Covid-19 : les chauffeurs de bus de la RATP s’étonnent de devoir vendre à nouveau des tickets

La vente de tickets à l’unité à bord des bus avait été suspendue au pic de l’épidémie de Covid. Elle reprend progressivement, mais les syndicats s’inquiètent, estimant qu’elle fait courir aux chauffeurs des risques de contamination.

 La CGT RATP BUS dénonce les risques de contamination et d’agression qui pèsent sur les conducteurs depuis la remise en place, à titre expérimental, de la vente de tickets à l’unité à bord.
La CGT RATP BUS dénonce les risques de contamination et d’agression qui pèsent sur les conducteurs depuis la remise en place, à titre expérimental, de la vente de tickets à l’unité à bord.  LP/Olivier Lejeune

C'est un peu à contre-courant, en cette période d'alerte maximale sur le front du Covid-19 à Paris et en petite couronne. Mais discrètement, depuis lundi, les conducteurs des bus RATP peuvent à nouveau vendre des tickets à l'unité aux passagers, alors que la vente à bord avait été arrêtée en plein pic épidémique.

Afin de limiter les échanges, une trappe a été installée sur le Plexiglas qui sépare la cabine du machiniste et le client. Du gel hydroalcoolique permet aussi à l'agent de tout nettoyer après la transaction.

« Cette vente à bord a repris lundi dernier à titre expérimental à la demande de l'autorité organisatrice des transports, IDFM, sur 32 des 338 lignes et doit durer quinze jours », détaille la RATP.

«Limiter les pertes financières»

En effet, dans un courrier en date du 7 juillet dernier, Valérie Pécresse, présidente d'IDFM, a demandé à la RATP — et aux opérateurs de bus en Ile-de-France — « pour limiter les pertes financières » de permettre « un paiement des titres sur tous les modes et notamment les bus ». Le courrier précise qu'il faut « bien évidemment prendre toutes les précautions pour assurer la sécurité sanitaire des conducteurs et des voyageurs ».

D'autres réseaux de bus en Ile-de-France ont déjà rétabli la vente à bord. Sur les lignes Keolis, le 1er septembre : « Mais la situation sanitaire ne cesse d'évoluer et nous restons attentifs », assure Youenn Dupuis, directeur général adjoint de Keolis, en charge de l'Ile-de-France. Et dès la fin juillet, dans les bus du réseau Transdev, avec obligation pour les clients de faire l'appoint. Les machinistes récupèrent la monnaie dans des gobelets.

Risque de contamination et temps de parcours rallongés

Mais à la régie parisienne, certains syndicats s'inquiètent de cette expérimentation en plein rebond de Covid 19. « Vu le contexte sanitaire, absolument rien ne justifie cette reprise des ventes à bord », s'étonne la CGT RATP Bus dans un tract.

« Il n'y a pas que les risques de contamination, ajoute Olivier Terriot, délégué syndical CGT RATP Bus. Chaque vente prendra entre une minute et 1'30 Sur certaines lignes, comme la 91, il y a 70 ventes à bord, soit une heure de plus de temps de parcours. Cela risque de créer encore plus de tension à bord, avec les autres usagers de la route. Dans certains secteurs, où il n'y a qu'une seule file de circulation, les usagers de la route ont vite fait de se prendre la tête avec les machinistes ! »

Les médecins du travail de la RATP le déconseillent

C'est d'ailleurs ce que relèvent les médecins du travail du périmètre bus de la RATP, dans un courrier du 28 septembre adressé à la direction, allant même jusqu'à déconseiller la reprise : « Il y a le risque de transmission interhumaine du coronavirus, qui peut avoir lieu à travers la manipulation d'objets potentiellement infectés (pièces de monnaie, tickets, billets) », mais aussi les « accidents de travail par chute en montant/descendant du poste de conduite, les troubles musculo-squelettiques lors de la manipulation répétée du frein de parc sur certains matériels », et « les risques d'agression du fait de l'immobilisation du bus au moment des transactions et de l'augmentation inévitable du temps de trajet ».

Mais de son côté, la RATP affirme que « l'objectif est de s'assurer que les conditions d'hygiène et d'exploitation sont réunies ». Elle précise également qu'à l'issue des quinze jours, « IDFM et la RATP, en accord avec la médecine du travail, décideront si toutes les conditions sont réunies pour reprendre la vente de tickets à bord des bus ».

En 2019, la vente à l'unité a rapporté 50 millions d'euros

IDFM, qui reconnaît que ces situations peuvent poser des problèmes sur la régularité et générer des inquiétudes, rappelle qu'elle a fait la demande dès le mois de juillet. « C'est un service essentiel aux Franciliens », ajoute l'autorité régulatrice, donnant les derniers chiffres.

En septembre 2020, en grande couronne, 440 000 tickets à l'unité ont été vendus. Et en 2019, sur l'ensemble des bus d'Ile-de-France, c'est 25 millions de tickets soit une recette de 50 millions d'euros. Pour IDFM, « c'est aussi un élément de la politique de lutte contre la fraude », qui ajoute que « la dématérialisation » sera encouragée et qu'en attendant qu'elle entre dans les mœurs. « S'il faut des ajustements, nous laisserons le temps aux opérateurs », précise IDFM.

Des systèmes de vente de tickets dématérialisés

En effet, plusieurs systèmes de vente dématérialisés ont été mis en place. La vente par SMS, d'abord, qui a été déployée sur l'ensemble des lignes RATP, depuis quelques mois. Il suffit d'envoyer un texto avec Bus + le numéro de la ligne au 93800. L'usager reçoit un texto qui fait office de titre de transport. 2 euros sont débités sur le forfait téléphonique.

On peut également acheter un ticket à l'unité directement sur l'application RATP, si le téléphone est compatible. Une fois le système installé, n'importe quel titre de transport peut être payé puis chargé sur son mobile. Il suffit ensuite de passer le téléphone sur les bornes pour valider le titre. Un reçu est également envoyé à l'adresse mail du détenteur de l'appareil.

VIDÉO. Prendre le métro à l'heure du coronavirus : « Je n'ouvre plus la porte de la rame ! »