Paris : les élus entre omerta et stupéfaction après la mise en examen de Pierre Aidenbaum

L’ancien adjoint à la Seine, toujours conseiller de Paris, est soupçonné de viol et d’agressions sexuelles. Il a été placé sous contrôle judiciaire et a pour interdiction de paraître à l’Hôtel de Ville.

 Paris, France, le 3 juillet 2020. Anne Hidalgo a été élue maire de Paris lors du premier conseil de Paris de la nouvelle mandature. Pierre Aidenbaum, le doyen du Conseil de Paris lui a remis l’écharpe tricolore.
Paris, France, le 3 juillet 2020. Anne Hidalgo a été élue maire de Paris lors du premier conseil de Paris de la nouvelle mandature. Pierre Aidenbaum, le doyen du Conseil de Paris lui a remis l’écharpe tricolore. LP/Olivier Corsan

C'est l'onde de choc! Après la mise en examen pour « viol et agressions sexuelles par personne ayant autorité » de l'éphémère adjoint à la Seine d'Anne Hidalgo, Pierre Aidenbaum, 78 ans, les rares élus parisiens, qui parlent sous couvert d'anonymat, font part de leur stupéfaction.

« Je suis très surprise par cette affaire », s'étonne une ancienne élue parisienne. La collaboratrice qui l'accuse était, selon elle, « efficace et très investie dans ses fonctions, elle était déjà un des piliers de la mairie du IIIe », dont Pierre Aidenbaum était maire avant les dernières élections. « Elle formait avec lui un véritable duo », ajoute-t-elle. « C'était elle qui tenait la boutique », va-t-on jusqu'à dire dans les couloirs de l'Hôtel de ville.

Ils déjeunaient ensemble aux heures de travail

« Ils déjeunaient régulièrement ensemble au Sancerre, un restaurant voisin de la mairie du IIIe, mais on ne les voyait pas ensemble en dehors des heures de travail », confie un commerçant. Quand l'ancien maire du IIIe élu en 1995 a été nommé par Anne Hidalgo adjoint chargé de la Seine en juin dernier, elle l'a suivi à l'hôtel de Ville où il occupait l'ancien bureau classé de Georges Clémenceau, le plus somptueux après celui de la maire de Paris.

Seul l'ancien maire écologiste du IIe, devenu adjoint EELV à la mairie de Paris Centre, Jacques Boutault, qui a récemment fait parler de lui en critiquant le tour de France, évoque, à visage découvert, son ancien homologue. « Je suis très choqué. Contrairement à Denis Baupin (NDLR l'ancien adjoint écologiste accusé lui de harcèlement sexuel pour des faits prescrits), qui avait une réputation sulfureuse, je ne pensais pas que Pierre Aidenbaum était capable de commettre des gestes pareils, surtout dans le cadre d'une relation hiérarchique. Je suis surpris, mais je ne doute pas des paroles de la victime que l'on n'a pas revue depuis la rentrée. J'ai une pensée pour elle. C'était une grosse bosseuse, réputée pour son professionnalisme et toujours présente lors des événements. »

«Les affaires plombent l'ambiance»

« On est tombé de l'armoire, réagit sous couvert d'anonymat une personnalité bien connue du Hauts-Marais. Pierre Aidenbaum était une figure politique parisienne, très impliqué dans dans son arrondissement. On est très surpris par ces accusations. Le tribunal des réseaux sociaux l'a déjà condamné. J'espère que la justice fera rapidement son travail. »

A l'Hôtel de ville, c'est l'omerta. Les élus et l'entourage de la maire de Paris se refusent à tout commentaire, « laissant la justice faire son travail ». « Les affaires plombent l'ambiance. Tout le monde a envie de tourner la page », confie néanmoins un élu de la majorité municipale de premier plan, faisant aussi allusion à Christophe Girard, ex-Monsieur culture d'Anne Hidalgo, visé en août par une enquête pour viol suite aux accusations d'un ancien employé à son domicile, mineur au moment des faits, et contraint, comme Pierre Aidenbaum, de démissionner.

Elle risque de voir son salaire amputé

C'est début septembre que l'accusatrice de Pierre Aidenbaum, fonctionnaire détachée à son cabinet, qui risque désormais de voir son salaire sérieusement amputé, s'est confiée à une tierce personne qui a rapporté les faits allégués à l'entourage de la maire (PS) de Paris. Anne Hidalgo, accusée d'avoir trop tergiversé dans l'affaire Girard, a aussitôt décidé de saisir la justice de ces « possibles faits de harcèlement sexuel », comme le prévoit l'article 40 du code de procédure pénale. Le procureur de la République avait alors ouvert enquête pour « agression sexuelle ».

L'élu parisien, qui a démissionné en septembre de son mandat d'adjoint à la maire de Paris, tout en conservant son siège de conseiller de Paris, a été placé en cette fin de semaine sous contrôle judiciaire « avec interdiction de tout contact avec la ou les victimes et les témoins et interdiction de paraître à l'Hôtel de ville et à la mairie d'arrondissement de Paris Centre ».

Anne Hidalgo souhaite désormais que Pierre Aidenbaum démissionne également de son mandat de conseiller de Paris. « Pierre Aidenbaum n'a pris aucune décision quant à son éventuelle démission. Il a pris acte de sa mise en examen. Il est très éprouvé par les faits qui lui sont reprochés et la souffrance exprimée. Par respect pour les personnes en cause et l'institution judiciaire, il ne fera aucun commentaire et réserve l'entièreté de ses déclarations au magistrat instructeur », a fait savoir dans un communiqué son avocate Maud Touitou.