Centrale de réservation, offre améliorée : vers une régionalisation du service de transport adapté aux handicapés

Les 12 000 usagers du PAM se plaignent de nombreux dysfonctionnements. Un voeu sera voté ce jeudi par Ile-de-France Mobilités pour harmoniser les règles au niveau régional.

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 Le Service transports de personnes handicapées PAM 75 (Pour Aider à la Mobilité) a été lancé en 2003. En 2019, 500 trajets sont réalisés chaque jour avec 150 chauffeurs spécialisés de Kéolis.
Le Service transports de personnes handicapées PAM 75 (Pour Aider à la Mobilité) a été lancé en 2003. En 2019, 500 trajets sont réalisés chaque jour avec 150 chauffeurs spécialisés de Kéolis. LP/Sebastian Compagnon

Des demandes de transport annulées en dernière minute. Des trajets « groupés » rallongés et des retards conséquents... Ou encore des sorties refusées car jugées « non-prioritaires »… Depuis 2019, le collectif « Roulettes en colère » dénonce les nombreux dysfonctionnements du PAM, le service « Pour Aider à la Mobilité », géré aujourd'hui de façon distincte par chaque département d'Ile-de-France.

Lancé en 2003, ce service de transport à la demande disposant des véhicules adaptés pour les fauteuils roulants, est ouvert aux voyageurs souffrant d'une invalidité de 80 % et plus. Alors que moins de 40 % du réseau ferroviaire francilien seulement est aujourd'hui accessible aux personnes à mobilité réduite, le PAM reste un passage obligé pour des milliers de personnes handicapées devant se rendre au travail, à des rendez-vous médicaux, ou à toute autre activité.

Environ 12 000 Franciliens utilisent le PAM chaque année, pour un total de 730 000 déplacements (avant le Covid). Alertés par les usagers et leurs familles, souvent très mécontents, la région et l'autorité des transports franciliens, Ile-de-France Mobilités, ont procédé à un audit en 2020 pour évaluer l'ampleur des problèmes rencontrés. « Nous avons eu 2 500 répondants sur les 12 000 usagers, ce qui est un bon panel. 75 % se disent satisfaits. Mais cela veut dire qu'un quart ne le sont pas, et qu'il faut absolument améliorer le service », observe Stéphane Beaudet (ex-LR), le vice-président du conseil régional en charge des transports.

Une «centrale de réservation unique» en 2022 ?

Parmi les griefs principaux : le manque de ponctualité des trajets, la mauvaise information des voyageurs et des tarifs qui varient beaucoup d'un département à l'autre. Et encore ! Selon Roulettes en colère, « les résultats de l'audit ne reflètent pas ce que l'on constate dans la réalité », pointe Simon Schmidt, porte-parole et adhérent de l'Association des paralysés de France (APF). « Dans bien des cas, il faut réserver son trajet trois semaines à l'avance. Et il peut être annulé en dernière minute, sans explication ! Surtout, l'audit ne détaille pas les fortes inégalités de qualité de service entre les départements et ne pose pas la question des moyens alloués », regrette-t-il.

Pour fiabiliser le PAM et mieux adapter l'offre aux besoins des usagers, la région et IDFM souhaitent « simplifier » et « harmoniser » le règlement du service à l'échelle de l'Ile-de-France. Dès 2022, IDFM ambitionne de mettre sur pied une « centrale de réservation unique ». Ce vœu fera l'objet d'un vote ce jeudi lors du conseil d'administration d'IDFM.

Politiquement sensible

IDFM et la région voudraient aller vers une « régionalisation progressive » du PAM, au même titre que les transports publics dont bénéficient les personnes valides. « 30 % des trajets se font entre deux départements. Il faut un socle de règles communes, pour offrir un service de même qualité partout, avec des tarifs identiques », plaide Stéphane Beaudet.

Contrairement aux autres offres de transports publics, le PAM échappe aujourd'hui à cette gestion régionale, car le handicap relève des compétences sociales des départements. Le dossier est politiquement sensible. « Certains départements n'accepteront pas de perdre cette compétence tout en continuant de payer… Mais les choses ont l'air d'avancer et il faut rester positifs », estime Simon Schmidt.

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Le budget du PAM, d'environ 40 millions par an, est actuellement partagé entre la région, les départements, IDFM (11 millions d'euros chacun), les recettes des usagers (5 millions d'euros) et d'autres subventions (2 millions d'euros). « Une amélioration de l'offre passe nécessairement par une hausse des moyens », insiste Simon Schmidt. Pour atteindre cet objectif, la région et IDFM devront sans doute augmenter leur participation financière, pour obtenir des opérateurs des prestations de meilleure qualité.