Mesures anti-Covid : pourquoi l’Ile-de-France est coupée en deux

Bars fermés, accès réduits aux piscines à Paris et en petite couronne, mais pas dans les départements de grande couronne... Aurélien Rousseau, directeur général de l’Agence régionale de santé explique ces décisions qui divisent l’Ile-de-France.

 Depuis le 28 septembre les bars parisiens étaient dans l’obligation de fermer leurs portes à 22 heures pour raisons sanitaires. Ils vont désormais devoir fermer totalement pour au moins deux semaines.
Depuis le 28 septembre les bars parisiens étaient dans l’obligation de fermer leurs portes à 22 heures pour raisons sanitaires. Ils vont désormais devoir fermer totalement pour au moins deux semaines. LP/Arnaud Dumontier

Covid, alerte rouge. Depuis ce dimanche, Paris et sa petite sa couronne sont classées en zone d'alerte maximale, avec un certain nombre de restrictions, notamment la fermeture des bars, qui s'appliquent, mais seulement dans certains départements.

Le directeur de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France, Aurélien Rousseau, explique pourquoi l'Ile-de-France est coupée en deux, avec d'un côté Paris et les départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, et de l'autre, les Yvelines, l'Essonne, le Val-d'Oise et la Seine-et-Marne.

Mesures anti-Covid : pourquoi l’Ile-de-France est coupée en deux

Quel sens a la distinction entre les deux couronnes de la région Ile-de-France alors qu'on sait qu'il y a 3,7 millions de déplacements quotidiens entre la petite couronne et le reste de la région ?

Aurélien Rousseau. Depuis le début, on voit bien que la dynamique de l'épidémie n'est pas la même entre Paris, petite couronne et la grande couronne. Quand l'incidence à Paris est de 260, elle est à 87 en Seine-et-Marne. Pour les 20-29 ans, elle est de 500 à Paris et 180 en Seine-et-Marne. Toutes les mesures de police administrative que prend le préfet de police doivent être regardées de façon proportionnée. Notre responsabilité est de les expliquer au regard des indicateurs de suivi de l'épidémie. Mais je rappelle quand même toute une série d'actions à l'échelle régionale. On réduit la jauge à 50 % dans toutes les universités de la région, vu que le public étudiant est particulièrement mobile. Et les mesures concernant les Ehpad, qui devraient s'étendre à toute la France, sont aussi à l'échelle régionale. A l'hôpital enfin, la mutualisation de la régulation des lits reste toujours à l'échelle régionale.

Aurélien Rousseau (à droite) directeur de l’ARS Ile-de-France. LP/C.S.
Aurélien Rousseau (à droite) directeur de l’ARS Ile-de-France. LP/C.S.  

Qu'en est-il de la situation des hôpitaux ?

A ce jour, 2 328 malades du Covid sont hospitalisés dont 416 en réanimation, soit 36 % des lits de réanimation. Cela veut dire que face à nous, on a ce risque de devoir déprogrammer, et on a commencé par endroits. Il ne s'agit pas d'un terme techno, qui relèverait seulement de gestion hospitalière, mais de la vie des gens, quand on attend une prothèse du genou ou de la hanche par exemple. Ce n'est donc pas une décision facile à prendre.

La fermeture des bars, est-ce que ça vise principalement les 20-30 ans, parmi lesquels le nombre de nouveaux cas positifs explose (500 nouveaux cas pour 100 000 habitants à Paris) ?

Il est certain que cette population nous préoccupe parce que l'incidence est extrêmement forte mais nous raisonnons en termes de comportements et de risques, pas en stigmatisant une partie de la population. Ça produirait d'ailleurs des effets contraires à ceux recherchés. Il m'arrive aussi d'aller au café ou au bar près de chez moi, dans le XIXe. On voit bien que les gestes barrière sont moins respectés, quelle que soit la tranche d'âge. Le matin, ceux qui sont là, ne sont pas uniquement des jeunes de moins de 30 ans mais aussi des personnes plus âgées, certaines à risque. Dans les restaurants, où l'on reste assis, on peut organiser les choses différemment, espacer les tables. Dans les bars, c'est plus difficile.

Où en est-on des délais de dépistage en Ile-de-France ?

225 000 tests ont été réalisés la semaine dernière. En deux semaines, les délais moyens de rendu ont baissé de 75 heures à moins de 50 heures. Ces données sont à prendre avec prudence, mais c'est positif même si on continue à chasser les points noirs. Aujourd'hui, 18 centres de prélèvements permanents fonctionnent, pour les personnes symptomatiques avec prescriptions, cas contact et personnels soignants. Là, les délais sont d'une trentaine d'heures.

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