CDG Express, ligne 17, A104… Les futurs accès à Roissy maintenus malgré la baisse du trafic aérien ?

Roissy-Charles-de-Gaulle ne prévoit de retrouver que la moitié de ses 76 millions de voyageurs habituels en 2021. Le débat fait rage sur le maintien ou non des coûteux projets de métro et train direct vers l’aéroport.

 Les deux tiers des passagers de l’aéroport viennent par la route. Paris Aéroports souhaite que 50 % viennent en transports en commun à l’avenir. Mais les projets de train et de métro avancent au ralenti.
Les deux tiers des passagers de l’aéroport viennent par la route. Paris Aéroports souhaite que 50 % viennent en transports en commun à l’avenir. Mais les projets de train et de métro avancent au ralenti. LP/Olivier Boitet

Le train CDG Express suspendu par une décision du tribunal administratif de Montreuil, la future ligne 17 du métro vers Roissy ralentie par le même tribunal, et une crise sanitaire sans précédent qui fait perdre au transport aérien les trois quarts de ses clients : les temps sont durs en ce moment pour l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle.

Le groupe Paris Aéroports (ex-ADP) vient de publier ses prévisions pour l'an prochain. Il ne pense retrouver qu'entre 45 % et 55 % de ses clients de 2019 à Roissy (ils étaient alors 76,2 millions sur l'année). Après une année noire (chute de 68 % du nombre de passagers), il espère « une reprise du trafic lente et progressive à partir d'avril 2021 et l'absence de nouvelles restrictions aux voyages à partir de l'été 2021 ».

Dans ces conditions difficiles, faut-il toujours maintenir les projets pharaoniques censés améliorer les accès à la deuxième plateforme aéroportuaire d'Europe ? Et ce d'autant que le train direct CDG Express (1,6 milliard d'euros), comme la future ligne 17 du métro (2,2 milliards d'euros), ont récemment subi des revers judiciaires de la part d'opposants ?

«Retour du trafic à partir de 2024»

« Parce qu'il y a baisse du trafic aérien aujourd'hui, il ne faudrait plus se pencher sur la question des accès? C'est quelque chose qu'on a du mal à comprendre », estime Edward Arkwright, directeur général du groupe Paris Aéroports, qui voit dans les récentes annonces sur les tests aux aéroports et les vaccins quelques raisons d'espérer. « La totalité des aéroports européens s'accordent sur un retour du trafic à partir de 2024. Et CDG Express est prévu pour fin 2025. »

CDG Express, ligne 17, A104… Les futurs accès à Roissy maintenus malgré la baisse du trafic aérien ?

Paris Aéroports souhaite donc toujours soutenir plusieurs projets de front, afin notamment de faire baisser de 67 % à 50 % la part de la route dans les accès à Roissy et diminuer l'engorgement de l'A1. CDG Express, ligne 17 du métro Grand Paris Express et prolongement de l'autoroute A104 à l'Est de l'aéroport : voici le point sur trois projets majeurs qui ont bougé ces jours-ci.

CDG Express : stop ou encore ?

Les opposants au projet de ce train direct entre Roissy et la gare de l'Est, prévu pour 2025, ont obtenu une grande victoire la semaine dernière avec l'annulation d'un arrêté autorisant les travaux par le tribunal administratif de Montreuil. Le chantier en cours, notamment la création de 6 km de voies nouvelles à Mitry-Mory (Seine-et-Marne) ou des rénovations de pont ou des rails en Seine-Saint-Denis et porte de la Chapelle, en parallèle du RER B, sont donc arrêtés.

Paris Aéroports, SNCF Réseau et la Caisse des dépôts, actionnaires de CDG Express, grâce à un prêt consenti par l'Etat, envisagent un appel qui suspendrait la décision et permettrait de reprendre les travaux. Il faudra sans doute encore quelques jours pour préparer les arguments auprès de la cour administrative d'appel.

Les opposants, comme la maire PCF de Mitry-Mory à l'origine du recours, entendent profiter de cette victoire en justice pour demander l'abandon complet du projet, qu'ils estiment injustes car non accessibles aux usagers du quotidien, et font circuler une pétition sur le sujet.

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ADP continue de croire en ce projet « déclaré d'utilité publique, confirmé par le Conseil d'Etat et la Commission européenne et soutenu par trois Présidents de la république successifs », rappelle Edward Arkwright. Qui rappelle aussi que les travaux de CDG Express amélioreront la fiabilité du RER B. Les arguments des uns et des autres s'affronteront sans doute à nouveau prochainement devant la justice.

Ligne 17 du métro : la Société du Grand Paris étudie la reprise du chantier

Cette ligne de métro doit relier Saint-Denis Pleyel au Mesnil-Amelot, via Le Bourget et Roissy, d'ici 2030. Le tronçon Pleyel-Le Bourget, commun avec la ligne 16, est bien en travaux, même si la crise a causé des retards qui repoussent ce métro après les JO 2024.

Entre Le Bourget et Roissy, la ligne 17 Nord, en revanche, a vu ses travaux suspendus l'an dernier après une autre décision du tribunal de Montreuil, saisi par des associations environnementales. Celles-ci contestaient notamment la construction d'une gare en pleins champs à Gonesse (Val-d'Oise), alors que le projet EuropaCity était abandonné dans le secteur.

Ce jeudi, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé cette décision pour une raison de forme, estimant que ce projet relevait de la cour administrative de Paris, compétente pour tous les projets d'urbanisme et de transports ayant un lien de près ou de loin avec les JO.

La Société du Grand Paris (SGP), en charge du futur métro, indique travailler dès lors « aux modalités de reprises de travaux », à Gonesse notamment. Les chantiers concernés par la suspension n'en étaient qu'aux phases préparatoires, rappelle la SGP.

De quoi espérer pouvoir toujours tenir les délais de 2030 pour Roissy – sauf nouveau contretemps juridique. Paris Aéroports, en tout cas, se tient prêt pour accueillir dans l'actuelle gare CDG 2 à la fois les TGV, le RER B, CDG Express, la ligne 17 et même des trains Roissy-Picardie venus de l'Oise, à partir de 2025.

A104 à l'est de Roissy : le financement enfin bouclé

Ce projet de contournement est de l'aéroport a, quant à lui, franchi une étape supplémentaire vendredi dernier. En prolongeant la Francilienne entre l'A1 et la N2, ce nouveau tronçon d'autoroute de 9 km doit permettre d'attirer 60 000 véhicules par jour qui n'iront pas s'entasser sur l'A1 et pourront accéder à Roissy par l'est.

Un projet à 240 millions d'euros commencé en 2014, après quarante ans d'attente, mais pour lequel il manquait encore 65,6 millions. La région Ile-de-France a annoncé en début de semaine en apporter 33,4 millions, soit plus de la moitié. L'Etat et ADP devraient mettre le complément pour permettre de boucler cette rocade fin 2023.

« C'est un projet routier indispensable qui va bénéficier à de nombreux habitants du Val-d'Oise et de Seine-et-Marne pour faciliter leurs déplacements en limitant les bouchons », a salué la région. « Ce serait une très bonne nouvelle », a réagi Edward Arkwright. Et elles ne sont pas nombreuses en ce moment à Roissy.