Ile-de-France : un milliard d’euros pour donner des forces à l’agriculture locale

Le conseil régional a décidé de mettre les grands moyens pour financer 66 mesures articulées autour de la production et de la distribution de produits du terroir, notamment dans les cantines de lycées.

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 Un des enjeux du plan voté par le conseil régional est que chaque Francilien ait accès à un lieu de production agricole à moins de 20 minutes de chez lui (illustration).
Un des enjeux du plan voté par le conseil régional est que chaque Francilien ait accès à un lieu de production agricole à moins de 20 minutes de chez lui (illustration). LP/Marine Legrand

Soixante-six mesures et un milliard d'euros d'investissement. Pour permettre à un plus grand nombre de producteurs de toucher les 12 millions de Franciliens, mais aussi aux consommateurs de se nourrir avec des produits locaux, le conseil régional a voté jeudi un plan ambitieux pour une alimentation locale et durable. Il fixe le cap des dix prochaines années.

L'un des principaux coups de pouce : l'aide à l'installation d'agriculteurs pour « que chaque Francilien ait accès à un lieu de production agricole comme des zones maraîchères, des vergers ou de l'élevage à moins de 20 minutes de chez lui », annonce Alexandra Dublanche, vice-présidente (Libres !) de la région en charge du développement économique et de l'agriculture. Pour cela, les circuits courts et la vente directe par le biais de « drives fermiers » ou de magasin de producteurs seront facilités par une aide au développement ou à l'acquisition d'équipements.

Autre point fort du plan adopté par la région, la marque « Produit en Ile-de-France », accordée par l'organisme Ile-de-France Terre de saveurs, va être boostée, tout comme sa déclinaison « Made in Paris Région » pour les marchés internationaux. « Quatre cents producteurs en bénéficient à ce jour, précise Gérard Hébert, président de cet organisme associé au conseil régional. Cela représente 2500 produits (NDLR : brie de Meaux, jambon de Paris, volailles du Gâtinais). » Une des idées consiste à regrouper toutes ces références au sein d'une boutique virtuelle.

Ce plan XXL entend également profiter de l'accueil de la Coupe du monde de rugby en 2023 et des JO de 2024 pour promouvoir et trouver des débouchés aux produits locaux. « Les protéines végétales sont conformes à l'alimentation des sportifs, fait remarquer Alexandra Dublanche. Nous allons profiter de ces événements pour faire connaître nos filières locales. »

Dans son Plan pour une alimentation locale, durable et solidaire, la région renouvelle son soutien à l'agriculture biologique. Une des mesures phares concerne les lycées : d'ici à 2024, la totalité de leurs restaurants scolaires devront servir des produits locaux, dont la moitié issue de l'agriculture biologique.

« C'est un beau projet, se félicite le président du Groupement des agriculteurs biologiques d'Ile-de-France, Jacques Frings. Nous sommes parfaitement en mesure d'assurer la production. » Sûr de lui, ce maraîcher céréalier de Seine-et-Marne sait que l'agriculture biologique a le vent en poupe. « Contrairement aux autres régions, l'Ile-de-France a maintenu ses aides directes aux agriculteurs qui se convertissent à l'agriculture bio, précise-t-il. Cela a permis à 80 nouveaux producteurs de se lancer en 2020. Nous sommes donc 560 sur l'ensemble du territoire. »

Objectif : 25 % d'exploitations agricoles bio en 2030

Les indicateurs ont beau être au vert, Jacques Frings reste vigilant. Car pour lui, restaurateurs, cantine et collectivités doivent jouer le jeu pour privilégier le bio. « Il ne faut pas tomber dans le piège des produits toujours moins chers, car cela va au détriment de leur qualité », met-il en garde.

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De son côté, la région assure que le développement de l'agriculture biologique reste dans ses priorités. Aujourd'hui, 10 % des exploitations agricoles franciliennes sont certifiées en bio. La région ambitionne d'atteindre le chiffre de 25 % d'ici à 2030.

Elu d'opposition à la région, le maire de Marcoussis (Essonne), Olivier Thomas (DVG), a voté le plan. « C'est un vote personnel, Ce plan est très bon car il a été travaillé avec les personnes du terrain, la chambre d'agriculture, la filière bio… Maintenant, il faut le réaliser en le dotant du budget nécessaire. Mon seul regret est qu'il intervient un peu tard. Il aurait pu être très utile pour la crise sanitaire. »

Pour la secrétaire de la commission Ruralité et agriculture, Ghislaine Senée (EELV), « le compte n'y est pas » : « Notre groupe Alternative écologiste et sociale a choisi de s'abstenir, explique l'ex-maire d'Evecquemont (Yvelines). Ce plan ne présente aucune priorité. Nous voulons une région qui protège ses terres agricoles. Rien dans le document ne dit qu'elles seront sanctuarisées. » Autre point de divergence, Ghislaine Senée regrette « l'absence de prise de position sur les intrants », ces fertilisants et autres produits phytosanitaires utilisés par les agriculteurs. « Actuellement, la région refuse de remettre en cause le modèle en vigueur. »

« Produire c'est bien, mais le plus compliqué reste de vendre »

Soisy-sur-Ecole, ce jeudi. Guillaume et Morgane Brierre ont cocréé la marque Emile et une graine pour commercialiser leurs lentilles, pois de chiche et quinoa./LP/Florian Garcia
Soisy-sur-Ecole, ce jeudi. Guillaume et Morgane Brierre ont cocréé la marque Emile et une graine pour commercialiser leurs lentilles, pois de chiche et quinoa./LP/Florian Garcia  

« Du semis à la livraison, quand on a commencé, on a voulu tout faire seuls, se souvient Morgane Brierre, une des six associés de la marque Emile et une graine installée en Essonne. On a donc dû découvrir de nombreux métiers par nous-mêmes… » Du graphisme pour les étiquettes à la mise en sachet des lentilles et graines de quinoa qu'ils cultivent sur une vingtaine d'hectares, les six associés ont redoublé d'efforts. « C'est dur de faire de la communication, reprend Morgane. Produire, c'est bien… Mais le plus compliqué reste de vendre. Vendre durablement surtout. »

Pour promouvoir leur marque, les six agriculteurs, qui n'avaient il y a encore quelques années que des terres dédiées aux grandes cultures (orge, blé, colza) ont pris leur bâton de pèlerin pour vanter leurs produits locaux. Ils sont allés frapper aux portes des commerces de proximité mais aussi des Amap, des marchés de producteurs et des antennes du réseau La Ruche qui dit oui. A force de travail, mais aussi de coups de pouce ciblés, les six associés vendent désormais une partie de leur production dans une soixantaine de points à Paris et partout en Ile-de-France, mais aussi dans certaines grandes surfaces de la région.

La boutique virtuelle, « une bonne idée »

Pour Morgane Brierre, des aides pour développer des supports de communication seraient les bienvenues, « car cela prend beaucoup de temps ». « La création d'un espace de vente à la ferme aussi car il faut répondre à toutes les normes d'accueil pour le public », ajoute-t-elle.

Elle loue aussi le projet de la boutique virtuelle pour la marque « Produit en Ile-de-France », dont Emile et une graine arbore le logo. « Avec toutes les plates-formes qui existent, le consommateur peut rapidement être perdu, regrette Morgane. Tout regrouper sur un même site Internet est une bonne idée. » Et que pensent les agriculteurs essonniens de la promotion de leurs produits pour les grands événements sportifs ? « Notre quinoa consommé par les athlètes des Jeux olympiques… Ce serait royal, conclut Guillaume Brierre. Cela nous offrirait une belle visibilité mais nous tenons à rester sur une production locale. »