les deux, c'est désormais possible, assure Harald Marzolf, directeur Europe de la marque Yuba. Toutes ces objections peuvent être balayées. Nous avons des vélos qui peuvent correspondre à la deuxième voiture d'un foyer. » Dans la gamme Yuba, les vélos peuvent en effet supporter des charges allant jusqu'à 180 à 250 kg, suivant les modèles. Divers systèmes (paniers, porteur à l'avant, sièges ou banquettes à l'arrière, voire les deux combinés), avec des dispositifs de sécurité ou des sacoches adaptées, permettent de transporter de gros volumes de marchandises ou de bagages, mais aussi des enfants, voire des adultes en plus du conducteur. « En fait, c'est un utilitaire », appuie Richard Mazy, de la chaîne de magasins Cyclable à Paris, qui a lancé il y a un an sa première boutique 100 % vélos cargos, dans le XVIe arrondissement. « Au départ, on le prend pour les enfants. Et puis on se rend compte que l'on peut facilement aller au boulot avec. Puis on ramène des courses. 70 % du temps, les clients l'utilisent sans les enfants ». « En fait c'est comme un break », résume Harald Marzolf.

Vélo cargo de la marque Yuba. Modèle "supercargo" (1 à 4 passagers, 2,60 m de long, moteur Bosch), vendu à partir de 4750 euros./(DR.)
Vélo cargo de la marque Yuba. Modèle "supercargo" (1 à 4 passagers, 2,60 m de long, moteur Bosch), vendu à partir de 4750 euros./(DR.)  

«Je ne saurai pas piloter ça .» L'assistance électrique a tout changé. Avec des moteurs de 500 Wh et une aide enclenchée dès le premier coup de pédale, les gros mollets ne sont plus indispensables, même pour transporter 200 kg. « Pour remplacer l'usage de la voiture, nous avons conçu des motorisations de cargo avec du couple et de la puissance dès le début », explique Guillaume Heinrich, directeur marketing de Bosch eBike Systems, qui a lancé cette année une gamme de moteur électrique spécialement pour les vélos cargos. En plus de l'assistance, le pilotage de ces vélos s'est simplifié. « Au plus le centre de gravité est bas, au plus le pilotage sera facile », résume Harald Marzolf. L'émergence des « long tails » est un signe de cette simplification. Ces vélos rallongés à l'arrière, plus facile à piloter, prennent le pas sur les cargos avec porteur à l'avant. « Il y a 7 ans, quand on a lancé le vélo cargo dans notre premier magasin à Nation, c'était des cargos hollandais assez lourds, pour moitié non électriques. Aujourd'hui, on vend surtout des longs tails, plus adaptés pour les familles urbaines », explique Richard Mazy.

Paris, le 22 septembre. Tests de vélos cargos. Ici le supercargo de la marque Yuba./(LP./J.G.B.)
Paris, le 22 septembre. Tests de vélos cargos. Ici le supercargo de la marque Yuba./(LP./J.G.B.)  

«Je vais perdre du temps et je ne pourrai pas le stationner.» Cela dépend de vos trajets, mais, au moins dans Paris intra-muros, avec la multiplication des pistes cyclables, le vélo est devenu le moyen de transport le plus rapide. Mais le stationnement de ces engins pouvant aller jusqu'à 2,60 m de long peut en effet constituer un problème. Richard Mazy conseille de conserver sa place de parking, quand on en a une. « De plus en plus de clients font cela : ils n'ont plus de voiture, en louent parfois pour les week-ends, mais gardent leur place de parking pour leur vélo ». Sinon, il existe désormais des « short tails », des vélos rallongés mais un peu plus courts (environ 2 mètres), qui ont aussi la particularité de se redresser pour se garer à la verticale, comme les modèles Kiffy Capsule ou GSD de chez Tern. « C'est pratique dans les cours d'immeuble ou les locaux vélos », explique Mathieu, vendeur chez Cyclable.

Paris, le 22 septembre. Devant la boutique Cyclable spécialisée en vélos cargos, Mathieu, le vendeur, présente ce vélo de marque GSD capable de stationner à la verticale, pour gagner de la place./(LP/Jean-Gabriel Bontinck.)
Paris, le 22 septembre. Devant la boutique Cyclable spécialisée en vélos cargos, Mathieu, le vendeur, présente ce vélo de marque GSD capable de stationner à la verticale, pour gagner de la place./(LP/Jean-Gabriel Bontinck.)  

« Et s'il pleut ? ». C'est la question qui fâche les cyclistes, et pas seulement les promoteurs du vélo-cargo. Harald Marzolf évacue le problème : « il ne pleut que 5 jours par an à Paris », affirme-t-il. Il n'empêche qu'il vaut mieux s'équiper pour s'éviter de finir trempé après une grosse averse. Les accessoires sont nombreux. Il sera plus facile de protéger vos enfants ou vos marchandises dans la caisse d'un cargo avec porteur à l'avant. Des tentes de protections existent pour tous les modèles. Certaines aussi, comme chez Yuba, peuvent s'adapter sur les sièges arrière d'un long tail. Sinon, c'est la bonne vieille cape de pluie qu'il faut prévoir, pour soi et les personnes que l'on transporte.

Paris, le 22 septembre. Un vélo cargo en mode "long tail" (chargement à l'arrière), de la marque Yuba, présenté au salon Velo in Paris./LP/Jean-Gabriel Bontinck.)
Paris, le 22 septembre. Un vélo cargo en mode "long tail" (chargement à l'arrière), de la marque Yuba, présenté au salon Velo in Paris./LP/Jean-Gabriel Bontinck.)  

« Ça doit coûter une fortune ». Cela n'est pas donné, effectivement. En version électrique, les prix vont de 3 250 euros environ pour le premier prix (short-tail de 1,90 m Boda Boda de chez Yuba) à près de 10 000 euros pour le cargo hyper connecté de Riese & Müller. Il faut compter aussi des frais supplémentaires suivant les équipements que vous souhaitez (protections, paniers, sacoches, sièges enfants, cale-pieds, barres de protection…). Un budget qui s'approche au final de celui d'une voiture d'occasion, que les vélos-cargos ambitionnent de remplacer. Et ici, pas de dépense de carburant. A noter que la région Ile-de-France offre 600 euros, sans condition de ressource, pour tout achat de vélo cargo électrique. La région va aussi proposer un Véligo Cargo en location d'ici la fin d'année.

Le business est en tout cas en pleine croissance. Autrefois marché de niche dans le secteur du vélo, le cargo grimpe en flèche. Chez Cyclable (une douzaine de magasins à Paris et en banlieue), la part du cargo est passée de 13 % à 18 % du chiffre d'affaires total entre 2018 et 2019. La croissance des ventes de cargo était de 117 % sur cette période. Et ça continue en 2020 : entre janvier et août, les ventes augmentaient encore de 88 %. Même si ces chiffres ne représentent encore que 363 cargos vendus par Cyclable à Paris sur la période, la hausse est exponentielle.

Paris, le 22 septembre. Essais de vélos cargos et de long tails de différentes marques, avec un moteur électrique Bosch. LP/Jean-Gabriel Bontinck.
Paris, le 22 septembre. Essais de vélos cargos et de long tails de différentes marques, avec un moteur électrique Bosch. LP/Jean-Gabriel Bontinck.