Évacuation de migrants à Paris : Darmanin juge les images «choquantes»

Après l'évacuation musclée par la police d'un camp monté place de la République lundi soir pour appeler à la création de places d’hébergement, le ministre de l’Intérieur promet de prendre les décisions qui s’imposeront. Ce mardi, l'IGPN a été saisie.

Des images qui n'ont pas plu au ministre de l'Intérieur. Alors que plusieurs associations ont organisé lundi soir l'occupation de la place de la République et le montage d'un camp de migrants pour dénoncer le comportement de l'Etat dans ce dossier, l'évacuation de ce campement par les forces de l'ordre a dégénéré. Des images « choquantes », même, pour Gérald Darmanin, qui dans un tweet a annoncé avoir demandé un rapport au préfet de police sur les événements de ce lundi soir. Il promet de prendre toutes les mesures qui s'imposeront. Dans des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux, on voit notamment des policiers bousculer violemment des personnes, en traîner au sol et même donner des coups de pied.

Mardi, à la mi-journée, Gérald Darmanin, qui a reçu le rapport du plus en plus contesté préfet de police de Paris Didier Lallement, a d'ailleurs annoncé avoir saisi la police des polices « sur plusieurs faits inacceptables ». Le ministre de l'Intérieur a par ailleurs « demandé à l'IGPN de remettre ses conclusions sous 48h » et précise qu'il les rendra « publiques ».

Lundi, en début de soirée, selon les représentants d'Utopia 56, qui avec d'autres associations voulaient dénoncer la « mise à la rue » de 3000 migrants depuis le 17 novembre et le démantèlement d'un camp à Saint-Denis, quelque 450 personnes avaient posé leurs tentes sur la place centrale de la capitale. « Nous demandons des ouvertures de places d'hébergement et un réel système d'accueil des exilé.e.s », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux. Dans un communiqué de presse diffusé ce lundi soir, l'association disait réclamer très précisément la création de mille places d'hébergement supplémentaires.

La police est rapidement arrivée sur les lieux pour mettre un terme à cette occupation illégale de l'espace public. Après plusieurs minutes de présence, les forces de l'ordre ont procédé à l'évacuation de ce camp très temporaire et symbolique, retirant les tentes une à une. L'évacuation s'est déroulée dans un contexte de fortes tensions, les associations accusant notamment les forces de l'ordre de nasser et resserrer migrants et associatifs avant d'évacuer les tentes.

Mais tout au long de la soirée, des images d'internautes accusant des agents des forces de l'ordre de diverses bavures ont été diffusées sur les réseaux sociaux. On y voyait notamment des migrants sortis de force de leurs tentes, jetés au sol. Des élus « en écharpe » disent avoir été nassés aux côtés de journalistes. Des accusations de violences policières ont également été publiées.

Dans un communiqué de presse diffusé dans la soirée, la préfecture de police de Paris est ainsi revenue sur les événements du soir. « La constitution de tels campements, organisée par certaines associations, n'est pas acceptable. La préfecture de Police a donc procédé immédiatement à la dispersion de cette occupation illicite de l'espace public », peut-on lire. S'agissant des revendications formulées par les associations, la préfecture invite les personnes ayant besoin d'un hébergement « à se présenter dans les accueils de jour où des orientations vers des solutions d'hébergement adaptées à leur situation sont proposées très régulièrement aux migrants par l'Etat et ses partenaires associatifs ». Les autorités ajoutent qu'à « titre d'illustration », 64 personnes ont pu être orientées par ce biais vendredi dernier.

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Mardi 17 novembre, la préfecture de police, la préfecture de région et celle de Seine-Saint-Denis annonçaient la mise à l'abri de 3000 personnes, dont 400 familles après l'évacuation d'un camp de 3000 personnes. Mais près de 500 migrants étaient restés sur le carreau, faute de places suffisantes dans les cars censés les amener vers des centres d'accueil provisoires.

« On était sur le campement, on a été virés le jour où les autres ont été emmenés dans les bus (pour être mis à l'abri) et depuis on est à nouveau dans la rue où la police ne nous laisse pas dormir », explique Mahdi Jafari, un Afghan de 19 ans, en installant sa tente à 19h00 précises sur la place de la République. « Ils ont été laissés sur le carreau et invisibilisés, mais eux aussi ont besoin d'un hébergement, surtout en pleine crise sanitaire », a abondé Maël de Marcellus, responsable parisien de l'association Utopia56.