Avec les designers d’Alstom, qui «mettent en musique» le look du métro

Au siège d’Alstom, à Saint-Ouen, une cinquantaine de designers ont planché depuis cinq ans sur le look du futur métro du Grand Paris. Un travail de l’ombre minutieux qui doit penser au moindre détail.

 Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le 30 septembre 2020. Les designers d’Alstom ont conçu le métro des futures lignes 15, 16 et 17. Ici, Charles dessine les premières esquisses.
Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le 30 septembre 2020. Les designers d’Alstom ont conçu le métro des futures lignes 15, 16 et 17. Ici, Charles dessine les premières esquisses. LP/Jean-Gabriel Bontinck

« Dis, dessine-moi un métro… » Comme Saint-Exupéry, Alstom a ses petits princes… du design. A l'image de Charles, qui, en trois coups de crayon, a esquissé les lignes de ce qui est aujourd'hui le futur métro des lignes 15, 16 et 17. « Parfois, ça commence juste sur un post-it », sourit Xavier Allard, patron du design chez Alstom. Après 20 ans dans l'automobile, ce diplômé de l'Ecole nationale des métiers d'arts en design dirige, depuis 2005, ce département si particulier chez le constructeur français.

Métros de Montréal, Lille ou Paris, TGV aux Etats-Unis, tramway à Sydney, TER de la SNCF… les designers d'Alstom planchent sans cesse, parfois dans le plus grand secret, sur les moyens de transport du monde entier. Ils sont une cinquantaine, parmi les 2500 salariés du siège, mais sont « au cœur de l'organisation », estime Xavier Allard.

Des compositeurs et des interprètes

Pour ce métro du Grand Paris présenté samedi en avant-première au grand public à la Fabrique du Métro à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), l'aventure a commencé il y a cinq ans déjà, à quelques mètres de là, où le siège d'Alstom est installé. Le géant français du ferroviaire nous a ouvert les portes de ce lieu où des artistes, en quelque sorte, dessinent ce qui transportera des millions de voyageurs des années plus tard.

Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le 30 septembre 2020. Ici Xavier Allard, directeur du design chez Alstom, avec Myriam, en charge des matières. LP/Jean-Gabriel Bontinck
Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le 30 septembre 2020. Ici Xavier Allard, directeur du design chez Alstom, avec Myriam, en charge des matières. LP/Jean-Gabriel Bontinck  

« Les designers, c'est comme des musiciens : il en faut pour écrire la partition, et d'autres pour la jouer », résume Xavier Allard. Ceux qui ont écrit la partition, en l'occurrence, c'est Ile-de-France Mobilités, qui finance ces métros et définit un cahier des charges assez précis. « Ce ne sont que des mots, mais on comprend vite ce qu'ils souhaitent. Dès que l'appel d'offres est lancé, c'est le début de l'aventure. On prend nos crayons et on commence à dessiner, pendant trois à quatre mois », poursuit Xavier Allard.

Pour ce métro du Grand Paris, « on est parti de l'avant », explique Charles. « C'est un métro complètement automatique, sans poste de conduite. On voulait un métro ouvert, avec un pare-brise le plus large possible. On réfléchit à ce que va éprouver le passager, c'est notre préoccupation numéro un. » Les allers-retours avec les ingénieurs sont nombreux, les débats parfois houleux pour savoir ce qui est faisable ou pas.

Effets de mode interdits

Mais si les designers aiment se faire plaisir, ils restent les pieds sur terre. « On ne peut pas faire n'importe quoi. Ce que nous dessinons sera sous les yeux des gens pendant très longtemps. On a interdiction d'être dans les effets de mode », explique Xavier Allard. Le travail s'affine ensuite, au fur et à mesure des échanges nombreux avec IDFM et la SGP. Au début du processus de sélection, les concurrents doivent proposer trois versions du futur métro. Puis, une fois retenu, Alstom continue son travail de haute précision.

Les tâches sont bien réparties : des designers « produits » dessinent les formes, des maquettistes 3D proposent des visualisations numériques hyperréalistes, et des designers « couleurs et matières » choisissent le revêtement, les teintes, le graphisme. C'est le cas de Myriam, qui s'est attelé à choisir les matériaux des sièges ou les dessins des fresques au sol et au plafond, « pour que les voyageurs se sentent dans un petit salon ».

Le souci du détail va jusqu'aux essais indispensables des différentes assises, à l'inclinaison au degré près des dossiers, au nombre de petits points sur le revêtement tacheté au sol, ou à l'épaisseur au millimètre des fils du velours des sièges… Des mois voire des années de travail de l'ombre avant que les métros roulent. « Les usagers ne s'imaginent sans doute pas tout ça », sourit Xavier Allard.